ACTE PREMIER
LA BARONNE, s’asseyant sur une chaise, près de la table.
J’cn conclus que vous avez été plus sage que moi, ën refusant depuis trois ans tous les partis qui se présentaient. —Vous avez maintenant le droit d’être exigeante.
ADRIENNE
Mais non, ma mère.
LA BARONNE
Seulement, vous me désespérez.
ADRIENNE
Moi?
LA BARONNE
Hier, aux Champs-Élysées, M. de Beaubriand fils vous salue en souriant, et vous ne vous en apercevez pas !
ADRIENNE
Je pensais à autre chose.
LA BARONNE
C’est ce que je vous raproche.
ADRIENNE
Il peut arriver à tout le monde de ne pas rendre un salut. Ainsi, vous, ma mère, pendant que M. de Beaubriand passait,' vous n’avez pas remarqué que le docteur Solem nous faisait sa plus belle révérence.
LA BARONNE
C’est tout différent.
ADRIENNE
Le docteur Solem est très-aimable, très-spirituel.
Très-spirituel. — M. de Beaubriand est le fils d’un ministre, et quel ministre !
ADRIENNE
Le docteur Solem est un de nos savants les plus distingués; n’est-ce rien, cela?
LA BARONNE
C’est beaucoup. Il est le médecin de la famille Beaubriand, ce qui le fera décorer.
ADRIENNE
Il est déjà célèbre; à son âge, c’est superbe! '
LA BARONNE
Je ne dis pas non. Mais M. de Beaubriand a des attentions pour vous. (Elle se live.)
ADRIENNE, étourdiment.
Le docteur aussi, (se reprenant.) Vous croyez, ma mère?
(Elle se lève aussi.)
LA BARONNE
J’en suis sûre. 11 vous a fait danser trois fois au bal de l’ambassade.
ADRIENNE
Ce n’est pas une preuve. (EUcs viennent au milieu de la scène.) LA BARONNE.
Et je ne sais ce que vous lui disiez pendant le dernier quadrille, il vous écoutait avec admiration. ■
ADRIENNE, riant.
Oh! quand M. de Beaubriand écoute avec admiration, c’est lui qui parle.
LA BARONNE
Enfin, j’ai appris, sous le sceau du secret, par une personne que je ne vous nommerai pas...
ADRIENNE, souriant.
C’est inutile.
,LA BARONNE
Et qui est un peu alliée aux Beaubriand, j’ai appris que, dimanche dernier, dans une sorte de conseil de famille, on avait résolu de marier promptement M. Achille.
ADRIENNE
Eh bien, ma mère?