VALETTE
vota avec la gauche. Républicain, il l'avait été, mais nous savons que les républicains du jour étaient loin de réaliser son idéal. Il entendait les principes républicains dans un sens chrétien , et parlait souvent avec mépris de ses amis politiques, regrettant, disait-il, de ne pouvoir leur appliquer ce vers :
Les sots sont ici-bas pour nos menus plaisirs.
Aussi était-il peu éloigné de la pratique de sa religion, et, quand il tomba sérieusement malade, il voulut se confesser et communier en pleine connaissance.
A dater de cette époque il a souffert et est mort en chrétien, en 1878.
VEUILLOT (Louis)
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« L'Église m'a donné la lumière et la paix, Je lui dois ma raison et mon cœur ; c'est par elle que je vois, que j'admire, que j'aime, que je vis. )' ( Louis VKun.LOT. )
Dans son ouvrage sur Rome et Lorette, L. Veuillol a écrit son histoire et le récit de sa conversion avec une éloquence émue. Ouvrier de la dixième heure, il s'est proposé avant tout de faire du bien à ses frères, en leur racontant les miséricordes de Dieu sur son àme. « La vie du chrétien, dit-il, doit n'être qu'un effort de conversion sur lui-même et sur les autres; en se convertissant, il prêche; en prêchant, il se convertit. C'est la pensée que nous avons tous et que j'exprime. »
Nous allons essayer de résumer ce récit.
Louis Veuillot est né de parents pauvres et sans religion : « Je le dis à la honte de mon temps, non à la leur; ils ne connaissaient pas Dieu. Enfants tous deux à l'époque où l'on massacrait les prêtres, ils n'en avaient point trouvé dans leur village pour les élever, et, tout ce qu'en vieillissant ils avaient
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entendu dire aux plus habiles qu'eux de l'Kglise et des ministres de la religion, leur en inspirait l'horreur. » Pour lui, toute sa religion se bornait dans son enfance « à réciter quelques bribes de VAve Maria », le soir au pied de son lit.
Il se plaint amèrement de n'avoir pas connu le bonheur de l'école des Frères : « Je fus donc jeté dans cette infâme école mutuelle; il fallait, tous les mois', deux journées de travail de mon pauvre père pour payer les leçons de corruption que je recevais de mes camarades et d'un maître, qui était ivre les trois quarts du temps. »
Ainsi abandonné à la direction d'un tel maître, il lut les plus mauvais romans de l'époque : « Je n'y manquais pas,... et il est telle de ces lectures maudites dont mon âme portera toujours les odieuses plaies. »
Avis aux jeunes gens qui dévorent ces productions.
« Poussé à la table sainte par des mains ignorantes ou tout à fait impies, j'en revins avec mes souillures, je n'y retournai plus. »
Telles furent son enfance et sa jeunesse au point de vue moral et religieux ; au point de vue matériel elles furent tristes aussi. Tombés dans la misère, son père et sa mère ne pouvaient le nourrir; il chercha une position pour ne pas mourir de faim et devint scribe, dans un bureau, aux appointements de vingt francs par mois. C'est ainsi qu'il sortit à treize ans de la maison paternelle, « abandonné dans le monde, sans guide, sans conseil, sans amis, pour ainsi dire sans maître et sans Dieu. 0 destinée amère ! Je rencontrai de bons cœurs; on ne manqua pour moi ni de générosité, ni d'indulgence, mais personne ne s'occupa de
mon âme, personne ne me fit boire à la source sacrée du devoir,... et quand, dans ma misère, dans mon isolement, dans ma servitude, j'avais tant besoin de savoir une prière , c'était le blasphème qu'on m'apprenait. »
Combien de jeunes gens liront ces lignes et y reconnaîtront leur situation abandonnée !
