‹ Chrétiens et hommes célèbres aux XIXe siècleChapitre 11 sur 23 · MINISTRE, SÉNATEUR, MARÉCHAL DE FRANCE GOUVERNEUR D'ALGÉRIE · texte numérisé non relu

MINISTRE, SÉNATEUR, MARÉCHAL DE FRANCE GOUVERNEUR D'ALGÉRIE

« Le maréchal scutit la lumiùre se faire dans son esprit, tous ses doutes se dissiper et un mystérieux attrait le pousser vers le catholicisme. » (P. Clair.)

Le comte Randon, né à Grenoble en 1795, s'engagea de bonne heure sous les ordres de son oncle, le général Marchand, fit dans la grande armée les campagnes de Russie, de Saxe et de France.

A dater de 1838, pendant dix ans, son nom est mêlé à toutes les expéditions centrales Arabes. Nommé gouverneur d'Algérie en 1848 et en 4851, il le fut jusqu'en 1858. Il eut la gloire de diriger contre les Kabyles la dernière expédition qui assura la conquête de leur pays. Puis il fut nommé ministre de la guerre en 1859.

Mais son plus beau titre de gloire pour nous est sa conversion au catholicisme, œuvre longue et difficile, due surtout au zèle du R. P. Olivaint, massacré sous la Commune.

Le P. Clair, dans sa vie du vénérable martyr, a raconté ainsi l'histoire de celle conversion du maréchal :

« Issu d'une famille protestante, le maréchal Randon vécut longtemps dans la religion de ses pères sans que rien troublât sa bonne foi. Nature droite et loyale, esprit élevé, cœur généreux et vaillant, il allait à Dieu simplement et cherchait la vérité sans arrière-pensée. Loin de nourrir aucune prévention contre le catholicisme, il pencha peu à peu et comme à son insu vers lui.

« Gouverneur général de l'Algérie, il s'était intimement lié avec le P. Brumauld , de la compagnie de Jésus, dont il favorisait de tout son pouvoir les fondations charitables etles essais de colonisation chrétienne. En|retour, le zélé religieux faisait violence au ciel pour obtenir la conversion du maréchal ; il s'était même concerté avec quelques autres missionnaires, pour que chaque jour le saint sacrifice fût offert par l'un d'eux à cette intention.

« On peut dire que l'âme qu'il s'agissait de sauver était naturellement catholique. Le maréchal saisissait en effet toutes les occasions de témoigner son estime et sa vénération pour l'Église, son culte, ses ministres. Ainsi, il exigeait que l'aumônier des colonnes expéditionnaires occupât toujours, à la table de l'état-major, la place d'honneur, « comme repré- « sentant la première autorité, celle de Dieu. » A Alger, il se faisait un devoir d'assister aux splendides processions de la Fête-Dieu, et d'y donner à tous l'exemple d'un religieux respect.

(( Après la mort du P. Brumauld, le P. Olivaint, par ses prières et son action discrète, continua l'œuvre de cette conversion.

(( Longtemps il demeura invisible, comme l'ange

gardien, mais inspirant et dirigeant tout ce qui se faisait en faveur du « cher séparé » ; c'est ainsi qu'il se plaisait à nommer le maréchal.

« On le tenait au courant des moindres progrès; et quelle était sa joie quand il apprenait, par exemple, que le ministre de la guerre , encore protestant, avait pris noblement la défense du saint-père dans les conseils du gouvernement ; qu'il avait, par une touchante délicatesse, confié à M"" la comtesse de Randon le soin de veiller à l'entretien des chapelles dans les forts de Paris; qu'il marquait pour la véritable Eglise un attrait d'autant plus vif qu'elle était plus violemment attaquée !

