‹ Christianisme & spiritisme [electronic resource]Chapitre 13 sur 18 · XI. — RÉNOVATION · texte numérisé non relu

XI. — RÉNOVATION

Gomme nous croyons l'avoir établi dans les pages qui précèdent, le spiritualisme moderne repose sur des témoignages universels. Il s'appuie sur des faits d'expérience, observés sur tous les points du globe, par des hommes de toute condition, parmi lesquels des savants appartenant à toutes les grandes universités et à plusieurs académies célèbres. C'est grâce à eux, grâce à leurs efforts, que la science contemporaine, malgré ses hésitations et ses répugnances, a été amenée peu à peu à s'intéresser à l'étude du monde invisible.

D'année en année, le nombre des expérimentateurs s'est accru. Les enquêtes ont succédé aux enquêtes et, toujours, les résultats sont venus confirmer les affirmations antérieures. De ces observations, multipliées à l'infini, s'est dégagée une certitude : celle de la survivance de l'être humain et, avec elle, des notions plus précises sur les conditions de la vie future.

Par l'étude attentive des phénomènes, par la communication permanente établie avec l'Audelà, le spiritisme est venu confirmer les grandes traditions du passé, les enseignements de toutes les religions, de toutes les philosophies élevées,

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touchant Timmortalité de Têtre et l'existence d'une Cause ordonnatrice de l'univers. Il leur a donné une sanction définitive. Ce qui, jusqu'alors, n'était qu'hypothèse et spéculation de la pensée, devientun fait acquis. La vie future se montre dans sa réalité saisissante; la mort a perdu son aspect effrayant ; le ciel s'est rapproché de la terre.

Le spiritualisme a fait plus. De cet ensemble d'études et de constatations, de cette enquête poursuivie depuis un demi-siècle, de toutes les révélations qui en découlent, il a constitué un enseignement nouveau, dégagé de toute forme obscure ou symbolique, facilement accessible, même aux plus humbles, et qui ouvre aux érudits et aux penseurs de vastes perspectives sur les hauts degrés de la connaissance, sur la conception d'un idéal supérieur.

Cet enseignement peut donner satisfaction à tous, aux esprits les plus raffinés comme aux plus modestes, mais il s'adresse surtout à ceux qui souffrent, à ceux qui ploient sous une lourde tâche ou de pénibles épreuves, à tous ceux qui ont besoin d'une foi virile qui les soutienne dans leur marche, dans leurs travaux, dans leurs douleurs. Il s'adresse à la foule des humains, à cette foule devenue incrédule et méfiante à l'égard de tout dogme, de toute croyance religieuse, car elle reconnaît avoir été abusée pendant des

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siècles. Cependant, il subsiste toujours en elle des aspirations confuses vers le bien, un besoin inné de progrès, de liberté et de lumière qui facilitera l'éclosion de l'idée nouvelle et son action régénératrice.

Le spiritualisme expérimental répond à ces besoins innés de l'âme humaine, qu'aucune autre doctrine n'avait pu satisfaire entièrement. Par la loi des existences successives, il nous montre la justice réglant la destinée de tous les êtres. Avec elle, plus de grâces particulières ni de privilèges, plus de rédemption par le sang d'un juste, plus de déshérités ni de favorisés. Tous les esprits qui peuplent l'immensité, disséminés dans l'espace ou sur les mondes matériels^, sont fils de leurs œuvres ; toutes les âmes qui animent des corps de chair ou attendent des incarnations nouvelles, sont de même origine et appelées au même avenir. Les mérites^ les vertus acquises, seuls, les distinguent, mais toutes peuvent s'élever par leurs efforts et parcourir la voie des perfectionnements infinis. En marche vers un but commun, les esprits forment une même famille, subdivisée en nombreux groupements sympathiques, en associations spirituelles, dont la famille humaine n'est qu'un reflet, une réduction, et dont tous les membres se suivent et s'assistent à travers leurs multiples existences, vivant

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alternativement de la vie terrestre ou de la vie libre des espaces, et se rejoignant tôt ou tard.

La mort perd ainsi le caractère lugubre, terrifiant qu'on lui prêtait jusqu'ici. Elle n'est plus le « roi des épouvantements », mais plutôt une renaissance, une des conditions de Taccroissement et du développement de la vie. Toutes nos existences se relient et forment une nsemble. La mort n'est que le passage de l'une à l'autre ; pour le sage, pour l'homme de bien, c'est la porte d'or qi^i s'ouvre sur des horizons plus beaux.