« J'avais dix-sept ans quand je vis les médiocres enfants de la bourgeoisie qui m'entouraient s'applaudir d'avoir démoli l'autel et le trône; j'avais dixhuit ans quand je vis la bête féroce abattre les croix ; déjà mes anciens compagnons se félicitaient moins, mais j'applaudissais à mon tour. Eux ni moi ne pensions à voir dans la croix le signe du salut, les signes de la liberté, les deux bras divins pour protéger le monde. Tout ce qui tombait excitait ma joie : je me voyais condamné à n'habiter partout que la poudre des grands chemins et déjà je disais des choses qui allaient les épouvanter. »
L. Veuillot raconte ensuite ses premières armes dans la mauvaise presse et le travail qui se faisait dans son esprit.
« J'étais dévoué : la jeunesse a besoin de se dévouer... Nous étions, dans un petit chef-lieu de Gascogne, trois journalistes en dispute réglée pour peu de chose... De ces querelles mesquines, de ce dévouement fourvoyé, de ces passions ignorantes, j'essayais de remplir une àme où chaque jour mouraient les fragiles fleurs du printemps; mais plus j'allais, plus il s'y trouvait des places vides, et dans ces landes désolées germaient bien des remords.
« Souvent ému sur ce point, seul avec moi-même, je cherchais à pénétrer les mystères de l'homme intérieur. J'y trouvais de l'ennui; l'ennui me semblait légitimer le goût du plaisir. Mais ce goût du plaisir blessait la conscience, jetait mille troubles dans l'âme, enfantait d'odieuses douleurs. Pourquoi cela? Qu'est-ce que la conscience? Je ne le comprenais pas... Que n'allais-je tout de suite à Dieu? Faut-il le dire? Je pensais n'avoir rien à faire de ce côté; je me croyais de la religion. J'avais, en effet, la religion de la lyre, cette piété des rimeurs de notre temps qui consiste à remplacer Jupiter par Jéhovah, l'amour par un ange, et à faire intervenir, par une profanation détestable , le nom virginal de la reine du ciel dans les élégies que l'on adresse aux Philis et aux Chloés. Sans nier l'existence de Dieu, je ne connaissais rien, absolument rien de la loi chrétienne. Je lisais dans les écrits des penseurs de nos jours que le christianisme avait été bon, utile, mais qu'il était mort, et je croyais très volontiers qu'en effet le christianisme était mort.
« Rien autour de moi ne me disait qu'il vécût. Dans la ville que j'habitais il y avait sans doute d'honnêtes gens; il n'y avait pas un homme à ma connaissance (pas un!), ni fonctionnaire, ni professeur, ni magistrat, ni vieux, ni jeune, qui remplît ses devoirs religieux; pas une mère de famille qui eût une fois parlé, en ma présence, à ses enfants, de Dieu, de l'Église, ou de quoi que ce soit qui eût le moins du monde rapport à la religion. »
La conversion d'un ami commença cependant d'ébranler son âme. Il alla le voir, et au lieu de le
trouver par suite de ce changement un peu fou, comme il le disait, il le trouva calme, plein d'espoir, et l'aimant plus que jamais, enfin vraiment chrétien. « Il me fit, raconte-t-il , le récit de ses combats, c'étaient les miens; il me pressa de l'imiter dans le dernier effort qui lui avait donné la victoire. Hélas! le prix même du triomphe me fit peur... Chose étrange! ces terreurs durèrent peu; les doutes même cessèrent, et pourtant le plein jour n'était pas encore venu : c'est que j'avais méprisé la grâce. Dieu me laissa dormir un temps dans la fange de mes iniquités. Vous qui dormez dans le même lit, du même sommeil, ne vous hâtez point de me trouver heureux ; luttez contre ce sommeil funeste, sortez-en ! J'en ai porté, j'en porte encore la peine. Ce sont des plaies que je ne montre qu'à Dieu... Gustave cependant priait pour moi : il songeait aussi à mon avenir temporel que j'avais toujours abandonné à tous les vents de la terre, et par ses soins je vins à Paris. »
A cette époque , Dieu lui envoya le secours de deux bons livres que des personnes fort religieuses lui prêtèrent par une permission divine. C'était V Histoire de sainte Elisabeth de M. de Montalembert et le beau travail de M. Rubicond sxxvV Action du clergé dcms les sociétés modernes. Mais « savoir, intelligence, raison, choses vaines sans l'obéissance et l'amour. Pour y voir plus clair, je ne m'en conduisais pas mieux... Et j'étais toujours dans le combat. J'étais honteux des brèches faites à ma conscience, ou j'étais las des débris d'honnêteté qui me restaient... Je perdais le sens du juste et de l'honnête, je perdais jusqu'à la volonté du combat, jusqu'au désir de la force ».
