‹ Chrétiens et hommes célèbres aux XIXe siècleChapitre 20 sur 23 · DE VIGNY · texte numérisé non relu

DE VIGNY

Dès 1829, de Vigny abordait le théâtre avec 0^/zeZZo, drame traduit de Shakspeare , et la Maréchale d'Ancre, en 1831. Plusieurs petits poèmes philosophiques, publiés dans la Revue des Deux-Mondes ^ achevèrent sa réputation , et en 1845 il entrait à l'Académie française.

Tel est l'abrégé de sa carrière littéraire.

Au point de vue moral et religieux sa vie ne fut pas toujours si éclatante et si glorieuse.

Sous le titre de Journal d'un poète, le légataire d'Alfred de Vigny a publié, après la mort de celui-ci, en 1867, un livre qui donne la plus triste idée du caractère religieux et moral de ce brillant homme de lettres, et on ne voit pas trop dans quel but ce volume a été mis au jour ; en tous cas il n'augmentera pas la gloire du poète. Chacune de ces pages révèle la misanthropie, l'amertume de l'orgueil blessé, l'impiété froide et raisonnée, et une sorte de haine personnelle contre Dieu.

Aussi bien les revues les moins religieuses se sont- elle récriées contre le scandale d'une telle publication; et l'une d'elles, qui est loin d'être cléricale, écrit que c'est là une des plus malencontreuses inspirations que la piété du souvenir ait jamais soufflée à l'oreille d'un ami dévoué.

Nous savons, il est vrai, qu'Alfred de Vigny perdit la foi de son enfance, et qu'il en fut puni par les tristes conséquences de l'incrédulité, le trouble et la tristesse , compagnes inséparables de la seconde moitié de sa vie, et qui, à plusieurs reprises, le portèrent au suicide.

C'est ce qu'avoue sincèrement l'écrivain que nous venons de citer : « Ne cherchons pas le secret des tristesses d'Alfred de Vigny ailleurs que dans son incrédulité. Elle suffit pour tout expliquer, car elle est une des plus complètes qu'il nous ait été donné de constater... Pour lui, aucune espérance ni dans cette vie, ni au delà de la vie. Etonnez-vous après cela que le suicide se soit plus d'une fois présenté comme la conclusion légitime d'une existence qui n'a aucun but. »

Donc , plus de joie , plus de bonheur pour le malheureux poète , au milieu des honneurs dont le comblent les sociétés littéraires. Et, ses amis le constatent , son incrédulité est une des plus complètes qu'il nous ait été donné de rencontrer.

Voyons s'il en sortira, et par quels moyens.

Nous avons heureusement des renseignements aussi positifs que consolants à fournir ici, touchant les dispositions du grand poète sur la fin de sa vie.

Une personne digne de foi, et parente d'Alfred de Vigny, a donné au public des détails qui permettent de le représenter comme un des exemples les plus frappants du pouvoir de la prière et de la puissance de Dieu sur le cœur de l'homme.

On avait beaucoup prié, en effet, pour la conversion de cet impie obstiné, de cet ennemi de Dieu, et la grâce a triomphé des passions. Quelque temps avant sa mort il avait accepté et porté sur lui une médaille miraculeuse; puis, peu de jours avant de mourir, alors qu'il possédait la plénitude de sa raison et de sa Hberté, il s'est confessé et s'est jeté dans les bras du prêtre qui venait de recevoir ses aveux,

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