« Au moment oii le livre de M. Renan faisait scandale, le maréchal formulait ainsi son jugement sur cet odieux pamphlet : « En résumé , ce livre aura eu « pour résultat de rapprocher dans une commune in- (( dignation deux religions, qui au fond (pensait-il) sont « divisées par si peu. .. Il faudrait de ces deux religions « n'en faire qu'une, prendre à l'Eglise catholique « son esprit de gouvernement et son unité ; au pro- (( testantisme... quoi? Je ne sais trop, car après tout (( c'est moins une religion qu'une négation. »

« Il se montrait fatigué et comme honteux des dissensions qui déchiraient la prétendue réforme et des contradictions doctrinales de ses ministres : « Un « pasteur prêchant en habit noir et cravate blanche, (( disait-il, me fait l'effet d'un colonel commandant « son régiment en habit bourgeois. »

« Ces succès partiels présageaient dans un avenir prochain la pleine victoire, et le P. Olivaint s'écriait : « Oh! il faut que nous obtenions celte conversion!

« Il n'y a pas d'exemple qu'un souverain, un prince « ou même un simple particulier ait servi l'Église « sans recevoir de Dieu la récompense. Et le maré- (( chai qui a si bien défendu le saint-père n'en serait « pas récompensé par le don de la foi ! »

« C'était une allusion aux soins donnés par le maréchal Randon à la formation de la légion d'Antibes, dont il avait voulu choisir lui-même un à un tous les officiers et la plupart des soldats.

« Enfin, un jour vint où le P. Olivaint put dire : « La conversion du cher séparé est un fruit qui tient (( encore à l'arbre et mûrit doucement, mais nous « le cueillerons demain ou après -demain... Il ne (( faut plus qu'une circonstance providentielle pour (( amener le résultat définitif. »

(( Cette circonstance providentielle fut, comme il arrive le plus souvent, une cruelle épreuve. Le fidèle et loyal serviteur de la France se vit tout à coup en butte à d'injustes accusations et à d'indignes calomnies.

« Au mois de janvier 1867, le maréchal disgracié quittait le ministère de la guerre.

« — Je ne puis m'empêcher de déplorer cette retraite, écrivit aussitôt le P. Olivaint. Le maréchal a si no^ blement rempli sa mission, il a si généreusement défendu les intérêts de l'Église ! Il sera bien difficile de trouver un successeur aussi dévoué que lui à tout bien ; les hommes qui lui ressemblent deviennent si rares! Cependant, tout en déplorant cette retraite, je ne puis m'empêcher de me réjouir. J'éprouve en ce moment une douce espérance. Il me semble que l'heure

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approche où vous aurez la consolation d'offrir à Notre- Seigneur cette chère âme tout à fait conquise à la vérité par l'esprit, comme elle l'est déjà par le cœur, ou plutôt conquise à la vérité par la pratique de la foi, comme elle l'est déjà par le cœur et l'esprit. Vous savez si je prie avec vous, et si tout mon dévouement vous est assuré au besoin dans celte œuvre. »

(( Retiré dans ses montagnes du Dauphiné , le maréchal consacra au recueillement et à la prière les loisirs que lui faisait l'ingratitude des hommes.

((, Il surveilla lui-même la construction d'une chapelle bâtie auprès de son château de Saint-Ismier, et au sommet de laquelle se dressa, par son ordre, une grande croix. Le Dieu de l'Eucharistie vint y faire sa demeure et remplir de ses bénédictions la maison de son hôte : Salus domiii huic hodie fada est.

a Le maréchal se prêtait volontiers aux pieuses industries qu'on imaginait pour l'acheminer insensiblement vers le catholicisme. Tantôt, c'était une petite médaille de la sainte Vierge qu'il consentait à porter sur lui; tantôt, la prière du soir qu'il faisait en famille, ou la messe à laquelle il assistait volontiers. Le P. Olivaint répondait au message qui lui apportait ces touchantes nouvelles : « Demain, jour de l'exaltation de « la Sainte-Croix, je dirai la messe pour le cher sé- « paré, qui, le matin, j'en suis sûr, se sera simple- « ment, chrétiennement, pieusement uni à nous pour « entendre la messe dans la petite chapelle, et adorer « avec nous le bon Maître. <Juelles influences vont « s'échapper de ce tabernacle pour avancer la con- « version de cette chère àme!... < >ui , recourez plus