Enfin son anîi converti l'emmène à Rome.
Là, tout fit impression sur son cœur déjà blasé p
ar
ce
les plaisirs et les passions. Ce fut d'abord Saint-Pierre de Rome.
« Catholique ou protestant, croyant ou incrédule, que l'on fasse profession de bel esprit, que l'on suive naïvement les impressions d'un bon et simple cœur, sous quelque ciel que l'on soit né, de quelque pensée que l'on soit imbu, je n'imagine pas un sang si froid, une situation de l'âme telle, que l'on puisse entrer, sans beaucoup d'émotion, dans Saint-Pierre de Rome...
« Une émotion étrange encore, qui fut vive du premier coup, est celle que me firent éprouver ces nombreux confessionnaux distribués dans Saint- Pierre, et qui portent pour enseignes toutes les langues de l'Europe... Ainsi, mon Dieu, vous voulez bien qu'on vous apporte ici des souillures ramassées dans tous les coins du monde; qu'on les y laisse, et qu'après tant de courses incertaines dans les voies de l'erreur, on puisse dater de Saint- Pierre de Rome le point de départ d'une vie toute nouvelle, oii l'on sera soutenu par votre amour. »
L.Veuillot suivit son ami au tombeau de saint Pierre, où il entendit la messe, la première fois depuis dix ans, et envia, sans trop savoir pourquoi, le bonheur des pieuses personnes qu'il voyait revenir de la table sainte. Dieu agissait ainsi dans son âme.
Une lecture d'un sermon de Bourdaloue, faite en commun avec ses amis, sembla achever ce travail de la grâce, car Veuillot dit à l'un d'eux : « Cela vous ferait donc bien plaisir, Adolphe, si je me convertissais? »
Celui-ci ne répondit pas, mais une larme brilla dans ses yeux; c'était la réponse.
Cependant tous les amis du pauvre égaré, tous fervents catholiques, témoins de la lutte qui se pro-
longeait en lui, priaient et faisaient prier. Comme ils avaient donné le soin de leur âme à un père jésuite, leur ami les accompagna un soir au Gesù, et eut avec ce bon religieux une courte entrevue, où il versa d'abondantes larmes sur son état. Ce fut le signe avant-coureur de la conversion complète.
« J'employai, dit le néophyte, le jeudi et le vendredi saint à mon examen de conscience... Je me mis à genoux et je me confessai... Je me levai, le cœur bercé d'une joie sérieuse et paisible, non pas délivré encore, mais allégé; non pas absous, mais béni. »
Enfin il lui fut donné d'achever le long et pénible , mais sincère aveu, devant lequel il avait reculé si longtemps. Il reçut la divine Eucharistie dans l'octave de Pâques à Sainte-Marie Majeure, et épancha longtemps son bonheur au pied de l'autel : « J'étais dans le port, a-t-il écrit, et je regardais d'un œil tranquille cette mer infinie des anciennes tentations. Je savais ce que c'est que le mal : c'est ce que Dieu défend. Vingtquatre années j'avais vécu sans le savoir et sans pouvoir l'apprendre : je le savais maintenant pour ne plus l'oublier, et toutes mes déceptions et toutes mes misères n'étaient plus un mystère où se perdit ma raison... Dieu intervenait visiblement dans ma vie. J'avais la foi. Je l'avais trouvée avec toutes les consolations, avec toutes les évidences, avec toutes les certitudes, là où l'on m'avait dit que je la trouverais. »
Ceux qui ont connu L. Veuillot savent avec quelle ardeur, quel courage et quel désintéressement il a persévéré dans la bonne voie; comme il a consacré son talent, son temps, ses veilles et toutes
ses forces à la défense de la religion. Il n'a reculé pour cela devant aucun adversaire ni aucun danger. Il a pu se tromper ; il a pu apporter trop d'âpreté dans la discussion, mais personne ne doit suspecter la sincérité et l'énergie de sa foi. Les libres penseurs de nos jours n'ont encore rencontré aucun écrivain qui les ait flagellés si vigoureusement.
