ACTE PREMIER
ROBERT
Oh ! patient ! Je ne suis en retard que de vingt minutes, et tu te fâches !
BRI AC
Madame de Jublains et mademoiselle t’attendent depuis deux heures.
ROBERT
Vraiment ! (se rappelant.) Ah ! oui, oui Là, je suis tout à fait coupable, (a la baronne.) VOUS m’avlez demandé un entretien. Est-ce qu’il s’agissait de choses graves?
LA BARONNE
Nous avons à causer du bal que vous donnez demain.
ROBERT, souriant
Ah! sais-tu, Briac, que Je donne un bal?
BRI AC
Je viens de l’apprendre.
ROBERT
C’est une idée de ma cousine. Elle m’a prouvé que je n’avais que ce moyen de rentrer convenablement dans le monde. Mais il était entendu, ma chère baronne, que je
m’en rapporterais à votre bon goût.
LA BARONNE
Je voudrais cependant vous communiquer les dispositions que j’ai prises.
ROBERT
A quoi bon 1 Tout ce que vous avez ordonné est trèsbien. On a fait de mon cabinet de travail un boudoir, de ma bibliothèque un buffet, de ma chambre un jardin, ^e suis ravi.
LA BARONNE
C’est ce que je désirais.
nOBERT.
Et si vous aviez encore quelques améliorations plus radicales à pratiquer, ne vous gênez pas. La maison est à moi.
LA BARONNE
A vous?
ROBE RT
Depuis trois jours. J’avais négligé de vous communiquer ce détail.
LA BARONNE
Vous avez acheté l’hôtel de Folny ?
ROBERT
Très-cher, avec le mobilier, les marbres, les bronzes et
le reste. (La baronne et Robert remontent un peu au fond.)
Le baron vous cède sa fameuse galerie de tableaux?
ROBERT
11 me force à la prendre, le traître ! Une collection toute faite! Aussi, je me venge; je la revends.
LA BARONNE
Pourquoi?
ROBERT, redescendant.
Parce que les tableaux sont des amis qu’il faut choisir soi-même. — Mes affiches couvrent les murs de Paris depuis hier, et ne soyez pas étonnée de voir, dans un instant, beaucoup de voitures devant l’hôtel : la galerie sera ouverte au public de deux heures à quatre heures pendant huit jours.
LA BARONNE
Vous aurez foule.
BRI AC
Tu longes donc à prolonger ton séjour en France?
ROBERT
Je ne songe qu’à cela. - ...