‹ Chrétiens et TurcsChapitre 57 sur 119 · III.— LES TURCS EN VALACHIE · texte numérisé non relu

III.— LES TURCS EN VALACHIE

(il s^agiâsail toujours de la question des réfugiés) ou la défense de son honneur^ mais presque comme d*un éTénement heureux dont il fallait saisir l'opportunité, et qui devait 'affranchir l'empire ottoman d'une influence étrangère qui avait trop longtemps pesé sur lui. C'était le sujet favori des conversations d'Omar- Pacha, qui aimait à faire le dénombrement des forces dont la Porte pouvait disposer. Il comptait sur soixantedottie officiers supérieurs nouvellement acquis à l'islamisme, six mille soldats réfugiés, huit grands bâtiments à vapeur, quinze petits, quarante bâtiments à voile, cent vingt mille hommes de troupes régulières en Europe, quarante mille en Asie et autant de troupes irrégulières. Puis, parlant de la Russie, il disait : «Ses forces ne sont pas aussi formidables qu'on se l'imagine; elle ne peut pas mettre plus de trois cent mille hommes sous les armes pour marcher contre nous, et nous pouvons en mettre deux cent cinquante mille sur pied, en comptant notre réserve. Nous avons d'ailleurs pour nous l'avantage du terrain. x> Il ajoutait : a Mon plan, pour le cas où la guerre éclaterait, est fait, il a été communiqué à la Porte. Nous repasserions le Danube, parce qu'une province occupée par Tennemi est une province prise ; mais les Russes seront bien vite obligés d'évacuer la Bulgarie, et nous pourrons alors reparaître dans les principautés. Les soldats turcs sont pleins d'ardeur, et il ne faut rien moins que la discipUne la plus sévère pour les empêcher de se jeter sur les RuMes. La population de Constantinople, qui donne

rimpulsiOQ à la Roumélie comme à l'Asie Mineure^ s'est prononcée pour la guerre^ elle est prête à aider le gou- Tcmemeni de ses bras et de sa bourse. Les ofûciers instruits^ élevés en Europe, manquent beaucoup moins qu'on ne le croit; d'ailleurs le corps des officiers russes est très-faible. Le général Lûders, sous prétexte de ne pas savoir assez bien l'allemand, qu'il parle comme moij a toujours refusé la conversation sur la guerre de Transylvanie. Nous n'avons rien à craindre des populations chrétiennes de la Roumélie. Les Serbes seuls sont agités^ mais ils ne se lèveront pas. La guerre de Hongrie^ dont les Russes sont si vains, n*est pas si honorable pour eux. La trahison de Gœrgey a fait leur victoire. Dès le mois d'avril, il était, par Tintermédiaire du comte Zichy, en relations avec le maréchal Paskiewitch. »

A travers beaucoup d'exagérations, on conviendra qu'il y a dans ce fldèfe résumé des sentiments d'Omer- Pacha des idées justes et quelques vues prophétiques à force de perspicacité. Bien souvent, par malheur, la passion et les préjugés aveuglaient le muchir de Roumélie. Ainsi il comptait surtout dans ses plans sur l'alliance active de la Grande-Bretagne , il ne demandait et n'espérait même que la neutralité de la France. Il la croyait disposée à l'alliance russe et ne rendait pas justice à sa puissance militaire. A l'époque dont je parle, il est vrai, c'est-à-dire au sortir de l'afiaire des réfugiés, dans les premiers mois de 4850, l'Angleterre jouait un rôle prépondérant en Orient. Plus tard Omer-Pacba

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prit de nous une tout autre idée^ quand il vit l'armée française réunie à Varna et qu'il assista à la revue passée par le maréchal Saint-Arnaud , surtout quand il apprit la victoire de l'Aima et les sanglants triomphes dlnkermann. Que dut-il dire après la prise de Sébastopol, alors qu'il voyait la Erance, semblable à l'aigle de Shakspeare,

Towering in her pride of place?

La conduite d'Omer-Pacha répondait à ses discours. Il commettait des actes arbitraires, tels que les pachas s'en permettent quelquefois dans les provinces les plus reculées de l'empire. Ainsi, ses gens s'étant querellés au marché avec des Valaques^ il avait fait arrêter ces derniers et les avait fait bâ tonner devant son palais^ sans autre forme de procès^ et sans donner le moindre avis à l'autorité locale. Au théâtre, il faisait faire la police par ses soldats au bas de Tescalier par lequel il arrivait à sa loge, et cette police se faisait assez brutalement ^ Comme gouverneur militaire de Bucharest,

1 C'est surlout depuis qu*Onier- Pacha réunissait, par le départ de Fuad-EffeDdi pour Saint-Pétersbourg, les fonctions de gouverneur militaire à celles de commissaire impérial, qu'il se laissait aller à ces regrettables mouvements de passion. Un soir il assistait avec sa femme, encore velue à l'européenne, à un concert où Félite de la société de Bucharest s'était donné rendez-vous. A la fin du concert, l'aga de la ville, préfet de police, lit d'abord avancer la voiture d'Omer-Pacha comme celle du principal personnage présent à la soirée. On doit le dire, les préfets de police valaqaes déploient dans ces circonstances-là beaucoup plus de zèle

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il croyait pouvoir infliger lui-même des punitions et faire acte de souveraineté sans ménager l'autorité de rbospodar, tandis que les Russes, plus habiles^ se servaient du chef du pays pour faire tout ce qu'ils voolaientj mais sans éclat Un autre procédé du muchir igouta aux déboires du prince de Valachie. Le sultan^ sur la proposition de Fuad-EiFendi, avait accordé des décorations à quelques boyards; Omer-Pacha les remit lui-même^ tandis que le général Du Hamel et le général Lùdei^ s'étaient adressés au prince pour la remise de celles qui avaient été conférées par l'empereur de Russie. 11 est vrai que parmi les boyards^ objet des faveurs du sultan^ il y avait trois Gis de feu l'hospodar Grégoire Ghika^ qui avaient déclaré qu'ils ne rece-

el d^auiorité que de digniié. Le public s*en trouve bien et eui aussi saos douie, mais pour celle (ois II* Alexaudre Plagtoo (c*élati le nom de l'aga) fui bien mal récompensé des peines qu'il s'élail données. Omer-Pacha ne se hâtait pas el descendait majestueusemeni ies escaliers, donnant le bras a sa femme, pendant que d*a«tres personnes attendaient en bas avec impatience. Parmi elles se trouvait le consul général de Russie, qui témoigna son mécontentement à Taga. Celui-ci, ne voyant pas venir Omer-Pacba, donna Tordre aucocber du muchir de faire place à celui de M. de Kotaebue; mais à peine celui-ci est- il parti que le muchir de Roumélie parait et ne trouve pas sa voiture , qu*il lui fallut attendre plus d*un quart d'heure, parce que, le passage étant très-étroit, le cocher avait été obligé de faire un long détour pour venir reprendre la file. Omer-Pacha entra alors dans un véritable accès de fureur, traita Taga, qui était un des gendres de l'hospodar, de eoquin (êjntzbttbe) et leva même la canne sur lui. Ce qui avait •laspéré Omer-Pacba, mais ce qui ne justifiait pas sa violence, c'était l'obséquiosité dea aatorilés valaques pour les Russes dans tottea les occasions.

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