IV.— LA'GUERRE SUR LE DANUBE
Le village d'Oltenitza est silué sur une longue colline entre FArdgis et le Danube. De ce yillage jusqu'au bfttiment de la quarantaine s'étend une plaine d'une portée et demie de canon ^ bordée à droite, du côté de TArdgis, par des broussailles et un marais ^ En vingtquatre heures, les Turcs avaient élevé des parapets au delà du bâtiment de la quarantaine, entre l'Ârdgis et le Danube, et les avaient armés de huit pièces de canon ; mais ces travaux n'étaient pas encore achevés au moment où commença l'attaque des Russes. De chaque côté du Danube et de TArdgis, il restait un intervalle qui pouvait être franchi par cinquante soldats de front. Le 4 novembre au matin, les forces russes, s'élevant à neuf mille hommes environ, marchèrent à l'attaque de ces travaux inachevés des Turcs, qui n'avaient à leur opposer sur la rive valaque du Danube que trois mille quatre cent quarante-six hommes. Dans ce nombre, il est vrai, outre cent vingt cavaliers, on comptait deux cents chasseurs formés à l'instar de ceux de Vincennes, et qui avaient été exercés par un brave officier français, d'Anglars, mort depuis en Crimée. Omer-Pacha, placé sur une colline près de Turtukaî, sur la rive droite du Danube, ayant h ses côtés l'habile et audacieux général espagnol Prim, observait les mouvements de l'ennemi. Le serdar craignait beaucoup que. ses troupes., dont il connaissait l'exaltation, et qui
' (Test de ce point qae le général Roth passa le Danube en 4 829, avec quarante mille bommes.
se trouTaient pour la première fois en face des Russes^ ne montrassent trop de précipitation : il avait donc ordonné à ses officiers da laisser approcher Tennâni jusqu'à portée de fusil. Ses ordres furent exécutés avec une grande précision et un admirable sang-lroid ; mais aucun pacba ne fut présent pendant le combat : ils s'étaient tous furlivement retirés à Turtukaî^ et l'honneur de la journée resta tout entier au colonel Osman- Bey. Les Russes marchèrent à Tassant sur trois colonnes^ et les Turcs ne répondirent à leur canonnade que par Fartillerie qu'ils avaient dans Ttle située en face de Turtukaï. Quand les Russes furent à soixante pas des parapets, les Turcs les reçurent avec la mitraille et la fusillade la mieux nourrie. Les chasseurs ne visaient que les officiers. Le choc fut terrible. Au bout de dix minutes, tous les colonels et tous les majors russes étaient tués ou blessés, et l'effectif des officiers du tsar réduit à tel point, que le régiment de hulans était hors de combat. Le général Ochterlone, Ecossais d^origine, racontant cette affaire quelques Jours plus lard au consul général d'Angleterre à Bucbaresl, avouait que pendant dix minutes la stupéfaction de ses troupes avait rendu tout commandement impossible, et qu'il regardait comme un fniracle d'être revenu sans blessure. Les Russes laissèrent près de quatre mille hommes morts ou blessés sur le champ de bataille. L'état-m(gor russe, frappé de consternation, porta à quarante mille hommes l'effectif de Tarmée turque à Oltenilza; on craignit même un moment de voir