ACTE DEUXIÈME
BRIAC
Ce sont des chi/Tons.
SIAÜBRAY.
En affaires, il n’y a pas de chiffons. Mais calmez votre conscience, Briac ; je relève l’affaire compromise par Senoncourt. Je crée un chemin de fer d’exploitation; les études sont faites, les devis sont prêts. Des plaines, pas de travaux d’art; des débouchés importants; des bénéfices énormes! La société va être fondée au capital de cinquante millions. Elle achète les mines; tout est sauvé.
BRIAC
Elle n’achètera rien, Senoncourt est poursuivi.
MADBRAY, lianssant les épaules et remontant.
Poursuivre Senoncourt ! c’est insensé.
BRIAC. V
J’ai vu le dossier.
MADBRAY, s’arrêtant.
Vous !
BRIAC
Oui.
MADBRAY, après une pause.
On poursuit Senoncourt ! Je ne croyais pas mes ennemis si habiles.
BRIAC
Vos ennemis!
MADBRAY, redescendant à droite.
Et qui serait-ce donc ? — Oui , il leur serait facile de frapper Senoncourt, del’écraser avec quelque article de loi ramassé sous les pieds de tout le monde. Et quand il serait convaincu de crime et condamné, on découvrirait, comme par hasard, que ce pauvre Senoncourt n’était que l’homme de paille du banquier Maubray. On m’aurait condamné sans me voir en face! — Non, je ne donnerai pas cotte facile
joie à mes envieux. Je couvre Senoncourt, il n’a été que mon agent. Je suis seul en cause.
B RIAC.
Vous?
M AUBRAY
Mais je ne suis pas si facile à abattre que Senoncourt. J’ai vu trop de gens passer dans mes antichambres; j’ai vu trop de gens agenouillés devant mon or ; j’ai gardé trop de secrets ; j’ai touché à trop de hontes. Ma chute ferait rejaillir trop de boue. — Ils n’oseront pas.
B RI AC
Vous vous trompez, ce ne sont pas vos ennemis qui poursuivent Senoncourt; c’est un simple honnête homme, indigné, notre représentant au Pérou, M. de Noja.
MAUBRAY, qui remontait, s’arrêtant rivement à ce nom.
C’est lui qui m’accuse !
BRIAC
Votre nom n’a pas été prononcé. S’il supposait qu’il s’agit de vous...
MAÜBRAY, vivement.
Il hésiterait? (Le regardant fixement.) POUrqUOi donC?
BRIAC
Je ne dis pas qu’il hésiterait, — il n’y a plus à hésiter. Je vous répète seulement qu’il n’est question que de Senoncourt. Ce n’est pas vous que Robert poursuit.
ilAOBRAY, étonné.
Robert! Vous le connaissez donc intimement?
BRIAC, embarrassé.
Oui.
MAOBRAY.
Vous le connaissiez avant son départ pour l’Amérique?