ACTE QUATRIÈME
ROBERT
Elle épousera un homme digne d’elle, Henry deKerhuon.
LE DOCTEUR
Ah! si cela se pouvait!
ROBERT
Cela se pourra. Henry de Kerhuon est mon ami. Voilà pourquoi je t’interrogeais.
LE DOCTEUR, le regardant, gaiement.
Traître! — Elle aime et elle est aimée! Alors je ne suis plus nécessaire, moi; je lui ferai ma visite d’adieu. — Mais tu me fais causer et j’oublie mes vrais malades. (Tout en écrivant son ordonnance.) Oui, tu 3s raison, c’cst un terrible état que le nôtre. Nous parlons de mademoiselle Maubray, qui est millionnaire, et à qui il faut pour vivre ce qui ne s’achète pas, le bonheur ! Et, en sortant d’ici, je vais voir une enfant de quinze ans, que sauverait un simple voyage en Italie. Mais elle est pauvre.
ROBERT, qui l'écontait appn;é sar le dos de son fauteuil.
Une jeune fille de quinze ans?
LE DOCTEUR
Adorée. (Debout et lisant une ordonnance pendant que Robert est allé h
la table.) Voilà!... Dcs boissoDS amères, du quinquina en macération à jeun, de l’eau de Wals à tes repas, et du calme, du calme surtout. (I1 prend son chapeau pour sortir.)
ROBERT, revenant et mettant dans sa main trois rouleaux d'or.
Tiens, docteur, tu pourras envoyer ta petite malade en Italie.
LE DOCTEUR, stupéfait.
Comment?
ROBE R T
C’est le prix de ta consultation,— ne compte pas.
LE DOCTEUR
Toi aussi, tu as une. maladie dont je ne te guérirai pas, la générosité.
ROBERT, avec une émotion contenue.
C'est nne superstition. (Il accompagne le docteur qui sort, et il reste un instant tout ému.) .