Quand les préjugés qui hantent nos cerveaux se seront évanouis, l'homme comprendra la beauté sereine et la majesté de la mort. C'est une erreur de croire qu'elle nous éloigne de ceux qui nous sont chers. Grâce au spiritisme, nous avons la consolation de savoir que les êtres aimés qui nous ont devancés dans l'Au-delà, veillent sur nous et nous guident dans la voie obscure de l'existence. Ils sont souvent à nos côtés, invisibles, prêts à nous assister dans la détresse, à nous secourir dans le malheur, et cette certitude nous donne le calme d'esprit, la force morale dans l'épreuve. Leurs communications, leurs messages, adoucissentpour nous les amertumes du présent, les tristesses d'une séparation qui n'est qu'apparente. Les enseignements des Esprits développent nos connaissances et

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nos sentiments élevés. Ils tendent à nous rendre meilleurs, plus confiants dans l'avenir et dans la bonté de Dieu.

Ainsi se réalise et se révèle à nos yeux la loi de fraternité et de solidarité qui relie tous les êtres, et dont l'humanité a toujours eu l'intuition. Plus de salut personnel, plus de jugement inexorable, qui fixe à jamais Tâme loin de ceux qui lui sont chers, mais la réparation toujours possible, avec l'assistance de nos frères de Tespace, Tunion des êtres dans leur ascension collective et éternelle.

Cette révélation nous procure une force nouvelle contre les défaillances, les tentations, les pensées mauvaises, qui pourraient nous assaillir, et dont nous nous garderons avec d'autant plus de soin qu'elles seraient un sujet d'affliction pour les membres de notre famille spirituelle, pour nos invisibles amis.

Avec le matérialisme, la fraternité n'était qu'un mot, l'altruisme une théorie sans racines et sans portée. Sans foi dans l'avenir, l'homme concentrait forcément toute son attention sur le présent et les jouissances qu'il peut contenir. En dépit de toutes les sollicitations des théoriciens et des sophistes, il se sentait peu disposé à sacrifier sa personnalité, ses intérêts ou ses goûts^ au profit d'une collectivité passagère, à laquelle l'atta-

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chaient des liens formés d'hier et que demain dénouera. Si la mort est la fin de tout, pensait-il, pourquoi s'imposer des privations que rien ne viendra compenser? A quoi bon la vertu et le sacrifice, si tout doit aboutir au néant ?

Le résultat inévitable de telles doctrines, c'était le développement de l'égoïsme, la recherche fiévreuse des richesses, la préoccupation exclusive des jouissances matérielles; c'était le déchaînement des passions, des appétits furieux, des ardentes convoitises. Et de là, selon le degré d'éducation, les arrivistes ou les apaches. Sous l'action de ces souffles destructeurs, la société oscille sur ses bases et, avec elle, les notions de moralité, de fraternité, que le nouveau spiritualisme vient à point restaurer et consolider.

« La croyance à l'immortalité » — a dit Platon — « est le lien de toute société ; brisez ce « lien, et la société se dissout. »

Notre époque, portée au doute et à la négation par des exagérations théologiques, perdait de vue cette idée salutaire. Le spiritualisme expérimental lui rend la foi évanouie, en Tappuyant sur des bases nouvelles et indestructibles.

La supériorité morale de la doctrine des Esprits s'affirme sur tous les points. Avec elle

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s'évanouit Tidée inique du péché d'un seul homme retombant sur tous. Il n'y a plus de déchéance, de chute collective; les responsabilités sont personnelles. Quelle que soit sa condition en ce monde, qu'il soit né dans la misère et la souffrance, ou dépourvu d'avantages physiques et de brillantes facultés, Thomme sait qu'il ne subit pas un sort immérité, mais simplement les conséquences de ses agissements antérieurs. Parfois aussi, les maux qu'il endure sont le résultat de son libre choix, lorsqu'il les a acceptés comme un moyen d'avancement plus rapide (i).

Dès lors, la sagesse consiste à accepter notre sort sans murmures, à remplir fidèlement notre tâche, à nous préparer ainsi à des situations qui iront s'améliorant, à mesure que, par nos progrès, nous obtiendrons l'accès de sociétés meilleures, affranchies des sujétions qui pèsent sur les mondes inférieurs.

Grâce à la doctrine des Esprits, l'homme comprend enfin le but de l'existence; il voit en elle un moyen d'éducation et de réparation; il cesse de maudire la destinée et d'accuser Dieu. Il est délivré à la fois des cauchemars du néant et de l'enfer, et des illusions d'un paradis oisif, car la

(1) Voir le Problème de l'Être et de la Destinée.

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vie future n'est plus une béate et inutile contemplation, l'éternelle immobilité des élus ou le supplice sans fin des damnés. C'est l'évolution graduelle, c'est, après le cercle des épreuves et des transmigrations, le cercle du bonheur, et toujours, c'est la vie active et grandissante, la conquête par le travail d'une somme croissante de science, de puissance, de moralité; c'est une participation progressive à Toeuvre divine, sous la forme de missions variées, missions de dévouement et d'enseignement, au service des humanités.

