‹ Chrétiens et TurcsChapitre 74 sur 119 · III.— LES TURCS EN VALACHIE · texte numérisé non relu

III.— LES TURCS EN VALACHIE

de Torabrage à Omer-Pacha, qui résolut de renverser Haireddin-Pacha, ce qui ne lui fut pas difficile à cause de l'influence dont il jouissait près du grand vizir. Haîreddin-Pacha fut rappelé en mai 1851, et Omer-Pacha resta seul gouverneur militaire et administrateur civil par intérim de la Bosnie.

Après le départ d'Haïreddin-Pacha , la mésintelligence entre le consul général d'Autriche et Tadministration du pays ne fit qu'augmenter. Omer- Pacha reprochait au consul de fournir aux journaux autrichiens des appréciations hostiles à son administration^ se plaignant à lui-même que les chrétiens bosniaques reçussent par Tentremise de son consulat des journaux serbes et croates rédigés dans un esprit défavorable à la Porte Ottomane. Il lui déclara donc qu^il entendait lui interdire toute distribution de journaux et même tous moyens de correspondance entre les chrétiens bosniaques et les Slaves de l'Autriche ; qu'enfin il regardait comme nuls et non avenus tous les privilèges que le gouverneur civil de la Bosnie avait accordés aux spéculateurs autrichiens*. Omer- Pacha prétendit que les gouverneurs civils n'avaient pas le droit d'accorder ces privilèges, d'autant plus que toutes ces exploitations atteignaient des bois de l'État, dont les pachas ne pouvaient pas disposer. Il objecta

aussi que le séjour des nombreux ouvriers slaves de

* Parmi ces prÎTiiéges, il y en avait d'importants, tels que la coupe des bois, les scieries sur la Narenta ei la Save, les fabriques de potasse et la récolte des noix de galle.

rAutriche nécessaires à ces grandes exploitations propageait le panslavisme parmi les chrétiens bosniaques. A part le défaut de mesure et de forme, il y avait beaucoup de vrai dans cette manière de raisonner d^Omer- Pacba, et tout ce qu'il faisait n'était pas contraire au droit ni surtout à la sécurité de son pays. Le consul général d'Autriche voulut résister; mais il fut invité à faire valoir ses droits à Constantinople. Il fit en effet des démarches , mais sans aucun résultat, car pendant tout le temps qu'Omer-Pacha fut en Bosnie , jusqu'au mois d'avril 1852, aucun changement ne vint faciliter les opérationsducommerceautricbicn. CèpendantM. Athanascowitz se conduisit toujours envers Omer-Pacha avec politesse et courtoisie, malgré des difficultés journalières et une absence trop sensible de toute espèce d'égards.

La défaite de l'insurrection de Bosnie n*avait pas seulement amené des rapports plw difficiles entre Omer-Pacba et les agents autrichiens , les musulmans aussi avaient à souffrir des violences du vainqueur. Les insurgés captifs étaient dans une situation déplorable. Plusieurs pachas, entre autres Fazli, Mustahi» Mahmoud, étaient déposés dans les casernes; ceux d'un rang inférieur étaient dans les casemates du vieux sérail, continuellement remplies d'une eau boueuse. Des témoins occulaires disent qu'il est difficile de se faire une idée de l'état misérable dans lequel languissaient ces prisonniers, privés d'espace pour s'étendre, n'ayant pour toute nourriture qu'un pain dur ou des biscuits

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mdsis^ malgré les sommes suffisantes allouées par la Porte pour leur entretien. On appela l'attention d'Omer- Pacha sur ces malheureux^ on l'engagea à les visiter , mais il s'y refusa constamment. Vers la fin de juin 1851 , les deux tiers des prisonniers succombaient aux maladies les plus cruelles. A la souffrance on joignit Thumiliation. Omer-Pacha fit monter les principaux prisonniers^ les pachas Fazli , Mahmoud, Mustahi et quelques autres, sur des ânes, et leur fit parcourir la ville^ musique en tète, en présence d'une foule considérable accourue à ce spectacle. Ces insurgés, devenus des martyrs par leurs souffrances et des héros par la fermeté avec laquelle ils les supportaient, furent ensuite enchaînés et conduits à Conslantinople avec leurs compagnons d'infortune. Trente-cinq d'entre eux, environ un tiers, moururent en chemin ; les autres furent exilés en Asie.

Après les fttes du bairam, Omer-Pacha résolut de transférer de nouveau le siège du gouvernement à êerajevo, et fit connaître sa résolution à Constantinople. En même temps il reçut Tordre du divan de distribuer une somme de 150,000 piastres parmi les chrétiens qui avaient le plus souffert pendant la guerre. Comme ils étaient presque tous catholiques, Omer-Pacha chargea un jeune prêtre, nommé Joukitz, de répartir cette somme. Ce Joukitz, connu par plusieurs écrits historiques et patriotiques, était peut être le membre le plus remuant du clergé catholique. Il s'était fait remarquer par Omer-Pacha pendant Tinsurrection en lui faisant

connaître les mésintelligences qal existaient entre les Turcs et les chrétiens, et en lui offrant de contribuer de tout son pouvoir à la nouvelle organisation du pays. Il fit une liste de répartition des 450,000 piastres, et demanda à Omer-Pacha rautorisation de destiner 30,000 piastres à la construction d'une église catholique à Jaîlza. Omer-Pacha y consentit verbalement et lui remit un ordre pour le commissaire de guerre Haîreddin-Effendi, l'autorisant à toucher les 150,000 piastres. Trois mois plus tard , une plainte formelle fut portée contre Joukitz. On Taccusait d'avoir soustrait 38,000 piastres des 150,000 qu'il devait distribuet*. Joukitz fut conduit à Serajevo et mis en jugement. Là il allégua qu'Haîreddin-Effendi avait retenu i 8,000 piastres pour son compte sur les i 50,000 qu'il devait loi compter; les autres 30,000 piastres étaient en réserve pour la construction de l'église de Jaïtza, d'après l'autorisation que lui avait donnée Omer-Pacha. Raîreddfti-Effendi affirma n'avoir rien retenu , et présenta comme preuve la quittance de Joukitz en langue turque, que ce dernier ignorait. Omer-Pacha de son cMé prétendit n^avoir jamais eu la moindre entetite 'avec Joukitz au sujet d'une église. Joukitz s'évanouit de peur et fut remis en prison, où il chercha, dit-on, à se donner la mort en se coupant la gorge. On ajoute qu'il en fut empêché par un Turc compagnon de sa captivité. Grièvement blessé, il fut transporté à Fhôpital, où il guérit après six semaines; mais ce qu'il y a de curieux dans cet incident, c*est que Joukilz prétendit plus tard

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