IV.— LA GUERRE SUR LE DANUBE
danubiennes le désarmement de ces bandes, qui n'a Taient pas craint d'abriter leurs violences sous un glorieux souvenir.
Le général Ouchakof fut moins heureux à Toultcha que le prince Gortchakof à Hatchine. Il trouva de ce côte une gcande résistance. Omer-Pacba pendant Tliir ver avait fait élever par Mustafa-Pacha des redoutes hors de Toultcba, sur le point où le Danube se divise en plusieurs bras dont Tun conduit directement a IsmaS. Ces redoutes étaient défendues par deux mille cinq cents hommes, dont douze cents d'infanterie régulière, et par huit pièces de campagne. (Les Russes opérèrent le passage sur des radeaux, et bien qu'ils fussent au nombre de quinze mille, ils ne parvinrent à se rendre maîtres des retranchements turcs que lorsque des douze cents soldats réguliers il ne restait plus que cent soixante combattants. Les Turcs dans cette chaude af' faire eurent quinze cents morts et les Russes près de quatre mille hommes hors de combat, dont soixanteseize officiers.
Osman-Pacha, qui commandait environ quatre mille hommes à Isaktcha et aux environs, se retira sans brûler une amorce et sans même chercher à porter secours autour de lui. Les garnisons turques de Babadaghet de Hirsova battirent en retraite dans le plus grand désordre et ne s'arrêtèrent qu'à Karasou, derrière le rem part deTrajan, où Hnstafa-Pacha eut la plus grande peine à rétablir l'ordre dans son corps de douze mille hommes. En un jour, l'armée russe avait occupé la Do-
broudja. Quinze mille hommes passèrent le Danabe d'fsmail sur la rive droite, vingt-cinq mille de Galalz à Zatoka et douze mille de Braila à Matchine, en toat cinquante mille hommes, dont quaranie-deux mille d'infanterie avec cent soixante bouches à feu. Le commandement supérieur de ces troupes fut confié à l'aide de camp général Lûders. Avec l'invasion russe commencèrent les dévastations de la Dobroudja; les Ottomans, les Tartares, les cosaques nekrasowtsi et zaporogues S qui habitaient cette contrée, fuyaient devant les Russes; les Grecs et les Bulgares se retiraient devant les bachi bouzouks, qui n'attendaient que l'invasion msse pour se livrer à leur instinct de rapine. Les villages
1 Après le premier démembrement de la Pologne, en 4772, une partie des cosaques qui liabitaient sur les bords du Dniépery et qu*on appelait cosaques zaporogues (le mot porogh signifiant noe chute d*eau, un fort courant sur le Dnieper, et zaporogh, au deU des courants), ne voulurent pas se soumettre à la Russie. Ils émigrèrent en Turquie, où on leur donna les terres situées sur les bords du Danube, en leur permettant de se gouverner d*après leurs anciennes coutumes. Les Zaporogues choisissaient ainsi chaque année parmi eux un chef qui recevait le nom d'ataman, avec le droit de vie et de mort. Ces cosaques, qui étaient au nombre* de vingt mille, étaient obligés de fournir un contingent militaire dans les guerres de la Turquie. Leur dernier ataman, Vladki, les trahit et les vi*ndii aux Russes en 4828. Ils furent transportés sur les bords de la mer Noire, d'où leur vient le nom de Gzernomorlze, qu'ils portent maintenant. Un grand nombre d'entre eux abandonna de nouveau les drapeaux russes et retourna sur les bords du Danube. On comptait* au commencement de la nouvelle guerre, six mille de ces émigrés, occupés à la pèche et disséminés dans toute la Dobroudja, depuis Roustchouk jusqu^à Toultcha . Par le traité d^Àndrinople, la Turquie s'était engagée k ne jamais leur