‹ Chrétiens et hommes célèbres aux XIXe siècleChapitre 9 sur 23 · DE PIMODAN · texte numérisé non relu

DE PIMODAN

le général qui commandait à Trieste, il revenait de cette dernière ville quand il fut arrêté par les insurgés à Venise, et conduit en présence de Manin. Le dictateur le considéra d'abord d'un air étonné, puis, ouvrant un tiroir rempli d'or, il regarda fixement le jeune homme et lui dit en montrant cet or : « Vous voulez être des nôtres, n'est-ce-pas, et vous venez combattre pour la liberté de Venise ? »

Un éclair d'indignation passa dans les yeux de Georges de Pimodan : « Monsieur, s'écrie-t-il, je suis d'une noble famille et officier de l'empereur, je ne con.nais que mon devoir. »

Il parvint cà s'échapper et regagna Vérone, où le maréchal Radelzky le nomma capitaine d'état -major, et l'envoya porter à Vienne les drapeaux pris sur l'ennemi.

Après la campagne d'Italie, il fît celle de Hongrie, oij il se distingua comme dans la première. Fait prisonnier de guerre, il avait tenté de s'évader et de livrer la forteresse aux soldats de l'empereur. Traduit pour ce fait devant un conseil de guerre, il fut condamné à mort. Il crut son heure suprême arrivée, et se prépara à mourir en soldat et en chrétien. Sur un des carreaux de sa prison étaient écrites, avec une bague en brillant, ces paroles simples et fortes où se révélait sa belle âme : « Adieu, chers parents, je vais être fusillé ; je suis tranquille et résigné : je meurs plein de foi et d'espérance. Chère mère, mon seul chagrin est le vôtre. »

Dieu n'accepta pas son sacrifice; il le réservait à de plus grandes choses. Le brave soldat fut sauvé à l'arrivée triomphante du général Hagnau.

En 1855, le marquis de Pimodan, alors lieutenantcolonel, pouvait arriver à un grade plus élevé à la condition d'être naturalisé autrichien ; il refusa de renoncer à la qualité de Français.

Obligé de quitter le service de l'Autriche il revint en France, où il trouva dans le mariage une épouse digne de lui, et bientôt deux enfants qui devaient perpétuer l'honneur de son nom.

C'est au milieu des joies et des douceurs de la famille que la voix du chef de l'Église se fit entendre à lui.

Bien vite son parti fut pris, et sa noble compagne ne chercha point à le retenir. Pie IX demandait du secours; Georges de Pimodan se rendit à Rome, oii le brave Lamoricière le nomma son chef d'étatmajor.

Il ne tarda pas à se signaler.

Son premier exploit fut de tuer et de disperser, à la tète de soixante soldats armés à la hâte, quatre cents bandits garibaldiens, premiers avant-coureurs de l'armée qui devait bientôt envahir les États pontificaux au mépris de la justice, de l'honneur et de la religion. Du mois de juin au mois de septembre, le général de Pimodan aida le général de Lamoricière à organiser son armée et ses moyens de défense, et quand arriva le jour de la lutte suprême il était là, à côté de son chef, prêt à combattre et à mourir pour la cause sainte à laquelle il s'était dévoué.

A Lorette, la veille mrme de la grande bataille oîi il devait succomber, le général de Pimodan, confondu dans la foule des soldats et des officiers, se confessa humblement et se prépara au combat, dit M. A. de

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Ségur, selon la grande méthode catholique et française des Condé, des Turenne et des croisés, ses ancêtres. Si quelqu'un passant par là eût demandé ce que c'était que cette foule en uniforme , qui se pressait aux portes d'une église, on eût pu lui répondre : « C'est une armée qui se confesse avant de se faire égorger pour la foi. »

« Le lendemain, continue son panégyriste, à quatre heures du matin, à genoux dans le sanctuaire de Lorette, à côté du général de Lamoricière, à l'ombre de ces murs sacrés qui abritèrent jadis la mère de Dieu et Dieu lui-même fait homme, le général de Pimodan reçut le corps divin du Seigneur. Il pria, il médita longtemps. Quand il se releva, le sacrifice de sa vie était fait et accepté de Dieu : le héros, le martyr était achevé; il ne lui manquait plus que la palme et la couronne que la bataille allait lui donner.

« Quelques heures plus tard, dit M. de Ségur, il s'élançait sur les Piémontais à la tOte de sa colonne, se battait comme un lion, électrisant ses soldats, et étonnait ses ennemis par sa bravoure. Tant qu'il fut debout, ils tinrent bon, malgré l'infériorité du nombre, et quand il tomba, la dernière espérance de succès tomba avec lui. Sa seule harangue au bataillon francobelge avant le combat avait été cette phrase : « Pour « vous, souvenez-vous que vous êtes catholiques et « Français. »

Il fut atteint presque simultanément de trois blessures, l'une au visage, l'autre au pied, la troisième et la plus terrible en pleine poitrine. Celle-là était mortelle.

En recevant la première, il s'écria : « Courage, mes enfants, Dieu est avec nous! »

« — Dieu est avec nous, » répéta-t-il en se sentant frappé pour la seconde fois. Et le coup suprême le trouva répétant encore cette grande parole. Il s'affaissa sur lui-même, et fut transporté dans une chaumière où il reçut les premiers soins. Au milieu de ses cruelles souffrances, le héros s'oubliait pour ne penser qu'au succès de la cause à laquelle il achevait de donner sa vie : « Mes amis, disait-il, laissez- moi mourir ici, et retournez à votre poste pour faire votre devoir. »

Une balle était entrée dans la région du sein droit et sortie à gauche. Il souffrait horriblement, et endurait ses douleurs avec le calme et la patience d'un martyr. Il reçut les sacrements sur le champ de bataille, et expira enfin vers minuit : c'était dans la nuit du 18 au 19 septembre.

Ainsi mourut, à trente-huit ans, Georges de Pimodan, général dans l'armée pontificale, laissant un nom immortel dans l'histoire de l'Éghse. Il fut pleuré, béni, glorifié par des millions de chrétiens de toutes nations, qui trois mois auparavant ignoraient son existence.

Quelques jours après, la marquise de Pimodan écrivait à son mari qu'elle croyait vivant. Une amie lui dit : a N'écrivez pas; la lettre ne lui parviendrait pas, il est prisonnier.

— Prisonnier ! s'écrie la noble femme , c'est impossible ; il est mort ! allons à l'église prier pour lui. »

Puis, prenant son jeune fils, elle le couvre de baisers

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