‹ Chrestomthie du vieux français;Chapitre 67 sur 110 · LA SAINT -BARTHÉLÉMY · texte numérisé non relu

LA SAINT -BARTHÉLÉMY

L'Amiral oyant le bruit, et craignant qu'il y eust quelque sédition, commanda à un sien valet de chambre (qu'on nommoit Nicolas le Trucheman) de monter sur le toict du logis, et appeller les soldats de la garde, que le Eoy lui avoit baillez,^ ne pensant à rien moins que ce fussent ceux qui faisoyent l'effort et violence: quant à luy, il se leva, et s'estant affublé de sa robe de nuict, se mit à prier Dieu: et à l'instant un nommé le Besme Alleman, serviteur domestique du duc de Guyse, qui avec les capitaines Caussens, Sarlaboux, et plusieurs autres, estoit entré dans sa chambre, le tua: toutesfois Sarlaboux s'est vanté que ce fut luy.

Les dernières paroles de l'Amiral, parlant au Besme, furent: „Mon enfant, tu ne feras ia pourtant ma vie plus brieve."

On ne pardonna à pas un de ceux de la maison de l'Amiral, qui se laissèrent trouver, que tous ne fussent tuez.

Le corps mort de l'Amiral fut ietté par Sarlaboux par les fenestres de sa chambre, en la cour de son logis, par le commandement du duc de Guyse, et du duc dAumale (qui y estoit aussi accouru) et le voulurent voir mort devant que partir de là.

Le iour de la blessure de l'Amiral, ^ le Roy avoit baillé advis à son beau frère le roy de Navarre, de faire coucher dans sa chambre dix ou douze de ses plus favoris, pour se garder des desseins du duc de Guyse, qu'il disoit estre un mauvais garçon. Or ces gentilshommes là, et quelques autres qui couchoyent en l'entichambre du roy de Navarre furent menez hors desdites chambres, après la mort de l'Amiral, et desarmez de l'espee et dague qu'ils portoyent, par les mains de Nancé, et des soldats de la garde du Roy, et menez iusques à la porte du Louvre: là (le Roy les regardant par une fenestre) furent tuez en sa présence: Entre ceux là estoyent le baron de Pardillan, les capitaines Piles, Sainct Martin-Bourres, et autre dont ie ne sçay le nom.

Alors on amena le roy de Navarre, et les princes de Condé au Roy, lequel les voyant leur dit, qu'il n'entendoit supporter doresnavant en son Royaume, plus d'une religion: par tant il vouloit qu'ils vesquissent à la façon de ses predesseurs, à scavoir qu'ils allassent à la messe, si leur vie et leurs biens leur estoient en quelque recommandation.

Le roy de Navarre (sans toutes fois condescendre à la proposition du Roy) luy respondit fort humblement: et le prince de Condé, qui est d'une nature un peu plus brusque, ayant respondu aussi un peu plus asprement, ne fut menacé par le Roy de moins, que de la perte de sa teste, s'il ne se ravisoit dans trois iours, que le Roy luy bailloit pour tous délais, l'appellant opiniastre, obstiné, séditieux, et fils de séditieux.

Les autres Huguenots qui estoyent dedans le Louvre, ausquels à prix ou prière on avoit iusqu'alors sauvé la vie, promettoyent de faire tout ce que le Roy commanderoit : Entre autres Grammont, Gamache,

1 Coligny avait été blessé, quelques jours auparavant, d'un coup d'arquebuse. — Charles IX, pour détourner tout soupçon, lui avait envoyé une compagnie de soldats de sa garde qui devaient veiller à la sûreté personnelle de l'amiral et à celle de son logis,

2 Voir la note ci- dessus.

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