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XIX

(3) Daniel, v, 11.

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par exemple, s'est efforcé de donner une sanction divine à l'institution du sabbat, en alléguant que Dieu s'était reposé le septième jour. Le second explique le problème de la souffrance humaine. Elle provient, dit-il, du péché, et le péché découle de la chute d'Adam. Enchaînement terrible de conséquences dogmatiques, qui devait peser lourdement sur la pensée humaine et arrêter son essor. Renan proclame cet auteur le plus grand des philosophes. C'est là une étrange appréciation. On ne saurait nier sans doute que ses vues aient inspiré saint Paul, saint Augustin, Luther, Calvin, Pascal; mais dans quels effrayants dédales n'ont-elles pas égaré la raison humaine !

Au chapitre iv de la Genèse, une étrange contradiction apparaît. Après le meurtre d'Abel, Caïn se rend dans un lointain pays, y rencontre des hommes, se marie et fonde une ville. Voilà qui porte une grave atteinte au récit de la création et à la théorie de l'unité d'origine des races humaines.

Deutéronome. — Considérons maintenant ce cinquième livre de l'Ancien Testament. Il est dit au chapitre i, v. i, qu'il est l'œuvre de Moïse. C'est là un premier exemple de ces fraudes pieuses qui consistaient à publier un écrit sous le nom d'un auteur vénéré, pour lui donner plus d'autorité. Nous sommes renseignés sur l'origine de ce livre par le récit des Rois, IP, xxii, v. 8 et lo. Il fut trouvé dans le temple sous le règne de Josias, un des derniers rois de Juda, cinq siècles après Moïse, à une époque

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où l'astre de la dynastie de Juda penchait déjà vers son déclin. L'auteur véritable l'avait évidemment placé dans le temple afin qu'il fût découvert et présenté au roi, homme pieux, qui prit le livre au sérieux, crut qu'il venait de Moïse et usa de son autorité pour appliquer les réformes qu'il réclamait. Les Juifs étaient alors plongés dans l'idolâtrie ; les préceptes du Décalogue étaient tellement oubliés que l'auteur du Deuteronome, un réformateur bien intentionné, s'étant attaché à les remettre en mémoire, provoqua une réelle frayeur dans les esprits et put faire accepter son livre comme une nouvelle révélation.

Remarquons à ce sujet, dans le Deiiiéronome, ch. xxviH, que les séduisantes promesses et les menaces effrayantes par lesquelles l'auteur s'efforce de restaurer le culte de Jéhovah se rapportent exclusivement à la vie terrestre. Il semble n'avoir aucune notion de l'immortalité.

Il en est ainsi dans tout le Pentateuque^ ensemble des ouvrages attribués à Moïse. Nulle part le grand législateur juif — ou ceux qui parlent en son nom — ne font mention de l'âme comme entité survivant au corps. Pour eux, la vie de l'homme, créature éphémère, se déroule dans le cercle restreint de la terre, sans perspective ouverte vers le ciel, sans espérance et sans avenir.

La plupart des livres de l'Ancien Testament ne parlent de l'avenir de l'homme qu'avec le même doute, avec le même sentiment de tristesse désespérée.

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Salomon dit {Ecclés., m, v. 17 et suivants) :

« Qui sait si l'esprit de rhomme monte vers les hau- « teurs ? Méditant sur la condition des hommes, j'ai vu « qu'elle était la même que celle des bètes. Leur fin est « la même; l'homme périt comme l'animal; ce qui reste « de l'un n'est pas plus que ce qui reste de l'autre ; tout « est vanité (1). »

Est-ce donc là la « parole de Dieu »? Peut-on admettre qu'il ait laissé ignorer à son peuple de prédilection les destinées de l'âme et la vie future, alors que ce principe essentiel de toute doctrine spiritualiste était depuis longtemps familier à l'Inde, à l'Égypte, à la Grèce, à la Gaule ?

La Bible pose en principe le monothéisme le plus absolu. Il n'y est pas question de la Trinité. Jahveh règne seul dans le ciel, solitaire et jaloux. Mais Jahveh n'est tout d'abord qu'un dieu national, opposé aux divinités en honneur chez d'autres peuples. Plus tard seulement, les Hébreux s'élevèrent à la conception de cette Puissance unique, suprême, qui régit l'univers. Les anges ne se montrent que de loin en loin comme messagers de l'Éternel. Nulle place pour les âmes des hommes dans ces cieux vides et mornes.

Au point de vue moral, Dieu est présenté dans la Bible sous des aspects multiples et contradictoires. On le dit le meilleur des pères, et on le fait sans pitié pour ses enfants coupables. On lui attribue la

(1) « Tout est néant », dit le texte hébreu.

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toute-puissance, la bonté infinie, la souveraine justice, et on le rabaisse au niveau des passions humaines en nous le montrant terrible, partial, implacable. On l'établit créateur de tout ce qui est, on lui donne la prescience, puis on le dit repentant de son oeuvre :

Genèse, ch. vi, v. 6 et 7 : « Il se repentit d'avoir fait « l'homme sur la terre, et il en eut un grand déplaisir « dans son cœur. »

« Et l'Éternel dit : J'exterminerai de dessus la terre les € êtres que j'ai créés, depuis les hommes jusqu'au « bétail, jusqu'à tout ce qui rampe, et jusqu'aux oiseaux « des cieux, car je me repens de les avoir faits. »

Seuls, Noé et sa famille trouvèrent grâce devant rÉternel. Que deviennent après ce récit la puissance et la prévoyance divines ?

