IV.— LA GUERRE SUR LE DANUBE
saison des chaleurs assez d'eau pour remonter le fleuve. Ce forl n'était alors armé que de deux canons de petit calibre; deux bateaux à vapeur et une chaloupe canonnière russe forcèrent le passage avec une perte d'environ cinquante hommes. Le général Lûders^ qui occupait sur la rive gauche du fleuve et presqu'en face d'isaktcha le village de Satanof en Bessarabie, protégea de son artillerie le passage de la flottille sans atteindre le fort.
Malgré ce premier engagement^ où les Russes avaient été les agresseurs, les ambassadeurs de France et d'Angleterre obtinrent de la Porte Ottomane que les hostilités seraient suspendues pendant un mois» et des ordres furent en conséquence expédiés dans ce sens aux commandants en chef des armées d'Europe et d'Asie. Omer-Pacha voyait pourtant la saison déjà avancée; il voulait en outre s'emparer d'un point stratégique sur le Danube pour empêcher toute communication de l'armée russe avec la Servie, où elle trouvait de grandes sympathies, et pour assurer son flanc gauche. Aussi ne tint-il aucun compte des ordres qu'il avait reçus de Gonstantinople, et commanda-t-il à Ismaîl- Pacha de passer le Danube de Widdin à Kalafat. Pour assurer le succès de cette manœuvre hardie ainsi que des travaux qu'il se proposait de faire à Kalafat, Omer- Pacha dirigea de vingt à vingt-cinq mille hommes sur Turtukaï, afin de faire une démonstration contre le centre de l'armée russe. Néanmoins, comme il avait eu soin de réunir à Routschouk une force égale, le prince
Gorlcbakof fut induit en erreur, et crut que le serdar voulait tenter le passage du Danube à Giui^eyo. Le gros de Tannée russe fut donc échelonné sur la route de Bucharest à Giurgevo. Ainsi le prince Gortchakof semble s'être laissé tromper deux fois : il ne croyait pas que le but principal d'Omer-Pacba fût de s'établir dans la petite Valachie, où il n'avait envoyé qu'une division d'infanterie pour renforcer le général Fiscfabach, et il se portait sur Giurgevo, tandis que le serdar allait faire une descente à Oltenitza. Peut-être le généralissime russe n'avait- il pas de forces suffisantes pour empêcher
les Turcs de s'établir soit dans la haute, soit dans la basse Valachie.
Dans la nuit du 2 novembre 1853, le serdar fit occuper 111e située en face de Turtukai^ au confluent de l'Ardgis et du Danube^ par des soldats d'infanterie et y fit élever des batteries. Le lendemain^ ses troupes sinstalièrent dans le bâtiment de la quarantaine, au pied du village même d'Oltenitza^ sur la rive gauche du Danube. Le prince Gortchakof n'attachait <?'abord aucune importance k Poccupatton de ces points par les Turcs; mais le jour suivant, ayant appris que des travaux considérables avaient été exécutés par eux^ il donna l'ordre au général Dannenberg^ commandant le quatrième corps, de rejeter les Turcs de l'autre côté du Danube.Ce fut le général de division Pavlof qui fut chargé de cette opération. Il avait sous ses ordres la brigade du général Ochterlone^ composée de huit bataillons d'inCuiterie, d'un régiment de hulans, et de douze bouches à feu.