III.-LES TURCS EN VALACHIE
Tahir avait été marchand dans sa jeunesse, puis armateur et propriétaire d'un bâtiment de commerce. De 4816 ài819y il exerça la piraterie, tantôt redouté, tantôt persécuté par la Porte. Au moment où éclata la guerre de Tindépendance grecque, il fut gracié et chargé de hautes fonctions dans la marine. On sait que ce fut lui qui commandait la flotte turque à la bataille de Navarin, et qui eut l'honneur d'être Taiucu par les trois plus grandes puissances maritimes du monde. Triomphe sans gloire, défaite sans déshonneur! Après la guerre, il fut investi des plus hautes dignités et envoyé, mais sans succès, en Algérie, pour opérer une entente avec le dey d'Alger. Plus tard, Tahir-Pacha fut nommé gouverneur général de Tripoli de Barbarie. Tombé de nouveau en disgrâce, il fut enfin nommé, en août 1849, gouverneur général de la Bosnie. Tahir-Pacha avait conservé le caractère d'un pirate barbaresque et les passions d'un vieux janissaire; il ne croyait pas la réforme possible dans l'empire ottoman, se moquait de toutes les idées étrangères, et était fort contrarié de la mission que la Porte lui avait conflée. Dans ses rares moments de bonne humeur, il se moquait lui-même des vaines tentatives qu'on l'obligeait à faire pour détruire le système féodal en Bosnie et dans THerzégovine. Cependant, pour se donner auprès de la Porte les apparences du zèle et de l'activité, il se prononça contre Ali-Stolatchovitch, pacha héréditaire de l'Herzégovine, dont la domination, maintenue par la terreur, enlevait aux populations chré-
tiennes toute confiance dans le succès des entreprises du divan. De son côté, AU-Pactia se plaignait d'être obligé d^entretenir une très-nombreuse milice pour réprimer les incursions des brigands monténégrins. Il avait corrompu les hauts fonctionnaires qui pouvaient servir ses vues et fait des comptes de dépenses tellement exagérés, que^ loin de tirer quelque profit de l'Herzégovine^ la Porte était forcée d'y mettre du sien. Vers le mois d'octobre 18^9^ fin de Tannée financière en Turquie, Ali-Pacha devait à la Porte le tribut tout entier, c^est-a-dire qu'il le portait en compte comme ayant été employé pour les dépenses de l'Etat.
Ali-Pacha, de la famille de Stolatchovitch, prenait son nom de Slolatch (au moyen âge Slolzenburg), château fortifié où l'on peut lire encore des versets de la Bible écrits en vieux caractères gothiques. Ce château est situé à trois lieues environ au nord-est de Mostar, capitale de FHerzégovine. Ali était un vieillard plein d'orgueil farouche, et dont l'œil contemplait avec complaisance, sur les murs d'enceinte de son palais de Mostar et de ses châteaux d'été de Buna et de Stolatch, les pals garnis des têtes de chrétiens décapités par ses ordres ou par ceux de son cavas-bachi (chef de ses gardes), qu'il avait armé d'un pouvoir absolu. H régnait véritablement et se flattait de l'espoir de voir rétablir en sa personne la dignité de krall (roi) de l'Herzégovine *. La Sublime Porte, impuissante pour réprimer
1 L'HenégOTÎne éuit jadis unie au sandjack de, Bosnie, mais elle