Remarquons-le cependant : la notion de la Divinité s'épure à mesure que le peuple évolue. Les prophètes, ces hommes inspirés, rejettent, au nom du Seigneur, les sacrifices sanglants, premiers hommages des Hébreux à Jahveh ; ils réprouvent le jeûne et les signes d'humiliation, dans lesquels la pensée n'est pour rien.

« Quand vous me présentez les holocaustes de vos « bêtes grasses, je n'y prends aucun plaisir », s'écrie l'Éternel, par la bouche d'Amos. « Ce que je veux, « c'est que la droiture soit comme un courant d'eau et « la justice comme un torrent qui ne tarit jamais (i) . »

(1) Amos, V, 22, 24.

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« Vous ne jeûnez pas comme il faut — écrit Ésaïe. « — Courber la tête comme un jonc et se coucher sur « le sac et la cendre, est-ce le jeûne que vous appelez « agréable au Seigneur? Voici le jeûne auquel je « prends plaisir : Rompez les chaînes de la m^échan- « ceté, brisez les liens de la servitude, renvoyez libres « les opprimés, partagez votre pain avec celui qui a « faim, et faites entrer dans votre maison les malheu- « reux à qui manque un asile ; donnez des vêtements à « ceux qui en sont dépourvus, ne vous détournez pas « de vos semblables, et alors lalumière poindra comme « l'aurore, la justice marchera devant vous et la gloire « de l'Éternel vous accompagnera (i). »

« Ce que TÉternel réclame de toi — dit Miellée — « c'est que tu pratiques la justice, que tu aimes la « miséricorde, et que tu marches humblement avec (( ton Dieu (2). »

Dans son ouvrage Autour d'un petit livre, répondant aux critiques suscitées par son travail sur V Évangile et V Eglise, l'abbé Loisy exprime l'opinion que les livres de l'Ancien Testament, dans leur ensemble, n'ont pas d'autre objet que l'instruction religieuse et l'édification morale du peuple. « L'exacti- « tude bibliographique y est inconnue, ajoute-t-il; le « souci du fait matériel et de l'histoire objective en « est absent. »

Tel est aussi notre avis. Il en résulte que la Bible ne saurait être considérée comme la « parole de

(1) Ésaïe, Lviii, 4-8.

(2) Miellée, vi, 8.

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Dieu », ni comme une révélation surnaturelle. Il faut voir en elle un recueil de récits historiques ou légendaires, d'enseignements sublimes à côté de détails parfois vulgaires.

En certains cas, les auteurs du Pentateuque semblent s'inspirer de révélations plus anciennes, comme le fait observer Swedenborg, avec preuves à Fappui. Les initiés regardent l'Ancien Testament comme purement symbolique, et croient y découvrir toutes les vérités au moyen de la Kabbale. Pour nous aussi, il peut revêtir la forme d'un symbole. Do même que nous y voyons l'acheminement du peuple hébreu vers l'avènement du christianisme, sous la direction de Moïse et des prophètes, auxquels il se montre parfois si rebelle, de même ce livre peut nous représenter la marche de l'esprit humain vers la perfection où l'entraînent les Esprits supérieurs de l'un et l'autre monde.

L'Ancien Testament semble être destiné à servir de lien entre la race sémitique et la race aryenne. Jésus ne nous paraît-il pas, en efTet, plus aryen que juif? Sa douceur infinie, la clarté sereine de sa pensée, ne s'opposent-elles pas aux rigides, aux sombres aspects du judaïsme ?

Cet ouvrage ne remonte pas à une date aussi ancienne qu'on s'est plu à le croire. Il fut, en tout cas, remanié plus ou moins longtemps après le retour de Babylone, car, de loin en loin, on y trouve des allusions à la captivité des Juifs dans ce pays (i).

(1) Vers l'an 700 avant notre ère.

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Il est bien l'œuvre des hommes, le témoignage de leur foi, de leurs aspirations, de leur savoir et aussi de leurs superstitions, de leurs erreurs. Les prophètes y ont introduit la parole vibrante qui leur était inspirée ; des voyants y ont retracé les images des réalités invisibles qui leur apparaissaient ; des écrivains y ont décrit des scènes de la vie sociale et les mœurs de l'époque.

C'est dans le but de donner à ces enseignements si divers plus de poids, plus d'autorité, qu'ils furent présentés comme émanant de la Puissance souveraine qui régit les mondes.

N** 2. — Sur l'origine des Évangiles.

L'Ancien Testament est le livre sacré d'un peuple^ le peuple hébreu; l'Évangile est le Hvre sacré de l'humanité. Les vérités essentielles qu'il contient se relient aux traditions de tous les peuples et de tous les âges. Mais, à ces vérités, bien des éléments inférieurs sont venus s'ajouter.

