III.— LES TURCS EN VALACHIE
sans peine qu^il parvint à confier à Iskender-Bey le commandement de la petite troupe destinée à agir contre les Herzégoyiens à Coénitza et la permission de ' marcher sur Mostar. A la même époque, Ali-Pacha StolatchoYitz envoya au camp une lettre dans laquelle il faisait savoir qu'il ne pouvait pas fournir les impôts arriérés ni livrer les provisions qu'il avait promises. Omer-Pacha vit dans cette démarche une déclaration de guerre, et lui répondit en le rendant responsable des suites de l'invasion qui allait frapper la province. Il ordonna sur-le-champ à Iskender-Bey de prendre l'offensive contre les Herzégoviens, de purger la roule de Mostar, par les défilés de Coénitza, Barka-Han et Kulé^Han, des bandes qui s'y trouvaient fortifiées, de s'arrêter au ravin de Parim, près de Mostar, et de s'y retrancher à tout prix. Il fit en même temps marcher Mustapha-Pacha Mélémilchi sur Travnik avec cinq bataillons d'infanterie, deux escadrons de hussards et huit canons, pour empêcher au besoin les insurgés d'avancer sur Serajevo.
Pendant qu'Omer-Pacha faisait ces préparatifs pour combattre les rebelles, les principaux chefs de insurrection de Tautomne précédent sortirent de leur retraite dans l'intention de se réunir à Vakup et de s'y concerter. Un chef de pandours bosniaques prévint cette réunion. Informé à temps du chemin que devaient prendre les chefs insurgés, il se mit en embuscade avec cinquante hommes bien armés, les surprit et fit huit prisonniers, parmi lesquels se trouvaient Mustahi-
Pacha et Mahmoud-Pacha^ qui furent conduits à Serajevo. Omer-Pacha espérait que les insurgés de Bihatch, NoTi-Bazar^ Priédor et Bania-Luca seraient découragés par cette capture importante ; mais il se trompait. Le % janvier 1851^ les chefs des insurgés, Ali-Keditch^ Méhémed-Reditch, Mujo-Bégatch et autres, jurèrent, par la barbe du prophète, d'en tirer vengeance. Ils s'avancèrent par petits détachements sur Jaîtza, où il n'y avait qu'un seul bataillon d'infanterie, et occupèrent cette forteresse, lâchement abandonnée par son commandant.
Hustapha-Pacha Mélémitchi devait, conformément aux instructions d'Omer-Pacha, marcher de Travnik sur Jaïtza; mais, au lieu d'exécuter cet ordre, il se contenta d'observer les insurgés sans rien entreprendre. A Coénitza, les affaires prirent une autre tournure. Iskender-Bey avait sous son commandement deux bataillons d'infanterie avec deux majors, un escadron de hussards, trois canons et sept cents Albanais irrréguliers, en tout deux mille hommes. Il campait sur la rive droite de la Narenta, près de Coénitza. L'avantr-garde des insurgés, forte de quatre mille hommes, occupait Coénitza et les montagnes qui dominent le chemin de Hostar ; elle s'y était établie dans une position avantageuse. Dans les défilés de Barka-Han et de Kulé-Han, il y avait sept mille Herzégoviens. Pour traverser ces défilés à peine frayés, on est constamment forcé de gravir le long de ravins tellement impraticables pour l'artillerie, que les insurgés pouvaient croire qu^îl se-
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rait! impossible de les y poursuivre avec des canons. Iskender-Bey^ bien informé, s'attendait à ces dif Acuités de terrain ; il prit ses dispositions en conséquence, et enjoignit à ses deux chefs de bataillon (fttm-bacAt) de s'y conformer ponctuellement. Malheureusement il rencontra des obstacles d'une autre nature. Le bim-bachi Hayra, protégé de l'ex-vizir Khosref-Pacha, avait reçu de Mohaseptchi-Hayreddin-Effendiy commissaire de guerre de Tarmée de Roumélie et personnage important dans le conseil d'Omer-Pacha, la recommandation secrète de ne pas obéir au giaour Iskender-Bey. En effet, fort de cet [avis, le bim^achi refusa d'exécuter les ordres qu'il avait reçus. Iskender-Bey lui fit des remontrances, et lui communiqua même les instructions écrites quMl avait en main. Hayra répondit en haussant les épaules qu'il ne savait pas lire, mais qu'il n'ignorait pas à qui il devait obéir. Il fallut se passer du concours de Hayra, et attaquer l'ennemi avec d'autres officiers plus soumis. Iskender-Bey ayant cependant obtenu un premier avantage, Hayra montra de meilleures dispositions. L'attaque fut dès lors menée vigoureusement, et de laborieux combats s'engagèrent, à la suite desquels Iskender-Bey, resté victorieux, s'avança en toute hâte sur Mostar, attaqua les rebelles devant ses murs, et y entra le 11 mars 1851. Il fit prisonnier Ali-Pacha Stolatchovitz et plusieurs beys herzégoviens.
On dit qu'Omer-Pacha ne s'attendait pas à voir
Iskender-Bey tourner avec cette promptitude les
montagnes de Lepeta,' qu'il connaissait très-bien. H aurait vpulu se réserver la gloire de forcer le passage fie ces montagnes, qu'aucune armée du grand seigneur n'avait pi| franchir encore; la nouvelle de l'entrée d'Iskender-Bey à Mostar le surprit dpnc assez désagréablen^ent. Il se préparait à se rendre à Kulé-Han pour apparaître à l'improviste dans le camp d'Iskender-Bey et forcer en personne le défilé, lorsque la nouvelle de la prise de Mostar lui fut apportée. Iskender-Bey, comme toute âme généreuse, préféra dans cette occasion la renommée à son avancement. Il est bien peu de chefs ou de supérieurs qui pardonnent à leurs subordonnés de briller à leurs dépens, et souvent Ton parvient plus vite en s'effaçant qu'en attirant les regards.
Peu de jours après , Omer-Pacha entra dans Mostar avec un petit nombre de soldats, et il envoya Iskender-Bey, avec deux bataillons d'infanterie . et quatre canons, entreprendre une expédition difQcile sur la frontière de la Craïnc, en passant par Livno. Omer- Pacha, resté à Mostar, réorganisa l'administration de l'Herzégovine, et la confia à un nouveau mqlis. Ensuite il fit quelques excursions dans les environs du Monténégro pour intimider les chrétiens des districts de Galchko, Nikcbitz et Grahova, qui sympathisaient avec les Monténégrins. Lui-même pénétra secrètement^ déguisé en paysan, dans le Monténégro, accompagné seulement de quatre cavaliers etdesoq médecin, pour voir de ses propres yeux et étudier le difficile terrain de