DU GAGE DE BATAILLE DONT VSERENT LES FRANÇOIS ETC
tirer en coniecture quelles furent ses loix, voyant sa manière de viure. Car à dire le vray, les loix bien ordonnées en vn pays, forment aux subiects vne habitude de mœurs, qui semble au long aller ^ estre en eux emprainte par la disposition de leur nature. Quand Cyrus Roy de Perse voulust abastardir les Lydiens, qui lui avoient donné par le passé tant d'ajffaires, il leur ordonna loix de danses et de cabarets, avec interdiction de toutes sortes d'armes; tellement qu'en peu de temps les hommes auparavant aguerris le possible, commencèrent au lieu de leurs glaiues, à manier le fuseau, exerçans offices de femmes. Et au contraire Lycurgue voulant rendre le peuple de Lacédémone duit^ à tous les travaux militaires , feit en sorte par ses ordonnances que les femmes mesmes estoient plus promptes et dispostes ^ à supporter le faix de la guerre, que plusieurs autres hommes de la Grèce. Ayant autrefois entendu par les bouches d'autruy que nos François bannirent à iamais des Gaules les Eomains, exterminèrent de tout point la famille des Bourguignons, chassèrent les Visegots, puis conquirent l'Allemagne, l'Italie, et partie des Espagnes, ie presumois en moy-mesme que ceux qui auoient eu charge de leurs loix, auoient esté sur toutes choses studieux de les nourrir perpétuellement aux armes, leurs aprenans à ne faire non plus d'estat^ d'une mort honorable, que d'une pénible vie. Et depuis goustant à meilleures enseignes nos histoires, ie trouvay mon imagination n'estre vaine, et que tout ainsi que volontairement ils s'exposoient au lit d'honneur, aussi estoient toutes leurs anciennes ordonnances militaires. Se trouvay pour commencer par le chef, que les
courtisanesques et dont les traits peu accusés d'abord finiront par devenir, les types si caractérisés des précieux et des précieuses — tous hommes à système. — Le côté lexicologique ou étymologique pur les a seul occupés. On écrivait de longs et pesants traités sur les parties du discours, et là chacun venait étaler, celui-ci son érudition latine, celui-là sa science grecque, ce troisième son système hébraïque: certains pourtant n'étalaient rien, se moquaient des autres et tâchaient de faire valoir aux dépens d'autrui l'espèce de talent qu'ils tenaient de la nature, l'esprit de persiflage. — Avec et quand même ce déluge de traités grammaticaux, la langue allait se perfectionnant de plus en plus; on rejetait bien les systèmes des grammairiens comme systèmes, mais on faisait son profit des observations fines, des remarques justes, et c'est ainsi qu'on adopta peu à peu ces signes orthographiques tels que l'apostrophe, la cédille, la ponctuation etc. qui n'ont leur première raison d'être que dans la commodité du lecteur. Pour le dire en passant, c'est à Dubois que nous sommes redevables de l'apostrophe, de la cédille et de la distinction des lettres i et Z, u et u, confondues dans l'écriture.
1 C'est surtout vers la fin du XVIe siècle que les infinitifs employés substantivement prirent une grand faveur. On a voulu expliquer ce fait par la préférence du roi Henri IV pour ces locutions. — ^Usez donques hardiment de l'infinitif pour le nom, comme Valler, le chanter, le vivre ^ le mourir; de l'adjectif substantivé, comme: le liquide des eaux, le vuide de Vair, le fraiz des umbres, Vepes (l'épais) des forestz, r enroué des cimballes , pourveu que telle manière de parler adjoute quelque grâce et véhémence, et non pas: le chault du feu, le froid de la glace, le dur du fer et leurs semblables.^ (Joachim du Bellay: Defî"ense et illustration de la langue française.)
2 Proprement dressé, apte, de l'ancien verbe duire.
3 Adjectif qui n'a plus de féminin.
^ Pas plus de cas.
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Eoys arrivans^ à la Couronne, au lieu des sacres somptueux, et despensifs,2 qui depuis furent observez par la France, estoient par les Princes et grands Barons, portez sur leurs boucliers, ou escussons, par le camp, et mis en ceste manière en veuë de toute leur gendarmerie, pour faire entendre à chacun que sur l'appuy des armes ils dévoient fonder l'entretenement^ de leurs Estats. Je trouvay qu'aux afiliations (les Latins les nommèrent adoptions) qui se faisoient entre les Roys, Princes et autres grands Seigneurs, ils s'entrepresentoient* une hache, donnant par cela le père a cognoistre à celuy qu'il prenoit à fils, qu'il vouloit que luy succédant en ses biens , il les conservast par le glaive : et de ces institutions militaires est venu que nos Roys sont armez faisans leurs entrées dans Paris. Parquoy voyant toutes ces choses, je ne trouvay trop estrange que la preuve et décision de leurs causes, et spécialement Criminelles, despendissent de leurs espees.
Après avoir fait l'historique du combat judiciaire, l'auteur arrive à la description de la cérémonie.
De pouvoir icy raconter par le menu toutes les solemnites par lesquelles on y procedoit, ce seroit chose fort mal aisée, que je ne die^ impossible, attendu la disette que nous avons de nos Histoires; toutefois voicy la forme que je trouve avoir esté tenue au pays de Normandie, ainsi que j'ay tire de l'ancien Coustumier, qui est le livre de tous ceux que j'aie jamais leuz, qui nous en baille les plus fidelles instructions. Quiconque entreprenoit l'accusation de quelqu'un pour cas qui méritent mort, falloit que tout d'une main, 6 il offrit vérifier le crime par armes de sa personne à personne. Et estoit tenu l'accusé de comparoir'^ personnellement devant le Juge^ au jour qui luy estoit assigné,
1 Un des meilleurs grammairiens du XVIe siècle R. Estienne s'exprime ainsi au sujet du participe: ^Participes sont motz dérivez des verbes, participans de l'action et passion de leurs verbes, ayant pareil gouvernement (régime) en tant qu'ils se joingnent avec les noms, pronoms, prépositions et adverbes, ainsi que le verbe. Outre ce, 4ls ont genres et nombres, comme les noms, sans aucune différence de personnes ni de modes. — Il y a deux sortes de participes, les uns presens actifs, les autres prétérits passifs. — Tous participes presens sont terminez en ant pour le masculin, et en ante pour le féminin. — Le pluriel se fait du singulier en tournant le t en s, comme aimant, aimons etc."
2 Mot expressif disparu sans avoir été remplacé par l'équivalent coûteux ou dispendieux.
3 Entretien, maintien. ^ gg présentaient entre eux, réciproquement.
^ Pour ne pas dire. Certains verbes restèrent longtemps avec des formes
indécises. /-i j ^ •
trardez- vous, sur votre vie,
D'ouvrir que l'on ne vous die.
Pour enseigne et mot du guet:
Foin du loup et de sa race!
(La Fontaine: Le Loup, la Chèvre et le Chevreau.)
6 En même temps.
"^ Ancien infinitif de comparaître, conservé comme terme de Pratique.
S Les majuscules sont d'un fréquent emploi dans les textes du XVI® siècle
— un auteur du temps (De Paillot) a traité ce sujet voici comment:
„ Lettres capitales sont notamment requises à l'escriture pour n'en faire
„lictière, comme l'on dit, et jonchée à s'en servir indiscrettement et à tous