III.— LES TURCS EN VALACHIE
que tenta la Porte sans en calculer les conséquences^ et peut-être même sans en avoir analysé^ comme nous venons de le faire^ tous les éléments.
Quoi qu'il en soit^ la Porte, ainsi que nous l'avons dit dans le livre premier, employa dans toutes les provinces slaves des Polonais qui étaient venus chercher un refuge sur son sol et qu'animaient l'amour de leur patrie et la haine de la Russie. Ils se mirent à l'œuvre et réussirent à surexciter le sentiment national chez les Slaves de Turquie aux dépens de la soumission morale à la Russie, mais également aux dépens de la soumission matérielle aux Turcs. Les conséquences de cette propagande slave sont aujourd'hui visibles dans toute la Turquie d'Europe, en Herzégovine, en Bulgarie, en Serbie; et si ces différentes branches de la même famille slave étaient unies, si les chrétiens des deux rites grec et latin s'entendaient, l'empire ottoman en Europe courrait le danger d'une destruction prochaine, et la question d'Orient serait du moins partiellement résolue. Les Serbes sont décidés à se prononcer de nouveau sur leur sort dans une de ces grandes assemblées nationales que la corruption ne peut atteindre, et l'année 1858 ne s'écoulera pas sans voir la réunion d^une skupchina qui marquera une ère nouvelle dans l'histoire de la Serbie. Quelle que soit la décision de cette assemblée, nous avons foi dans l'avenir de cette jeune et courageuse nation ^
1 Nos préTisioQs Q*ODt pas été trompées : rassemblée natiouale s*est réunie en Serbie et a fait paciûquement une révolution , en renvoyant le prince Alexandre el en élisant Miloch Obrenovitcb.
En Bosnie ce n'est pas seulement la question de race qui a amené le nouireau soulèvement des chrétieDS, plus ou moins étouffé par Kiani-Pacha^ ce sont les exactions des autorités musulmanes^ c'est la perception de la Treiina^ impôt dont le nom même indique la nature et qui consiste à préleter un tiers des produits. Cet impôts lourd de sa nature, détient intolérable par la rigueur et Tarbi traire avec lesquels il est exigé. Au printemps prochain on peut s'attendre à une nouvelle explosion. Quelle doit donc être l'attitude des deux puissances qui exercent seules une grande influence morale sur les cbrétiens d'Orient, la Russie et la France ? La gloire de la France a été de montrer, dans toutes les occasions, un rare désintéressements Que fera-t-elle dans les graves conjonctures qui se passent ou qui s'annoncent en Orient? En 1854, le point principal, le soin unique des puissances alliées était de maintenir l'intégrité de l'empire ottoman, menacée par la suprématie de la Russie ; ce grand but a été atteint, mais si l'intégrité matérielle a été sauvegardée, l'intégrité morale est compromise par des causes qui ont leur origine dans les conditions intérieures de l'empire ottoman, et dont on ne saurait acpuser aucune puissance.
Le principe négatif de 1854 semble ne plus pouvoir suffire, en présence des événements qui éclatent sous nos ]feux ou qui assombrissent l'avenir. Le rôle de la France peut être grand et bienfaisant dans la diplomatie, comme il a été glorieux dans la guerre.