‹ Chrétiens et TurcsChapitre 108 sur 119 · IV.— LA GUERRE SUR LE DANUBE · texte numérisé non relu

IV.— LA GUERRE SUR LE DANUBE

Denizof et Schilder grièvement blessés, et le dernier ne tarda pas à mourir de ses blessures. Quelques jours après ce mémorable fait d'armes, le maréchal Paskié- Yitch quitta le camp de Silistrie, et un éclat d'obus vint enlever aux Turcs leur brave chef Moussa-Pacha. Les Russes, qui dans la campagne de 1828-29 s'étaient fait ouvrir plus d'une ville avec la clef d'or, avaient vainement cherché à gagner Moussa-Pacha, dont Tincorruptibilité égalait le couragCi et qui mourut pauvre, gardant jusqu'à la dernière heure la stoïque résignation qui pour les musulmans remplace, dans les épreuves suprêmes de la vie, l'aiguillon et l'amour de la gloire. Le prince Gortchakof, resté seul à la tète des Russes, prit le parti de faire cerner Silistrie du côté de l'ouest, et donna l'ordre aux dix-huit bataillons qui se trouvaient à Oitenitza de passer le Danube et de se réunir à Turtukaï. Les premières troupes françaises, composant la division du général Canrobert, commençaient à arriver, et Omer-Pacha résolut de porter secours à la garnison de Silistrie. Cinq mille hommes, escortant une quantité considérable de vivres, parvinrent à se frayer un passage à travers l'avant-garde et à pénétrer dans la ville assiégée. Sadyk-Pacha, avec trois brigades d'infanterie et quelques régiments de cavalerie, harcelait l'avantgarde russe. Les cosaques ottomans insultaient constamment les avant-postes russes et y répandaient l'alarme. Le serdar sortit lui-même le 4 juin de Gboumla, et se mit en marche vers Silistrie ; mais, toujours fidèle à son système de prudence et de tempo-

risation, que justiflait d'ailleurs dans ces conjonctares la supériorité des forces russes^ il s'arrêtait après avoir fait cinq lieues^ et taisait élever des camps retranchés garnis de batteries, afin de donner le temps d'arriver anx troupes qui étaient à Kalafat^ et dont il avait rappelé ta plus grande partie depuis que les Russes avaient renoncé à s'emparer de cette place. De son cAlé^ après le premier échec de Tarmée russe devant Silistrie, le maréchal Paskiévitch avait ordonné au général Liprandi d'évacuer complètement la petite Valachie^ et de venir renforcer le camp de Kalarache. Le général Liprandi, avant d'évacuer la petite Valachie, organisa le désordre en forçant toutes les autorités valaques à quitter leurs postes et à le suivre à Bucbarest ; il voulait priver les Turcs, qui allaient entrer dans cette province après lui, du concours des autorités constituées, qui en général s'étaient montrées peu sympathiques aux Russes. L'ar-^ mée turque occupa Craîova presque aussitôt après le départ de l'armée russe. Liprandi fut le dernier général russe qui repassa le Pruth. Il était encore en Moldavie quand les Antrichiens entraient dans les Principautés, et il put cependant se trouver au meurtrier combat de Balaklava, le 25 octobre 1854.

Deux événements considérables, dont TmAuence fut grande sur la carrière d'Omer-Pacha et sur le sort des Principautés, eurent lieu au mois de juin 4854. L'Autriche, préoccupée de l'arrivée des armées alliées sur le territoire bulgare, et appréhendant de voir les provinces danubiennes devenir le théfttre de la guerre,

Page 1