DESSEIN DU BÂTIMENT CHAMPÊTRE
ciens ont ordonné le bastiment champestre à demi montagne regardant le Midi, estimant telle assiette la plus salubre, par estre couverte de la Bise, à l'abri, reculée de la rivière (qui est souvent mal saine) avoir la veuë assez haute et longue , et n'estre trop humide , ni aussi trop dénuée d'eau. C'est bien à la vérité l'assiette préférable à toute autre : neantmoins , comme les choses de ce monde ne sont parfaittement accomplies, estant chacune commodité suivie de son contraire, en telle assiette se rencontre ce mal, que le logis est commandé par la partie de la montagne relevée; ainsi y default-il ce point, qu'il ne peut estre du tout fort, comme plusieurs désirent, le temps nous ayant fait prendre garde à ce notable article. ^
Les montagnes sont trop seiches et venteuses, les plaines trop humides et fangeuses. Si es montagnes on a la veuë longue, les yeux s'y promenans à l'aise, leur difficile accez donne beaucoup de peine aux pieds: comme aussi l'importunité des fanges rabat du plaisir des longs promenoirs de la plaine.
Ces choses considérées, se faudra tenir à la première resolution, qui est de se servir du lieu qu'on a, duquel la meilleure et plus salutaire partie sera prinse pour bastir, comme a esté dit, afin d'y pouvoir séjourner commodément, pour la seureté, pour le profit et pour le plaisir; ne pouvant prescrire loi certaine, où, comment, et de quoi édifier l'habitation champestre, chacun s'accomraodant selon ses moyens et le lieu auquel il est assis, qui le plus souvent (imposant nécessité) contraint de dresser le bastiment autrement qu'on ne souhaitteroit : et soit ou montagne, ou coustau, ou plaine, avec l'artifice et despens requis, on se logera très bien : comme d'infinies et diverses sortes d'assietes se voyent plusieurs bonnes maisons accompagnées de grandes commoditez: a quoi prenant garde de près on trouvera que quelque bigearre et rebours que soit le lieu, il se peut neantmoins ageancer.
Le logis proportionné aux terres d'alentour, d'autant qu'il faut que de là sortent les despenses du bastiment et de son entretien. Et c'est le dire de Caton, qui a commandé de commencer la maison par la cuisine, c'est à dire de regarder premièrement au revenu. Se donnera on aussi garde des fautes qu'en cest endroit firent ces deux grands mesnagers Eomains, Quintus Scevola, et Lucius Lucullus: dont l'un bastit trop petit logis, et l'autre trop grand: Car c'est perte de n'avoir lieu assez ample pour vous loger a l'aise avec vostre famille, pour recevoir vos amis, et pour serrer les fruicts que vostre terre porte, et le bestail qu'y nourrissez; comme au contraire, c'est ietter son argent dans la rivière, voire se ruiner et desfaire soi mesme que bastir trop amplement et sans nécessité; et faut qu'à la longue la vanité de telle entrepris© soit la fable du peuple, quand ayant basti une grande et superbe maison elle demeure vuide par faute de revenu, et qu'il faille employer plus de temps à la ballier^ qu'a en labourer les terres; et qu'enfin on soit contraint pour en payer les serrures, vendre et la maison et le domaine, et faire acheter ses folies à autrui.
Or serez-vous bien logé, si suivant les précédentes règles de la situation et les générales de l'Architecture touchant la proportion, vostre
Allusion aux attaques en temps de guerre. ^ Balayer.