Tout le monde aujourd'hui reconnaît la nécessité d'une éducation morale, susceptible de régénérer la société et d'arracher la France à un état de décadence qui, en s'accentuant chaque jour, menace d'aboutir à la chute et à la ruine.

On a cru longtemps avoir fait assez en répandant l'instruction; mais l'instruction, sans l'enseignement moral, est impuissante et stérile. Avant tout, il faut faire de l'enfant un homme, un homme comprenant ses devoirs comme il comprend ses droits. Il ne suffit pas de développer les intelligences; il faut former les caractères, fortifier les âmes et les consciences. Les

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connaissances doivent être complétées par des lumières qui éclairent Tavenir et précisent la destinée de l'être. Pour renouveler une société, il faut des hommes nouveaux et meilleurs. Sans cela, toutes les réformes économiques, toutes les combinaisons politiques, tous les progrès intellectuels seront, insuffisants. L'ordre social ne vaudra jamais que ce que nous valons nousmêmes.

Mais cette éducation nécessaire, sur quoi Tappuiera-t-on? Ce n'est pas sur des théories négatives: elles ont causé en partie les maux du présent. Ce ne sera pas davantage sur des dogmes surannés, sur des doctrines mortes, sur des croyances toutes de surface et d'apparence, qui n^ont plus de racines dans les âmes.

Non ! l'humanité ne veut plus de symboles, de légendes, de mystères, plus de vérités voilées. Il lui faut la grande lumière, la splendide éclosion du vrai que le nouveau spiritualisme peut seul lui procurer.

Lui seul peut fournir à la morale une base définitive, et donner à l'homme moderne les forces nécessaires pour supporter dignement ses épreuves, en discerner les causes, réagir contre elles, accomplir en tout son devoir.

Avec cette doctrine, l'homme voit où il va; son pas devient plus ferme, plus assuré. Il sait

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que la justice gouverne le monde, que tout s'enchaîne, que chacun de ses actes, bon ou mauvais, retombera sur lui à travers les temps. Dans cette pensée, il trouve un frein pour le mal, un stimulant puissant pour le bien.

Les messages des Esprits, la communion des vivants et des morts lui pnt montré l'avenir d'outre-tombe dans sa réalité vivante; il sait quel sort l'attend, quelles responsabilités lui incombent, quelles qualités il doit acquérir pour être heureux.

En effet, dès que les conditions de la vie future sont connues, le but de l'existence se précise, la règle de la vie présente se pose d'une manière impérieuse devant tout esprit soucieux de son avenir. Il comprend qu'il n'est pas venu ici-bas pour rechercher des plaisirs frivoles, pour satisfaire de vaines et puériles ambitions, mais pour développer ses qualités supérieures, corriger ses défauts, mettre en œuvre tout ce qui peut contribuer à son élévation.

L'étude du spiritisme nous apprend que la vie est un combat pour la lumière ; la lutte et l'épreuve ne cesseront que par la conquête du bien moral. Cette pensée trempe les âmes ; elle les prépare aux grandes tâches, aux nobles actions. Avec le sens du vrai, elle éveille en nous la confiance. Nourris de ces préceptes,

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nous ne redouterons plus ni l'adversité, ni la mort. D'un cœur intrépide, à travers les coups du sort, nous avancerons dans la voie tracée; sans faiblesse, sans regret, nous aborderons l'autre rive quand l'heure sera venue.

Aussi rinfluence moralisatrice du spiritisme pénètre-t-elle peu à peu dans les milieux les plus divers, depuis les plus cultivés jusqu'aux plus obscurs et aux plus dégradés.

Nous en avons la preuve dans le fait suivant : dès 1888, les forçats du bagne de Tarragone (Espagne) envoyaient au Congrès spirite international de Barcelone une adresse touchante, faisant connaître toute l'étendue du secours moral que leur avait procuré la connaissance du spiritisme (1).

On peut constater aussi, dans les centres ouvriers où le spiritisme est répandu, un adoucissement sensible des mœurs, une plus ferme résistance à tous les excès en général et aux théories anarchistes en particulier. Grâce aux conseils des Esprits, bien des habitudes vicieuses ont été réformées, bien des intérieurs troublés sont devenus paisibles. Avec la croyance perdue, leurs enseignements ont fait renaître

(1) Voir Compte rendu du Congrès spirile de Barcelone, 1888. Librairie des sciences psychiques, Paris.

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dans ces milieux des vertus devenues rares aujourd'hui.

