‹ Chrétiens et TurcsChapitre 90 sur 119 · IV.— LA GUERRE SUR LE DANUBE · texte numérisé non relu

IV.— LA GUERRE SUR LE DANUBE

de batteries pour la défense de Routscboiick et de Silistrîe. Un vaste camp retranché fut établi à Ghoumla même. Omer-Pacha était puissamment aidé dans ces travaux par les officiers prussiens qui depuis plusieurs années se trouvaient au service de laPorte^ et surtout par le colonel Magnan^ officier français d'un caractère plein de fermeté et d'une rare intelligence^; mais la meilleure défense de la Turquie n'était pas sur son propre territoire^ elle était dans les vices de Tadminislration de Tarmée russe. Trois mois ne s'étaient pas écoulés depuis que cette armée occupait les plaines du Danube, et déjà elle était incapable de tenter un mouvement agressif contre celle d'Omer-Pacha. Pendant que l'armée turque se renforçait en Bulgarie^ celle du prince Gortchakof s'amoindrissait en Valachie ; les dilapidations de l'intendance^ ce cancer de l'empire russe, les chaleurs excessives de l'été de i853^ les exhalaisons malsaines des marais du Danube, qu'on ne s'inquiéta point d'éviter, la mauvaise nourriture des soldats, le désordre qui régnait au sein de l'abondance, toutes les causes de faiblesse d'une armée russe si connues et si souvent décrites, avaient mis dans l'armée du prince Gortchakof, au bout de trois mois, près de trente mille hommes hors d'état d*entreprendre une invasion de la Bulgarie. Une autre cause était venue d'ailleurs paralyser les mouvements du général en chef russe. L'em-

1 T>e colonel Mngnan est mort en Crimée. Il n*a pas assez vécu pour son pays, mais il a laissé un nom en Orient.

pereur Nicolas pensait que le déploiement d'un appareil formidable obligerait les Turcs à céder et empêcherait la guerre elle-même; il croyait donc devoir se borner à la menace, quand il pouvait frapper un coup, sinon décisif, au moins terrible. C'était là une grave erreur, et quand la guerre fut devenue inévitable, ses moyens d'agression se trouvèrent momentanément diminués par les causes que nous venons de signaler, tandis que les moyens de défense des Turcs s'étaient augmentés. A la fin de septembre 1853, Omer^Pacha avait réuni en Bulgarie soixante mille hommes. Sa situation était, il est vrai, très-difflcile. Ce n^était pas seulement contre Tennemi campé en face de lui qu'il avait à lutter, mais contre les généraux mômes qui étaient placés sous ses ordres. Leur infériorité les rendait envieux , et Tenvie prenait le masque du fanatisme. Les lieutenants d'Omer-Pacha exprimaient tout haut leur éloignement pour un chef qui élait giaour. Le serdar était en lutte continuelle avec le mejlis (conseil de guerre), à qui appartenait exclusivement l'approvisionnement de l'armée, et qui, comme Tintendance russe, commettait des vols criants. Le ministre de la guerre avait adjoint à Orner- Pacha un état-major à la tête duquel était placé Ahmed-Pacha, mais cet état-major ne figurait que de nom. Rendu excessivement soupçonneux par les trahisens semées sur sa route, le serdar avait établi dans sa maison à Cboumla une chancellerie composée d'une douzaine d'écrivains auxquels il dictait les instructions les plus minutieuses^ qu'il adressait aux différents corps

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