(( que jamais à l'influence directe de Notre-Seigneur ; « il s'approchera de lui par vous. »

(( Tant de prières ferventes touchèrent le cœur de Dieu. Le vieux maréchal sentit la lumière se faire dans son esprit, tout ses doutes se dissiper, et un mystérieux attrait le pousser dans le sein du catholicisme. Il s'en ouvrit avec sa franchise habituelle à celle qui n'avait vécu que pour lui obtenir ce bonheur.

« La mort, disait-il, approchait : ceux que réunirait la même tombe devaient avoir une même foi ici-bas, afin de se retrouver ensemble dans une autre vie.

« — Magnificat!.. Te Deum!.. s'écria le P. Olivaint avec transport. Voyez-vous que la sainte Eucharistie a exercé sur lui sa toute-puissante influence. Je ne saurais vous dire à quel point je partage votre joie. »

(( Peu de jours après eut lieu la première entrevue du maréchal avec celui qui depuis si longtemps s'intéressait à son âme. L'entente s'établit aussitôt.

(( — Le bon maréchal , écrivait son nouveau guide , a une droiture et un mouvement du cœur qui me touchent profondément, »

« Enfin, après que le noble vieillard eut été suffisamment instruit du dogme catholique, le jour fut fixé pour la réconciliation avec la sainte Eglise.

(( Le 22 décembre 1867, dans l'humble chapelle d'un orphelinat, en présence du P. Olivaint et de deux témoins, le maréchal déclara reconnaître l'Eglise catholique pour la seule et véritable Eglise, faire profession de la religion catholique, apostolique et romaine, et renoncer à l'hérésie de Calvin. »

Depuis lors, il apporta au service de Dieu une fidéhté que le P. Olivaint appelait militaire.

« J'admire vraiment, écrivait-il, la grâce de Dieu dans cette àme si droite; comme il prend simplement les choses ! »

Une particulière amitié unit jusqu'à la fin le prêtre et le soldat. Le 22 juillet 1870, le P. Olivaint adressait au maréchal la lettre suivante :

(( Laissez-moi, monsieur le maréchal, vous témoigner le bonheur que j'ai ressenti d'être auprès de vous l'instrument de la grâce de Dieu. Je vous ai voué un attachement sincère et profond. Je vous suivrai de cœur sur cette terre d'Afrique, où, par votre esprit chrétien, vous avez fait tant de bien autrefois, oii vous ferez bientôt, maintenant que vous êtes plus près de Dieu, plus de bien encore. »

De son côté, le maréchal exprimait avec bonheur sa reconnaissance au P. Olivaint, pour tous les secours spirituels qu'il lui avait prodigués. « Je vous prie de croire, ajoutait-il, que je n'oublierai jamais ce que je vous dois à ce sujet; car j'y trouverai une consolation et un soutien dans les adversités dont la vie est ici-bas parsemée, et une confiance bien grande pour cette vie qui nous est réservée dans le ciel. »

Le maréchal entrevoyait le terme ; il l'atteignit bientôt. « Oh ! la patrie , ses souffrances me tuent ! » Ce furent ses dernières paroles. Il mourut en 1871.

Atteint d'une cruelle maladie , sa vigoureuse organisation résistait au mal ; mais il en survint un contre lequel elle fut impuissante, ce fut le mal qui frappa la France, et dont nous souffrons encore. Lorsqu'il vit les gloires de la patrie s'éclipser, la vie l'abandonna, et il rendit son âme à Dieu. Il est mort avec le courage du soldat, avec la foi et la soumission du

chrétien. Il est mort après avoir reçu les sacrements qui aident à faire le voyage de l'éternité. Il est mort après s'être courbé avec amour et reconnaissance sous la main du pontife suprûme qui lui donna sa bénédiction apostolique.

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