‹ Chrétiens et TurcsChapitre 50 sur 119 · III.— LES TURCS EN VALACHIE · texte numérisé non relu

III.— LES TURCS EN VALACHIE

30 fournir à des conditions fixées par la Porte le terrain nécessaire à l'existence des giaours (chrétiens) ; 3® la Porte a rintention d'examiner les documents de chaque propriétaire de fief, et de le punir séTërement de la non*exécution des conditions féodales pour le passé; 4» enfin la Sublime Porte veut établir pour Tavenir de nouTelles règles, telles que la conscription générale pour le service militaire régulier, institution qui n'est point d'accord avec nos anciennes traditions, et qui nous assimilerait aux giaours comme les autres troupes régulières ottomanes. SoufTrirons-nous de pareilles injustices t » Ce discours suffit pour exciter les esprits des Bosniaques, et il fut résolu qu'on résisterait opiniâtrement à la Porte. Habitués au pillage, les Bosniaques ne connaissent le Coran que de nom ; mais ils n'en sont pas moins musulmans fanatiques, en ce sens qu'Us ne veulent pas de Tégalité avec les chrétiens.

Tahîr-Pacha ne tarda pas à apprendre la résolution des insurgés; il voulut les punir et marcha contre les places fortifiées qu'ils occupaient. Ses débuts furent heureux. Il les chassa de Passavina^ de Bania-Luca, et les cerna même dans Swornik ; mais après s'être avancé jusque-là sans s'être assuré de ses derrières, il craignit avec raison de tomber dans une embuscade, et se retira en toute précipitation pour gagner la Croatie turque. S'étant frayé un passage entre Priédor et Stari- Maidan, il était au moment de franchir la rivière de l'Oana, lorsqu'il fut cerné de si près par les insurgés, qui avaient repris roflènsive à la nouvelle de sa re-

traite, que toute communication avec la Bosnie lui fut coupée. La situation de Tahir-Pacha fut un moment très-critique. An commencement de février 4850, ilfàt même sur le point de chercher un refuge sur le territoire autrichien avec son corps affamé, décimé par le typhus et réduit alors à trois bataillons d'infanterie, deux escadrons de caTalerie et six canons. Tahir-Pacha put du moins se procurer en Autriche des provisions qui le mirent en état d'attendre pendant quelques semaines un temps plus favorable pour opérer sa retraite à travers les marécages de TOuna. Cette opération lui réussit, et les insurgés, ayant appris son passage, retournèrent dans leur ville de Khatch, située dans une Ile marécageuse de TOuna, cherchant Toccasion de traiter avec Tahir-Pacha au moyen de cadeaux qu'ils échangèrent. C'est ainsi que se termina, sans le moindre avantage pour la Porte, cette campagne si maladroitement combinée par Tahir-Pacha, et dont le double objet éteit de châtier les Bosniaques et d'introduire le tanzimat en Bosnie. Les Bosniaques, au contraire, puisèrent dans leur succès plus de confiance en leur valeur, et s'imaginèrent que la Sublime Porte ne parviendrait jamais à les soumettre.

Pendant cette campagne, les chrétiens de Bosnte ne purent former aucun parti, et leur sort fut des plus tristes. Tour à tour jouets de la Porte et de l'esprit insurrectionnel des musulmans bosniaques, ils flottèrent constemmcnt entre la crainte et l'espérance. Divisés en catholiques romains et cathddques grecs, se

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