‹ Christiane comedie en quatre actes, en proseChapitre 87 sur 128 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

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Je suis tout émue de songer que vous avez parlé à ma mère, et que vous êtes là, et que je vous regarde comme elle vous regardait. Mais je suis bien heureuse.

ROBERT

Je le suis aussi, moi, je ne vous le disais pas tout à l’heure, je suis bien heureux. (Elle le regarde avec étonnement.) C’est ma jeunesse que je revois, ce sont mes vingt ans, ce sont toutes les joies de mon enfance. J’ai presque été élevé avec votre mère, et je l’ai vue à son premier bal aussi, belle comme vous, heureuse comme vous.

CHRISTIANE, s'asseyaut sur la borne, en face du public.

Puisque vous êtes en relation avec mon père, vous viendrez nous voir souvent.

ROBERT

Oui, souvent.

Vous me parlerez de ma mère. On ne me parle jamais d’elle.

ROBERT, s'asaeyant sur la borne à droite.

AhI

Mon père ne prononce jamais son nom. Monsieur de Briac, lui, n’ose pas.

ROBERT

Pourquoi? Vous n’avez pas connu votre mère : il faut bien vous dire que vous pouvez la nommer avec orgueil. Soyez fière d’être sa fille; elle serait si fière de' vous, elle!

Vous me raconterez tout ce que vous vous rappellerez d’elle; vous me direz quels étaient ses goûts, ses préférences, comment elle se mettait, ce qu’elle faisait, ce qu’elle disait, ce qu'elle aimait. Que de questions j’ai à vous adresser! — A.-t-elle été heureuse?

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ROBERT

Elle a beaucoup souffert.

CHRISTI.\NE

Je l’avais deviné, (presque bas.) Si vous saviez comme je l’aime !

ROBERT

Oui, aimez la bien. Tous ceux qui l’approchaient l'aimaient comme oh vous aime.

Elle était bonne, n’est-ce pas?

ROBERT

Bonne comme vous; comme vous elle avait cette pitié, la meilleure de toutes, la pitié pour ceux qu’on dédaigne et qu’on repousse. Un jour, — elle avait votre âge, — on racontait devant elle qu’un enfant abandonné, dont le père avait commis je ne sais quel crime, errait dans la campagne, poursuivi, maltraité, chassé de partout. Elle s’est levée sans prononcer une parole, elle est sortie seule, suivie d’un domestique, et, deux heures après, elle revenait triomphante*, avec le pauvre petit orphelin tout habillé de neuf, les mains pleines de friandises, riant, pleurant, étourdi, confus, et cachant son visage dans les plis de sa robe.

CHRISTIAJiE.

Comme elle devait être contente !

ROBERT

Elle avait fait pour cet enfant ce que vous faisiez hier pour un vieillard.

Ah! vous savez? — Moi, c’était si simple!

ROBERT

Oui, je sais, je sais. — On m’a raconté de vous tant de choses charmantes depuis deux jours!

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