‹ Chrétiens et TurcsChapitre 109 sur 119 · IV.-LA GUERRE SUR LE DANUBE · texte numérisé non relu

IV.-LA GUERRE SUR LE DANUBE

se bftta de conclure la convention du 44 juin i854^ qui ferma aux armées alliées un champ de bataille sur le* quel elles pouvaient remporter des avantages sûrs et rapides. Cette convention dont le principal promoteur fut^ on a quelque raison de le croire^ lord Stratford de Redcliffe eut^ il faut le Aire, des conséquences funestes pour la campagne même de Crimée. D^autre pari» le prince de Varsovie, avant qu'il fût question de la signature de la convention du H juin» avait vu d'un coup d^œil toute la gravité des conjonctures au milieu des* quelles se trouvait l'empire russe par suite de Talliance que la guerre venait de sceller entre la France et TAngleterre, comme aussi des justes inquiétudes que la présence des armées impériales devant Kalafat et Silistrie donnait à TAutriche» en réveillant le sentiment national parmi les Slaves de Bulgarie et de Servie. Le prince Paskiévitch n'était pas seulement un général consommé» c'était un homme politique de premier ordre» et la modération était un des signes de sa supériorité. Il avait désapprouvé la guerre dans le principe^ et le plan de campagne suivi dans les Principautés et le long du Danube avait été condamné par sa haute raison. Cependant il eut la faiblesse ou l'héroïsme de céder aux instances de l'empereur Nicolas et d'accepter le commandement de l'armée et la direction d'une guerre qu'il jugeait funeste pour son pays. Comblé d^honneurs, de richesses et d'années» il risqua sa gloire pour ne pas déplaire à son maître. Il lui rendit cependant un dernier service. Il comprit que le premier intérêt de la

Russie était de se ménager la neutralité de l'Autriche et de r Allemagne; que cette neutralité était la meilleure barrière que le tsar pût mettre entre lui et ses puissants adversaires, et que cette barrière rendai t la Russie invulnérable partout ailleurs qu'à' ses extrémités, c'est-àdire là même où elle pouvait offrir le plus de résistance. Le prince de Varsovie adressa donc à l'empereur Nicolas un mémoire qui fut connu de quelques personnes honorées de sa conflance , et dont voici la substance:

a 1* L'empereur de Russie devait avant toutes choses prendre des mesures de nature à lui concilier le bon vouloir et le concours amical des cours de Vienne et de Berlin^ en évitant soigneusement de froisser aucun intérêt allemand ou autrichien. 11 devait donc sans hésitation cesser la guerre offensive sur le Danube^ évacuer les Principautés, faire repasser le Pruth à sesarmées; et n'apporter aucune entrave à la navigation da Danube;

«2° 11 devait cesser toute guerre offensive en Europe^ et se tenir sur une défensive formidable, mais se préparera prendre avec vigueur l'offensive en Asie^ où la Russie trouverait des millions de coreligionnaires qui avaient accueilli avec transport ses étendards en 48^, et qui pouvaient former le noyau d'un Etat chrétien considérable ;

a 3* Il devait fomenter l'insurrection parmi les populations chrétiennes de l'empire ottoman^ et soulever la Crèce au moyen de subsides régulièrement payés par

Page 1