A ce point de vue, l'Évangile est comparable à un vase précieux, où, parmi la poussière et les cendres, se trouvent des perles et des diamants. La réunion de ces joyaux constitue la pure doctrine chrétienne.

Quant à leur véritable origine, en admettant que les Évangiles canoniques soient l'œuvre des auteurs dont ils portent les noms, il faut remarquer que deux d'entre eux, Marc et Luc, se sont bornés à transcrire ce qui leur avait été dit par les disciples. Les deux

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autres, Matthieu et Jean, ont vécu près de Jésus et recueilli ses enseignements. Mais leurs évangiles n'ont été écrits que quarante et soixante ans après la mort du Maître.

Le passage suivant de Matthieu (xxiii, 35) — à moins d'y voir une interpolation assez vraisemblable — prouve que cette œuvre est postérieure à la prise de Jérusalem (an 70). Jésus adresse cette apostrophe véhémente aux Pharisiens :

« Afin que tout le sang innocent qui a été répandu « sur la terre retombe sur vous, depuis le sang d'Abel « jusqu'au sang de Zacharie, fils de Barachie, que vous « avez tué entre le temple et l'autel. »

Or, d'après tous les historiens et, en particulier, d'après Flavius Josèphe (1), ce meurtre a eu lieu en Fan 67, soit trente-quatre ans après la mort de Jésus.

Si l'on attribue au Christ la mention d'un fait qu'il n'a pu connaître, que n'a-t-on pas osé sur d'autres points !

Les Évangiles ne sont pas d'accord sur les faits les plus considérables attribués au Christ. Ainsi, chacun d'eux rapporte différemment ses dernières paroles. D'après Matthieu et Marc, elles auraient été : « Mon « Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné (2)? w

(1) Fl. Josèphe, Guerre des Juifs contre les Romains, traduct. d'Arnaud d'Andilly, édition de 1838, de Buchon, liv. IV, ohap. XIX, p. 704.

(2) Matthieu, xxvii, 46. — Marc, xv, 34.

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D'après Luc, le Christ expirant aurait dit : « Père, « je remets mon esprit entre tes mains ( i ) , » témoignage expressif de Famour filial qui l'unissait à Dieu. Enfin, Jean lui met dans la bouche ces paroles : « Tout est <( accompli (2). »

Il en est de même pour la première apparition de Jésus : ici encore les évangélistes ne sont pas d'accord. Matthieu parle de deux femmes qui l'auraient vu ensemble. Pour Luc, ce fut aux deux disciples qui se rendaient à Emmaiis, que le Christ se montra en premier lieu. Marc et Jean ne signalent que Marie- Madeleine comme témoin de sa première apparition (3).

Constatons une nouvelle divergence en ce qui concerne l'Ascension : Matthieu et Jean, les seuls compagnons de Jésus qui aient écrit sa vie, n'en parlent pas. Marc la place à Jérusalem (xvi, i4, 19), et Luc déclare qu'elle eut lieu à Béthanie (xxiv, 5o,5i), le jour même de sa résurrection, alors que les Actes des Apôtres la mettent quarante jours plus tard (Actes^ I, 3).

D'autre part, il est évident que le dernier chapitre de l'évangile de Jean n'est pas du même auteur que le reste de l'ouvrage. Celui-ci se terminait primitivement au verset 3i du chapitre xx, et le premier verset qui le suit indique un raccordement.

(1) Lac, xxiir, 46.

(2) Jean, xix, 30.

(3) Matthieu, xxviii, 9. — Marc, xvi, 9. — Luc, xxiv, 15. — Jean, xx, 14.

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Jean aurait-il osé se dire « le disciple que Jésus aimait »? Aurait-il pu prétendre que le monde entier ne saurait contenir les livresque l'on pourrait écrire sur les faits et gestes de Jésus (xxi, 25) ? Si nous reconnaissons qu'un chapitre entier a été ajouté à cet évangile, nous serons entraînés à conclure que de nombreuses interpolations ont pu également se produire.

Nous avons parlé du grand nombre des Évangiles apocryphes. Fabricius en comptait trente-cinq. Ces évangiles, aujourd'hui dédaignés, n'étaient cependant pas sans valeur aux yeux de l'Église, puisque c'est dans l'un d'eux, dit de Nicodème, qu'elle puise sa croyance en la descente de Jésus aux enfers, croyance imposée à tout chrétien par le symbole du concile de Nicée, et dont ne parle aucun des Évangiles canoniques.

En résumé, selon A. Sabatier, doyen de la faculté de théologie protestante de Paris (i), les manuscrits originaux des Évangiles ont disparu sans laisser aucune trace certaine dans l'histoire. Ils ont probablement été détruits lors de la proscription générale des Hvres chrétiens ordonnée par l'empereur Dioctétien (édit impérial de 3o3). Les écrits sacrés qui échappèrent à la destruction ne sont donc que des copies.

Primitivement, ces documents étaient dépourvus de ponctuation, mais, de bonne heure, ils furent divi-

(l) Encyclopédie des sciences religieuses, de F. Lichtenber-

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