IIL— LES TURCS EN VALACHIE
elle-même ne vît pas avec impatience sa capitale occupée par des troupes ottomanes^ alors que l'antique autonomie des Moldo-Valaques était proclamée, et que le Monténégro luttait avec héroïsme contre les armes ottomanes.
Ce ne sont point là toutefois les causes essentielles du mouvement profond qui agite aujourd'hui presque tous les Slaves de la Turquie d'Europe, Serbes, Bosniaques^ Ilerzégovins, Bulgares, Monténégrins, qui, sous des noms divers, ne forment qu'une seule race et un seul peuple.
La Russie aété naturellement accusée d'avoir fomenté cet esprit d'agitation et d'avoir provoqué ces troubles. 11 est si difficile en politique, comme dans les choses les plus vulgaires de la vie, de s'afiTiranchir des idées reçues, d'examiner avec soin et impartialité les causes des événements I il est si commode d'avoir une explication toute trouvée et qui dispense d'étudier sérieusement ! On oublie que des changements profonds ont eu lieu en Orient, et que la Russie, quelle qu'ait été la conduite qu'elle y a tenue, n'a pas besoin aujourd'hui de se donner tout le mal qu'on lui impute pour agiter les populations chrétiennes. Chose étrange, c'est la Porte elle-même qui s'est créé les dangers dont elle est menacée aujourd'hui : tant il est vrai que, dans de certaines conditions, tout nuit à des gouvernements ébranlés» l'action comme l'inertie.
Parmi les populations si diverses qui forment l'empire ottoman^ trois occupent le rang le plus considérable par leur nombre, leur intelligence ou leur énergie. Ce
«ont les Roumains Jes Grecs et les Slaves. Les Roumains étaient de tous les chrétiens ceux qui avaient le moins d'inimitié contre la Porte S parce que ce sont ceux qui sont depuis plus longtemps affranchisde son oppression; aussi la Porte a-t-elle commis^ à notre avis^ une grande faute politique en refusant d'aller au-devant de leurs vœux et de les constituer en un État qui fût devenu un appui pour elle.
Les Grecs ressentent pour les Turcs une antipathie profonde, que rien ne saurait diminuer; et les Turcs après de nombreux essais de conciliation, mais d'une conciliation qui maintenait la suprématie musulmane, ont compris qu'ils ne réussiraient jamais à dompter le caractère des Hellènes, qui ne trouveront de repos que dans rindépendance. Du reste, les Turcs sont persuadés, et ils n'ont peut-être pas tort, que l'attachement des Grecs pour les Russes ne peut pas être déraciné. Restent les Slaves, qui vivent encore dans une nuit profonde en Bulgarie et en Bosnie, mais qui ont aujourd'hui un développement national parfaitement indépendant de celui des Grecs; nation primitive, patiente, courageuse, ayant un grand attachement pour les coutumes municipales. Ce sont des Slaves, et comme tels très-bien disposés pour les Russes. Mais n'était-il pas possible de leur inspirer la passion de leur propre nationalité, pour combattre l'idolâtrie russe? C'est là l'entreprise hardie
1 La réceDte conduite du gODTernemeDt oUoman dans les affaires des Principaatés et l*auilude de ses commissaires Vy ont rendu Uèt-impopulaire.