‹ Christian, ou, L'année romaineChapitre 23 sur 53 · UNE SOIREE A L'AMBASSADE · texte numérisé non relu

UNE SOIREE A L'AMBASSADE

Le doucereux Lubini, poursuivant ses projets, arrive, à force d'insinuations fausses, de réticences malveillantes, à faire croire aux dames de Wédel que M. Olassen, charmant homme du reste, se distrait et s'amuse loin d'elles en bien mauvaise compagnie.

Le prélat, très soucieux de se rendre agréable à la baronne, qu'il sait avide de cérémonies curieuses, insiste pour la conduire à un recivimento qui doit avoir lieu à l'ambassade de France : on va donner la barrette à un nouveau cardinal; il est d'usage en pareille circonstance de ne pas envoyer d'invitations : Romains ou étrangers peuvent se présenter à leur guise au palais où se passe la réception.

La comtesse éprouve une vive contrariété à Tidée de paraître dans le monde : les calomnies que débite monsignor sur Christian lui serrent horriblement le cœur, mais elle cherche à cacher sa souffrance et cède au désir de sa tante. M. Olassen, de son côté, est obligé d'accompagner à ce recivimento une famille hollandaise, les Vanderkirk, recommandés par des compatriotes.

Notre ambassadeur à Rome, le duc de Laval-Montmorency, était un type aimable de Tancienne société française; la finesse de son esprit perçait à travers des distractions fréquentes que rachetait une envie de plaire où il entrait de la bienveillance et de la coquetterie.

Parfaitement grand seigneur/ heureux de Tètre, de s'appeler Montmorency, il recevait avec une noble politesse, à laquelle une légère gaucherie, conséquence de son esprit distrait et de sa vue basse, n'ôtait rien et prétait même un certain charme.

La foule se pressait dans Timmense galerie du palais Simonetti, magnifiquement illuminée. On remarquait, à côté des princesses romaines, un grand nombre d'étrangers de distinction; c'étaient lord Hastings, gouverneur des Indes; le père Gérande, revenant de Jérusalem; M""" Guccioli, connue par la passion qu'elle avait inspirée à lord Byron; le prince de la Paix Godoï; le cardinal Fesch. Laetitia, mère de Napoléon P'; la reine Hortense, ses deux fils Jérôme et Louis, actuellement à Rome, mais toujours en deuil, ne pouvaient paraître dans le monde. En cette occasion, les princesses se montrent avec

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