‹ Chrétiens et TurcsChapitre 54 sur 119 · III.— LES TURCS EN VALACHIE · texte numérisé non relu

III.— LES TURCS EN VALACHIE

liberté d'esprit, il fait sur place une réponse au pacba, représente le cheik druse comme un homme revenu de ses erreurs^ ayant cessé d'être dangereux pour l'ordre public, et termine en annonçant au pacha que, loin de vouloir l'arrêter, il est décidé à lui offrir un emploi important. La lettre achevée, Omer-Bey la dépose sur le divan sans affectatioui et prétexte l'obligation où il est de sortir de nouveau de la salle. Au bout d'un quart d'heure d'absence, il rentre et trouve le calme et la sécurité revenus sur les traits du cheik, qui avait lu avec une curiosité qu*Omer-Bey avait facilement pressentie le papier laissé sur le divan. Complètement rassuré, le cheik accepte l'hospitalité que lut offre le commandant militaire, soupe avec lui, couche sous le même toit. Le lendeniain il avait sans doute oublié les incidents de la veille et s'apprêtait à monter à cheyal pour retourner chez lui, quand il fut arrêté, conduit à Beyrouth et livré au pacha.

Après les affaires de Syrie, Omer, devenu pacha, fut envoyé en Albanie pour dompter l'insurreciion et opérer le recrutement. Sa mission eut un plein succès malgré les difficultés qu'elle présentait, et il fut désigné pour aller faire les mêmes opérations dans le Kur« dislao. Depuis lors, il fut considéré par tous les vrais musulmans, à Constantinople même, dans les plus hautes régions du pouvoir, comme un homme ferme, habile, heureux dans les entreprises difficiles. Sa supériorité autant que son ambition devait désormais lui interdire tout repos et lui susciter des rivaux et des

ennemis. Ce n'est guère que le priTîlége de la médio* crité patiente de s'ayancer par des voies faciles et de désarmer les rivalités en évitant les luttes.

Telle était la situation d'Omer-Pacha lorsque dans le mois de juin 1848 une révolution éclata à BucharesL Le prince Bibesco^ impuissant à comprimer Fagitation^ qu'on l'accusait^ ainsi que son frëre^ d'avoir en partie suscitée^ quitta les principautés sans essayer la lotte, et Soliman-Pacha , envoyé par le divan pour rétablir Tordre en Yalacbiej se borna à régulariser pour ainsi dire la révolution, à l'installer et à assister plutôt encore comme spectateur bienveillant, mais inactif, que comme tuteur intelligent et ferme aux tentatives stériles et aux troubles inévitables d'un gouvernement qui n'avait pas de conditions de durée. La Porte Ottomane, voulant réparer les fautes commises par Soliman-Pacha, mise d'ailleurs en demeure d'agir par la Russie, qui était armée par les traités, et surtout par son ascendant, du droit d'intervenir dans les principautés, résolut d'y envoyer un commissaire impérial et un nouveau chef militaire. Le commissaire impérial était Fuad-Effendi , aujourd'hui Fuad-Pacha et ministre des affaires étrangères, alors grand référendaire du divan. Omer-Pacha commandait le corps d'occupation.

Il passa le Danube à Giurgevo au mois de septembre 4848, non loin du village d'Oltenitza, et tout près de Itle de Ramadan, dont les noms ont été rendus célèbres par les armes turques en 1853 et 4854. Il se trou-

m.— LES TURCS EN VALACHIE. 289

vait sur un grand théâtre, mais il ne jouait pas encore le premier rôle. Revêtu de pouvoirs considérables^ représentant la personne du sultan, envoyé pour organiser le gouvernement des deux principautés, doué de qualités brillantes, Fuad-Effendi offrait pour la première fois aux yeux étonnés des Hoido-Valaques un diplomate musulman, jeune encore, d'une physionomie agréable,!d 'un esprit charmant, récemment chargé de missions importantes auprès de trois reines. Nul ne pouvait parmi eux soupçonner ce qui se cachait d'étude sous l'apparent abandon de Fuad-Effendi parlant de la grandeur de l'Angleterre et de l'éloquence de ses hommes d'Ëtat, des merveilles de l'AIhambra et des beautés du Tage. La poitrine couverte d'ordres de chevalerie, qui ornaient pour la première fois Tuniforme d'un musulman, Fuad-Effendi devait absorber presque toute l'attention et presque tout l'intérêt dans les capitales de la Yalachie et de la Moldavie. Les diplomates et les généraux russes n'étaient pas hommes a lutter avec Fuad-Effendi pour les qualités extérieures, et devaient vaincre par d'autres armes. Quant à Omer- Pacha, il semblait attendre patiemment son heure celle des combats, qui devait lui donner l'importance à laquelle il aspirait. Il sentait déjà sa valeur, et tout en s'effaçant devant le commissaire ottoman, il commençait à se faire remarquer : de son séjour en Yalachie date sans doute la grandeur exceptionnelle à laquelle il est parvenu dans son pays d'adoption. Comme tout Ottoman, Omer-Pacha prévoyait depuis

longtemps la possibilité et même la nécessité d'une guerre entre la Turquie et la Russie, et il était heureux d'une circonstance qui lui permettait d'étudier de près les Russes avant de lescombattre^de mettre les soldats turcs en contact avec les soldats russes, et de leur inspirer peu à peu la confiance sans laquelle une armée ne peut espérer de vaincre. L'armée russe, à vrai dire, celle qui occu[»ait les Principautés sous les ordres de Taide de camp général Lûders^ ne gagnait pas à être mise en présence des Turcs, si Ton en exceptait la cavalerie et peut-être le matériel de l'artillerie. La nourriture saine et abondante distribuée aux Ottomans, comparée aux détestables aliments qui font l'ordinaire du soldat russe, donnait à pensera ce dernier, qui faisait volontiers taire quelquefois Tamour-propre national au profit de son estomac. La comparaison qu'Orner- Pacha fit à celte époque entre ses troupes et les soldais russes lui inspira dès lors de la confiance et de grands projets. Après plusieurs mois de manœuvres et d'exercices à feu dans lesquels les Turcs montrèrent une grande promptitude et une rare précision, une occasion s'offrit au commandant en chef de les faire admirer à ses amis et à ses ennemis, et il la mit à profit* Le i^ septembre 1849, il invita tontes les autorités et les principaux habitants de la ville de Bucbarest à assister à la cérémonie du licenciement des soldats qui avaient terminé leur temps de service. L'armée ottomane était sous les armes dans la vaste plaine de Banneassa^ près de la chaussée qui fait le prolongement de la prome-

Page 1