Aussi est-ce avec raison que ce grand lutteur a proclamé son dévouement à l'Église dans ces lignes, empruntées aux Mélanges :
« L'Église m'a donné la lumière et la paix : je lui dois ma raison et mon cœur; c'est par elle que je sais , que j'admire, que j'aime, que je vis. Lorsqu'on l'attaque j'ai les mouvements d'un fils qui voit frapper sa mère. J'essaye d'arrêter la main parricide, j'essaye de la meurtir, je conserve de son crime un ressentiment profond. C'est le plus insensé des crimes, le plus ingrat, le plus cruel.
« Certes je n'ai le malheur de haïr aucun homme. Mais l'œuvre à laquelle beaucoup d'hommes se condamnent, et dont je vois tous les jours les effets irréparables , je la hais d'une passion que rien n'épuise, que rien n'endort, qui, malgré moi, éclate en âpres gémissements.
« L'Eglise est ma Mère et ma Reine. C'est à elle que je dois tout, lui devant la connaissance de la vérité; c'est par elle que j'aime, c'est par elle que je crois; d'elle seule j'espère tout ce que je puis espérer : homme, la miséricorde divine; citoyen, le salut de la patrie.
« Jamais on ne verra dans nos paroles, dans nos actions, dans nos désirs, dans nos rêves, la trace
d'un amour égal à celui dont nous brûlons pour la maison de Dieu, pour la sainte Église catholique. Pour nous il n'y a ni branche cadette, ni branche aînée; ni opposition, ni ministère, ni quoi que ce soit qui prenne le pas sur Tintérêt de la religion catholique. »
Après avoir, tout le reste de sa vie, combattu le bon combat dans lequel il a épuisé ses forces , Veuillot est mort en athlète de Jésus- Christ. Aussi, dans l'inscription latine du monument élevé à Rome à la mémoire du grand écrivain catholique , a-t-on pu célébrer dans Louis Veuillot « le chrétien qui se sacrifia pour l'Éghse et la société, le génie qui se forma luimême, le dompteur des ennemis du saint- siège , l'écrivain concis et fort, l'homme désintéressé qui méprisa les honneurs, les richesses et les plaisirs; l'homme fier devant les puissants, devant l'opinion, devant les malheurs du temps; finalement, le grand mort que salue la postérité et que les mécréants ne se rappellent qu'avec effroi.
VIGNY (de)
POÈTE, MEMBRE DE l'aCADÉMIE FRANÇAISE
t Je veux mourir en bon catholique comme tous ceux de ma famille. »
(Alfred dk Vigny.)
La mémoire du comte de Vigny a été accaparée par la presse impie ; mais les paroles de notre épigraphe, prononcées par lui, prouvent qu'il s'est séparé, avant de mourir, de ceux qui furent trop longtemps les compagnons de son indifférence et de son irréligion.
Alfred-Victor, comte de Vigny, né à Loches en 1797, fit partie, à dix-sept ans, des mousquetaires rouges de Louis XVIII, et resta dans l'armée jusqu'en 1827, époque à laquelle il en sortit pour se consacrer exclusivement aux lettres.
Les premiers poèmes, qui datent de 1822 , sont la preuve de l'influence de l'esprit religieux sur sa muse, comme la Fille de Jephté, le Déluge, Moïse Eloa ou la sœur des anges. Avec le temps et le travail , le poète prenait place peu à peu dans l'école romantique, mais sans devenir très populaire. Le roman historique de Cinq- Mars fit beaucoup plus que ses poèmes pour sa réputation.