‹ Christiane comedie en quatre actes, en proseChapitre 61 sur 128 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

pules de douairière. Remarquez que je les ai aussi... dans le monde. Mais, entre nous, mon père ne peut pas avoir la prétention d’avoir donné le jour à un ange.

M B R Â Y , gravement. •-

11 s’agit pour moi, monsieur, de vous donner ma fille.

A cela je ferai la seule réponse qui nous convienne à l’un et à l’autre. Je suis un galant homme; je me conduirai avec ma femme en galant homme.

MAOBRAY.

Je n’en doute pas. Je vous sais très-résolu à prendre la vie au sérieux. On m’affirme que l’ambition vous est venue ; c’est, à mes yeux, la meilleure des garanties. Mais ce n’est ‘ ' pas tout.

ACHILLE

Non, non.

M AÜBR AY.

Je ne suis pas un puritain. Je n’exagère pas les fautes d’une jeunesse mal dirigée.

ACHILLE

Mal dirigée! Cependant...

MAUBRAY

Vous étiez dans une position spéciale. Vous avez un père Influent; ses courtisans sont les vôtres. Toutes vos fautes me trouvent indulgent. Je ne parlerai même pas de vos dettes.

ACHILLE, ravi.

Alors, nous n’avons plus à discuter.

MAUBRAY, continuant.

Il est des choses que j’excuse moins. Vous avez fait beaucoup parler de vous depuis quelque temps.

ACHILLE, avec aisance.

J’ai eu quelques succès tapageurs, j’en conviens. Il faut

se poser. Autrefois, on avait des petites maisons; maintenant on a des maisons de verre, dont on casse les vitres, comme dit Anatole, — Anatole de Ferruzac, un de mes bons amis.

M AÜB RAT.

Vous avez aujourd’hui encore une liaison...

ACHILLE, à port.

Aspasie.

M AUBR AT.

Presque célèbre.

ACHILLE

Dites célèbre, ce qui est tout à fait rassurant pour un beau-père. Une liaison qu’on ne peut pas cacher, il faut bien la rompre. Et, vous le savez, ce sont de petits sacrifices à l’hyménée que ne détestent pas les jeunes filles les plus candides.

MAUBRAT.

On m’a parlé aussi d’un duel étrange; vous vous êtes battu...

ACHILLE

Pour une écuyère? C’est une erreur. On ne se bat jamais que pour soi. J’ai trouvé un adversaire qui me plaisait; je l’ai blessé, c’est toujours agréable.

MADBRAT.

Enfin, nous recevons, nous autres banquiers, beaucoup de confidences, et nous sommes complices de bien des secrets. Vous aviez une singulière façon de prêter de l’argent à vos amis.

ACHILLE, gaiement.

Ah! VOUS voulez parler de l’histoire des bijoux que j’achetais...

MAUBRAT.

Avec le crédit de votre père.

ACHILLE

Et Anatole...

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