III.— LES TURCS EN VALACHIE. S
nade publique appelée Jardin de Kisselef. Sur cette plaine s'élevaient les tentes vertes des Turcs surmontées du croissant^ et teintes des derniers rayons du soleil. Là Omer-Pacha déploya et flt manœuvrer ses bataillons et sa cavalerie. 11 était monté sur un superbe cheval arabe dont il contenait avec aisance la fougueuse ardeur. Près de lui était Vbospodar Stirbey, fort embarrassé de rhonneur qu'on lui faisait de passer en revue les troupes turques^ allant du commissaire ottoman, Fuad-Effendi; au commissaire russe, le général Du Hame«^ s'étudiant à ne montrer de préférence ni à l'im ni à l'autre. Autour d'eux se groupaient les pachas tures à la tournure lourde, mais au visage résolu, et les généraux russes, la tête surmontée du casque prussien, le corps emprisonné dans l'uniforme, exprimant tout haut leur admiration, raillant tout bas chez les Turcs ce qu'ils appelaient les prétentions à la tenue européenne, mais visiblement étonnés des progrès de l'armée ottomane. Parmi les généraux russes, il y en avait que le commandant turc devait plus tard rencontrer sur le champ de bataille. Des rafraîchissements avaient été servis sous une vaste tente, et Omer*Pachay fit les honneurs de son camp aux dames qui avaient été invitées, et dont quelques-unes étaient d'une rare beauté, avec une aisance et une rondeur toutes militaires, si ce n'est avec grâce. La revue fut fort belle, un temps admirable la favorisait, et uoe éclipse de lune, qui fut visible au commencement du la soirée et qui donnait à cette planète la forme d'un croissant, fut accueillie par les Turcs
comme un bon augure. Les troupes liœncîées ne devaient pas regagner immédiatement leurs foyers, elles devaient rester encore sous les drapeaux , mais ce temps devait compter pour les réserves. Le général en chef avait jugé à propos de faire lire le firman de licenciement avec solennité, et de désigner ainsi publiquement les bataillons appelés à rentrer dans leurs foyers, afin de calmer l'impatience de ses troupes et de tromper pour quelque temps Tardent désir qu'elles avaient de retourner en Turquie ' .
Si la conduite du général en chef comme militaire et administrateur avait révélé des qualités estimables, ses débuts comme homme politique ne furentpas heureux, et il ne se fit pas toujours remarquer par la modération et Tesprit de suite dans les actions. Contrairement aux VŒUX secrets de son gouvernement, qui désirait le triomphe de l'insurrection magyare, alors menaçante pour la cour de Vienne, puisque celle-ci fut obligée de recourir à l'intervention armée de la Russie; contrairement au moins à Tattitude de parfaite neutralité qui était imposée à l'armée ottomane par les ordres du divan et par les intérêts de la Porte (qui avait déclaré qu'en faisant occuper la Holdo-Valacbie, elle n'avait
t La Dosulgie poussait quelquefois les soldais turcs à des aclious désespérées, il y avait peu de jours qu*nn ceruiu nombre d entre eux, en garnison àCraîova, dans la Petite- Valacliie, avaient formé le complot de mettre le feu à la ville, et de profiler du désordre pour piller et s*enfuir. Ce complot avait été découvert, et Onier- Pacha en avait fait périr les chefs tous le biton.