IV.-LA GUERRE SUR LE DANUBE
furent pillés et saccagés^ les habitants furent massacrés sans distinction de sexe ni d'âge. Les musulmans euxmêmes n'épargnaient pas leurs coreligionnaires fuyant devant l'invasion ennemie. Dans l'espace de dix jours, la Dobroudja tout entière et la Bulgarie occidentale, en y comprenant la ville de Bajarzik, furent complètement dévastées.
La Dobroudja est cet te contrée marécageuse qui s'étend entre le Danube et la mer Noire. Elle est semée de lacs, mais aucune rivière un peu considérable n'arrose cette vaste plaine, et les eaux, ne trouvant pas à s'écouler vers la mer, deviennent stagnantes, et répandent dans Pair au printemps des exhalaisons pestilentielles. L'aide
accorder une administration séparée, ni à les réunir en corps d'armée. Se croit-elle maintenant libre d'en agir autrement? Les Nekrasotcîsi sont des cosaques du Don qui ont émigré en Turquie en 4736, k cause des persécutions dirigées contre les vieux croyants sous rimpératrice Anne. A cette époque, Ignace Nekrassa se mit à la tète des mécontents et quitta les bords du Don. Il se réfugia en Crimée et y mourut. Après Toccupation de cette province, ces cosaques sont venus sur les bords du Danube, d*où un grand nombre se sont transportés en Asie, près de Brousse, o<i ils forment encore un groupe de cinq mille hommes ayant une administration nationale sous un chef élu parmi eux [atctman). Près de Touischa, on compte plusieurs villages, entre autres Siry-KioT» Jourylowka, Novesielo, habités par les vieux croyants, parmi lesquels il a beaucoup de cosaques uekrasowlsi. La masse de ces habitants s'appelle Lipovan» du nom que prennent les origénistes, secte très-répandue eu Russie, et qui a cherché un refuge dans la Dobroudja contre les justes sévérités de Tautorité russe. Les Zaporogues parlent la langue ruténienne, telle qu'on la trouve en Wolhynie, en Podolie et en Ukraine. Les Nekrasowtsi et les Lipovans parlent le vrai russe.
de camp général Lûdérs^ qui avait reçu Tordre de se rendre devant Silistrie après avoir expulsé lesTurcs de la Dobroudja, commit l'imprudence de s'arrêter avec son armée dans cette contrée malsaine pendant deox semaines. Cette imprudence lui coûta cher : près de dixmille hommes furentobligésd'entrer dans les hôpitaux. Enfin il se miten marche en côtoyantle Danube, et suivi de la flottille russe, qui remouta ce fleuve en même temps que son corps d'armée, auquel elle rendît de grands services. De son côté^ le général turc commit une grande faute au commencement de la guerre^ en négligeant d'établir une place forte à Isaktcha, point de la plus haute importance dans le bas Danube^ placé au confluent dece fleuve et du Prutb^ et qui pourrait jouer le même rôle que la forteresse de Modltn^ au confluent de la Naref et de la Yistule. Au moyen d'une forte artillerie à Isaktcha, les Turcs auraient pu rendre à peu près nulle la coopération de la flottile russe du Danube. Avant de prendre position devant Silistrie, Parmée de l'aide de camp générai Lûders s'arrêta à deux lieues de la place. On commença aussitôt à Jeter des ponts pour passer le Danube entre Kalaracbe et Silistrie. Le bord du Danube sur lequel est située cette dernière ville est plat^ et une enceinte de murailles assez faible la défend; mais derrière Silistrie, à une distance d'une demi-lieue environ, est bâtie, sur le monticule le plus élevé de la peiile chaîne de collines qui domine ses murs, la citadelle de Medjidié, armée de quarante pièces d'artillerie. Dès le commencement de la guerre, un