MARÉCHAL DE FRANCE, MINISTRE, MEMBRE DE L'ACÂDÉMIE DES SCIENCES
« J'ai toujours tenu et Je tiens pour unique, vraie et infaillible cette sainte religion catholique, remerciant Dieu de m'avoir accordé cette foi. »
(Maréchal Vaillant.)
Le maréchal Vaillant était né à Dijon. A sa sortie de rÉcole polytechnique , il entra dans l'arme du génie et fut employé, en 1811, comme lieutenant aux travaux de défense de Danlzig, puis combattit à Ligny, à Waterloo.
Sous les régimes suivants il n'est pas un siège important où il ne prenne part. Il est blessé devant Alger, contribue à la prise d'Anvers et surtout à la prise de Rome, oii l'habileté avec laquelle il dirigea les travaux du siège pour épargner la Ville éternelle est restée présente à la mémoire de tous. Vaillant avait élé envoyé deux fois en Afrique. Sa nomination au maréchalat date de 1851. Pendant la campagne de Crimée , le brave guerrier accepta la lourde charge de ministre de la guerre , et la supporta de façon
à faire regretter qu'il ne l'eût point conservée seize ans plus tard.
A dater de 1860 une vie nouvelle commence pour lui.
Grand maréchal du palais, ministre des Beaux- Arts et de la maison de l'empereur, comte de l'empire et membre du conseil privé, il reste dans ces hautes sphères ce qu'il a toujours été, grand travailleur, administrateur de haute capacité, bourru par tempérament, simple jusqu'à la parcimonie. Mais à l'occasion, — et son pays natal en sait quelque chose, — il savait être vraiment généreux. Membre de l'Académie des sciences depuis 1853, il était fort assidu aux séances, dont il suivait avec passion et partageait volontiers les travaux sur les sciences naturelles.
La vie du maréchal Vaillant n'offre pas beaucoup de faits qui révèlent ses sentiments religieux. Toutefois nous savons qu'il avait la foi, et il en donna des preuves dans sa dernière maladie, oii il accueillit avec joie et bonheur le ministère du prêtre; il se confessa et reçut les sacrements avec une grande piété. La France lui fit de magnifiques funérailles à Sainte- Clotilde, au mois de juin 1872.
Pendant son passage au ministère il accordait ou faisait accorder des secours aux églises : le trait suivant, qui nous prouve la simplicité de sa vie, nous en offre un curieux exemple.
Été comme hiver, le maréchal se levait à cinq heures du matin; il allumait un cigare, et, alors qu'il était ministre de la maison de l'empereur, allait se promener, les deux mains dans les poches, à travers
« son département », ayant pour costume un pantalon large et un veston de coutil.
Un jour, à six heures , arrive devant le ministère un brave curé de campagne des environs de Dijon. Le concierge dormait, et le maréchal fumait sur le perron de l'hôtel. Il aperçoit le visiteur embarrassé :
« Que cherchez-vous, monsieur l'abbé? cria-t-il.
— Le concierge, mon garçon.
— Il dort encore.
— Quel ennui! où savoir l'heure d'audience du ministre?
— Il reçoit toute la journée. Que lui voulez-vous, au ministre ?
— Voilà. Et le bon curé, tout heureux de trouver à qui conter son affaire, s'empresse de raconter le motif de sa visite.
— C'est bon, c'est bon, dit le maréchal, je me charge de cela ; seulement venez à l'heure de déjeuner, vous passerez de suite.
— Vous êtes sans doute le domestique de confiance de Son Excellence?
— Tout juste; il n'a pas de meilleur serviteur que moi. »
Le curé, radieux et plein d'espérance, se retire et revient à l'heure indiquée.
On l'introduit dans la salle à manger, et il y trouve son interlocuteur du matin, qui l'invite à s'asseoir et à déjeuner avec lui.
« Vous déjeunez donc à la même heure que le ministre? demanda le prêtre un peu ébahi.
— Oui, et je mange la même chose que lui. Vous allez voir, »
Le curé s'attable, et rien ne venait détruire son illusion, quand un secrétaire entre dans la salle et prononce le mot de maréchal.
« Oh! Monsieur! c'est bien mal de vous être moqué d'un pauvre brave homme qui avait eu confiance en vous! s'écria-t-il indigné et en se levant.
— Rassurez-vous, monsieur l'abbé, voici le traité de paix. » En ce disant, le maréchal remit au prêtre le papier que venait de lui apporter son secrétaire. L'objet de sa demande était accordé ; c'était une subvention considérable pour son église.