‹ Chrestomthie du vieux français;Chapitre 93 sur 110 · DESSEIN DU BÂTIMENT CHAMPÊTRE · texte numérisé non relu

DESSEIN DU BÂTIMENT CHAMPÊTRE

maison a belle et plaisante entrée: porche, basse court, Teau au milieu, par fontaine, puits, ou cisterne; galeries couvertes à arceaux; celier pour les cuves, tinnes et pressoirs; grand lieu à tenir le bois de chauffage: autres distincts et se joignants ensemble, à serrer huiles, fourmages,! cuirs, et semblables provisions de reserve requerrans telle basse situation: deux ou trois caves pour les vins, dont la facile descente invite le père et la mère de famille de les aller souvent visiter, comme en se pourmenant, pour le bien de leur mesnage. Aisée montée aux estages du logis, par escalier à repos, vis, ou autrement : cuisine accompagnée de tous ses offices ; assavoir, charnier, boulangerie, fournil, serrepain, serre -linge, buandiere, serre -vaisselle, garde -manger, laicterie à faire les fourmages, et autres lieux pour les tenir: une ou deux salles: sept ou huict chambres pour toutes saisons, pour vous, pour vos enfants, petits et grands, nourrisses, chambrières, maistres d'escole, amis survenans de diverses qualitez ; chacune chambre accommodée de garderobes, et cabinets, pour aucuns desquels servir à garder tiltres, papiers, linges et meubles de reserve. Si au feste et sous les couvertures du logis, directement sur la porte principale d'icelui, est la chambre des serviteurs, grande et spacieuse, pour estre là comme en sentinelle, ayant l'oreille et l'œil sur la grsind' court et escuiries. Si près de là sont les greniers à serrer bleds, légumes, fruicts des arbres, chanvres, lins et autres matières de garde. Si au plus haut et eslevé en droit du logis, sur la montée ou ailleurs, est bastie une belle Terrace, pour y seicher des fruicts et s'y recréer voyant l'air à descouvert (digne commodité des maisons assises en lieu bas) à laquelle estant joincte la Mirande, pour l'aisance d'y estendre la vuee à couvert en temps pluvieux, lors s'y promenant des yeux et servir à autres usages, ce sera pour ne défaillir aucune commodité en la maison. Laquelle estant ainsi disposée, et contenant deux estages habitables l'un sur l'autre, pourra monter de six à sept toises, la mesurant depuis le rez de chaussée, et plan de la basse-court, iusques à l'entablement et sous les couvertures, sans y comprendre les caves estans sous terres, le lieu le requérant ne les tours, terrasses et mirandes excedans le logis qui sera endehors entièrement flanqué par tours rondes ou quarrees, ou autres recoins et avancemens, comme viendra le mieux à propos, afin d'estre tant plus fort: et pour mesme cause sera environné d'un large et profond fossé rempli d'eau, ou la maison assise sur le pendant d'un rocher, qu'on ne puisse gravir, selon toutesfois la propriété des lieux qui donnent loi à tous édifices.

Faudra percer des deux costez les principaux membres de la maison, tant pour leur donner iour à suffisance, que pour la santé, laquelle se rend meilleure par le libre passage de l'air. Donnant neantmoins le Levant à vostre salle et à vostre chambre, afin d'y estre le seiour agréable dés le matin, le Soleil y entrant. Le restant des membres comme indifferens seront posez selon que mieux s'accordera, exceptez les greniers, caves, et lieux à conserver papiers et meubles, qui auront quelque ouverture vers le Septentrion, pour estre cest aspect là moins suiect à corruption que nul autre.

Olivier de Serres, Théâtre d'agriculture.

^ Fromage.

ETIENNE PASQUIEE.

1 Daquit à Paris en 1529. — Il commença ses études de droit à Toulouse où il suivit les leçons du célèbre Cujas, et l'acheva à Bologne, sous la direction de Marianus Socin. De retour à Paris il fut reçu avocat en 1549. Pendant quelques années il végéta, inconnu, et consacra ses loisirs forcés à l'étude des lettres, à laquelle il se remit avec ardeur. Il publia alors les premiers livres de ses Recherches sur la France, ouvrage d'une véritable et solide érudition, puis un dialogue qu'il intitula le Pourparler du Prince. Ces écrits commençaient à lui donner quelque renom, lorsqu'en 1564 les Jésuites intentèrent à l'Université un procès qui décida de la fortune de Pasquier. Chargé de plaider contre les Jésuites, celui-ci le fit avec habileté, et sa réputation se répandit au loin. Le roi le nomma en 1585 avocat général à la Chambre des Comptes. Député aux états généraux de Blois il fut témoin de l'assassinat du duc de Guise. Il suivit Henri III dans son exil, à Tours, et ne revint à Paris que lorsqu'Henri IV y entra. — Après avoir rempli honorablement les grandes charges qui lui furent successivement données, il quitta la vie active, et finit ses jours dans la retraite. Il mourut en 1615. — L'œuvre capitale de Pasquier est son livre des Eecherches sur la France qui a fourni à ceux qui ont écrit sur les origines et l'histoire des établissements civils et religieux et des grands corps de l'État, aussi bien que sur la formation de la langue française, de précieux documents. On reproche à cet ouvrage le manque de plan et de méthode.

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