‹ Chrestomthie du vieux français;Chapitre 90 sur 110 · CONPAR. DES ALCHIM. A LA FEMME QUI PORTAIT UN POT DE LAIT · texte numérisé non relu

CONPAR. DES ALCHIM. A LA FEMME QUI PORTAIT UN POT DE LAIT

une douzaine d'autres, qu'elle vendroit vingt sols la pièce, après les avoir nourris quelque temps: ce seroient douze francs, dont elle acheteroit une jument, qui porteroit un beau poulain, lequel croîtroit et deviendroit tant gentil; il sauteroit et feroit Mn. Et en disant liin^ la bonne femme, de l'aise qu'elle en avoit en son compte, se print à faire la ruade que feroit son poulain; et en ce faisant, sa potée de lait va tomber et se répandit toute. Et voilà ses œufs, ses poussines, ses chapons, ses cochons, sa jument et son poulain tous par terre. Ainsi les Alquemistes, après qu'ils ont bien fournagé,^ charbonné, luté,^ soufflé, distillé, calciné, congelé, ifixé, liquéfié, vitrefié, putréfié, il ne faut que casser un alambic pour les mettre au compte de la bonne femme.

BONAVENTURE DeS PeRRIERS.

Comparer à ce récit la fable si connue de La Fontaine: „La Laitière et le pot au lait."

1 Chauffé leurs fourneaux.

^ Bouché hermétiquement leurs vaisseaux avec un lut, enduit chimique.

OLIVIEE DE SEEEES,

1 naquit à Villeneuve- de -B erg, en Vivarais, dans l'année 1539. Il aurait pu, par la haute position que sa famille avait occupée à la cour, remplir lui-même dans le monde politique un foie important. Mais peu ambitieux de vaine gloire, il préféra le tranquille séjour des champs à la scène agitée où se nouaient et se dénouaient toutes les intrigues qui bouleversaient le royaume. Se vouant tout entier à l'agriculture, il consacra à cette science les hautes facultés dont il était doué. Ce ne fut qu'assez tard qu'il publia son Théâtre d'Agriculture et mesnage des champs^ où il formule dans un langage simple et correct les observations d'une longue pratique personnelle et celles que les anciens ont laissées éparses dans leurs livres. Cet ouvrage eut immédiatement un grand succès: dans l'espace de dix ans, cinq éditions s'écoulèrent. Henri IV, protecteur de toutes les industries qui pouvaient apporter quelque bien-être à son peuple, chargea directement Olivier de Serres de lui procurer le plus qu'il pourrait de mûriers blancs. Celui-ci fit si bien qu'il en apporta une vingtaine de mille qui furent plantés dans les jardins de Versailles et où ils réussirent à merveille. De cette époque date l'industrie séricole française (1601). — Le père de Vagriculture française mourut en 1619. — La meilleure édition de son grand ouvrage est celle qui a été publiée par la société d'agriculture de Paris en 1804. 2 gros vol. in-4 avec portrait.

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