‹ Chrétiens et TurcsChapitre 41 sur 119 · III.— LES TURCS EN VALACHIE · texte numérisé non relu

III.— LES TURCS EN VALACHIE

]a solde des troupes régulières qui occupent la pro- Tince^à celle des employés du gouvernement qui sont presque tous Turcs. Tout Texcédant entre dans les caisses du Trésor.

La propriété en Bulgarie est constituée sur des bases assez solides, bien que la terre, dans celte province comme dans toutes celles qui ont été conquises par le sabre des Osmanlis, appartienne au sultan. Le paysan bulgare est libre et peut devenir propriétaire. Celui qui peut cultiver un terrain ou bâtir une ferme (tchyfiyk) fait un arrangement avec le gouvernement et reçoit, pour une somme très-minime, un certificat de propriété et l'indication de la quotité de Timpôt quil doit payer. Quand il a acquitté les impôts bien peu lourds que j'ai indiqués plus haut, il jouit tranquillement de son indépendance; il ne doit pas fournir de relais de chevaux ou de bœufs pour l'armée ; il ne doit pas loger de soldats; il ne doit supporter aucune charge pour le gou- Temement, tout ce qu'il possède esl à lui, et s'il est à son aise, s'il a des bras à sa disposition, il peut s'approprier, en payant la dîme, des terrains en friche dont rétendue est immense en Bulgarie. Les négociants des villes ont des fermes aux environs de ces villes, mais la dixième partie est à peine ensemencée, bien qu'il soit facile de trouver des laboureurs et à bon marché. Le tableau que je viens de tracer de la situation du paysan bulgare est vrai en temps de paix, et encore faut-il y mettre quelque ombre; ainsi un pacha ou un cadi peut avoir du goût pour une jolie ferme ou

une vigne appartenant à un raya^ et alors il est bien difficile que Tadministré ne soit pas obligé de lui en faire la œssion ; le fonctionnaire ottoman la reconnaît par un échange qui n'en est jamais Téquivalent^ quand il veut bien le faire toutefois, mais après avoir Tivement protesté qu'il n^entend nullement gêner le tchorbagi * dans sa volonté.

Mais, en temps de guerre, les ombres de ce tableau s'épaississent. Forcé de quitter la Valacbie au cœur de l'hiver, j'ai traversé la Bulgarie de Routschouk à Varna au mois de février 1855, au fort même de la guerre. Quelle désolation le long de la route qui servait de passage aux troupes ottomanes! Les villages musulmans n'étaient pas plus épargnés que les villages chrétiens, et un grand nombre de ces derniers, notamment ceux qui se trouvent le long du beau lac de Devna, avaient été complètement abandonnés pailles habitants, qui préféraient quitter leurs champs et leurs maisons que de succomber sous le poids des charges que leur impose le passage des troupes. Et quelle patience, quelle résignation, quel bon sens chez ces paysans! Pendant mon voyage, le soir, après avoir installé ma noble et courageuse compagne de voyage le moins mal possible dans des chaumières qui manquaient de tout, après

* On appelle en Turquie tchorbagi les gens aisés, iittéralemeul celui qui fait sa soupe ou qui a sa soupe assurée. CeUe appellation ne se donne plus guère qu'aux chrétiens. C*est un souvenir des janissaires. Le chefd^une orta s'appelait ainsi. Les Musulmans sont agas, effendis , beys , etc. Les Arabes appellent les chrétiens Hawadjas, négociants.

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aToir bouché avec de Tétoupe toutes Tes ouvertures par lesquelles pénétrait la bise glacée^ collé du papier sur les fenêtres béantes et préparé un maigre ordinaire^ à peine suffisant pour faire cesser la faim^ je m'asseyais ou plutôt je m'accroupissais presque sur Tâtre même où brûlaient des branches énormes^ je devisais avec mes hôtes musulmans ou chrétiens^ et je pénétrais dans le vif de leur existence. Les Bulgares demandaient Tabolition des abus et se plaignaient qu'on ne fit rien pour leur pays avec les sommes fournies par le kharatch et les impôts. Nous dirons plus loin quelles sont les améliorations qu'ils souhaitent.

Dans les environs de Widdin il y a des propriétaires turcs et bulgares qui possèdent des villages dont les paysans donnent aux propriétaires la dtme ou la fournissent en cultivant leiu*s champs. Ces paysans donnent ainsi une double dime. C'est un reste de servage, et c'est là ce qui a provoqué l'insurrection bulgare en 1851. Dans les villes, les Bulgares sont plus heureux que dans les villages. On ne peut dire qu'ils soient riches, mais ils sont en général à leur aise. Les plus entreprenants ont commencé depuis plusieurs années ik importer des marchandises étrangères, et leur fortune s'augmente rapidement. Dans quelques années, Roustchoiik sera le principal centre du commerce de la Bulgarie sur le Danube, surtout si, comme on n'en peut douter, cette ville devient la tête d'un chemin de fer^

* Voici deux ubleaux, Fud des exporlalions, Tautre des tmpor'

K8 CHRÉTIKNS ET TURCS.

Les principale améliorations matérielles que les Bulgares réclament sont : la construction de quatre routes commerciales de Roustchouk a Varna, de Rouslcbouk à Schoumla, de Scboumla à Widdin, et de Schoumla à Philippoli (Macédoine); un changemeol dans le mode de perception actuel de la dlme dans les

Utioos de la Balgarie en 4S54 , qui pottrronl donner one idée da commerce de cette belle proTtnce.

ImporiaiUmi»

Draps de différentes sortes. ..... 4,500,000 Tr.

Etoffes demî-cotou 450,000

Stronqne (draps de laine) 125,000

Etoffes en laines 75,000

Toiles en chanire et lin 75,00o

Bas en coton 37.000

Mouchoirs de poche en coton ..... 75,000 Mouchoirs de coton pour sertir de coiffures

aux femmes ...... 375,000

Chftles en coton 350,000

Etoffes de soie '. . 425,000

Calicot 8,008,000

Fil en or et argent 240,000

Fil de coton 3,250,000

Toiles dites d* Amérique 4,500,000

Percaline blanche 500,000

Montres. 250,000

Café 4,250,000

Sucre 4,250,000

Fourrures de renard et antres 250,000

Ferrailles 425,000

Articles diyars. — Aiguilles, etc .... 425,000

Sel marin 450,000

A reporter. . . 20|222,000 fr.

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