C'est un spectacle réconfortant, par exemple, que de voir tous les dimanches affluer à Jumet (Belgique), de tous les points du bassin de Charleroi, de nombreuses familles de mineurs spirites. Elles se groupent dans une vaste salle, où, après les préliminaires d'usage, elles écoutent, avec recueillement, les instructions que leurs guides invisibles leur font entendre, par la bouche des médiums endormis. C'était par l'un d'eux, simple ouvrier mineur, peu lettré, s'exprimant habituellement en patois wallon, que &e manifestait l'Esprit du chanoine Xavier Mouls, prêtre de grande valeur et de haute vertu, à qui on doit la vulgarisation du magnétisme et du spiritisme dans les « corons » (i) du bassin. Mouls, après de cruelles épreuves et de dures persécutions, a quitté la terre, mais son Esprit veille toujours sur ses chers mineurs. Tous les dimanches, il prenait possession des organes de son médium favori, et, après une citation des textes sacrés, avec une éloquence toute sacerdotale, il développait devant eux, en pur français, durant une heure, le sujet choisi, parlant au cœur et à Tintelligence de ses auditeurs, les

(1) Habitations des mineurs belges.

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exhortant au devoir, à la soumission aux lois divines. Aussi l'impression produite sur ces braves gens était grande. Il en est de même dans tous les milieux où le spiritisme est pratiqué d'une manière sérieuse par les humbles de ce monde.

Parfois, des Esprits de mineurs, connus des assistants dont ils ont partagé l'existence laborieuse, viennent se manifester à eux. On les reconnaît facilement à leur langage, à leurs expressions familières, à mille détails psychologiques qui sont autant de preuves d'identité. Ils décrivent leur manière de vivre dans Pespace, les sensations éprouvées à la mort, les souffrances morales résultant d'un mauvais passé, d'habitudes pernicieuses contractées, de penchants à la médisance ou à l'alcoolisme, et ces descriptions émouvantes, pleines d'animation et d'originalité, exercent sur l'auditoire un grand effet moral, une vive et salutaire impression. De là, une transformation sensible dans les idées et dans les mœurs.

En considérant ces faits, déjà nombreux, et qui se multiplient chaque jour, on peut supputer, dès maintenant, le nombre considérable des pauvres âmes que le spiritisme a consolées et réconfortées. Il a préservé du suicide bien des désespérés; en leur prouvant la réalité de la sur-

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vivance et le sort qui les attendrait, il leur a rendu le courage et le goût de la vie.

Nous ne commettrons aucune exagération en disant que des milliers d'êtres humains, appartenant aux différentes confessions religieuses, catholiques et protestantes, et même des représentants officiels de ces religions, accablés par leurs épreuves ou la mort de leurs proches, ont trouvé dans la communion des morts, à la plac^ d'une foi vague, une conviction précise, une confiance inébranlable en l'immortalité.

Voici ce qu'écrivait un pasteur protestant à Russell Wallace, académicien anglais, après avoir constaté la réalité des phénomènes spirites :

« La mort est pour moi maintenant une chose toute « différente de ce qu'elle fut jadis; après avoir subi <( un grand accablement, à la suite de la mort de <c mes fils, je suis actuellement plein de confiance et « de gaieté ; je suis iinautre homme (i). »

A rencontre de ces témoignages, si éloquents dans leur simplicité, on pourrait objecter, il est vrai, les fraudes, les habitudes de supercherie, le charlatanisme et la médiumnité vénale, en un mot tous les abus engendrés dans certains cas

(1) Russell Wallace, le Moderne Spiritualisme^ p. 2Ô5.

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par une mauvaise pratique expérimentale du spiritisme, et dont nous avons déjà parlé.

Ceux qui se livrent à ces agissements prouvent par là même leur ignorance du spiritisme. S'ils en comprenaient les préceptes et les lois, ils. sauraient ce que leur préparent des actes qui sont autant de profanations. Ils sauraient ce que l'on risque à faire d'une chose respectable et sacrée, à laquelle on ne doit toucher qu'avec i'ecueillement et piété, un moyen vulgaire d'exploitation, un commerce éhonté.

On nous rappellera aussi l'influence des mauvais Esprits, les communications apocryphes signées de noms fameux, les cas d'obsession et de possession. Mais ces influences se sont exercées, ces faits se sont produits dans tous les temps ; les hommes ont toujours été exposés — souvent sans en connaître les causes — aux méfaits des Invisibles d'ordre inférieur, et l'étude du spiritisme vient précisément nous fournir les moyens d'écarter ces influences, d'agir sur les Esprits malfaisants, de les ramener au bien par l'évocation et la prière.

En effet, l'action salutaire du spiritisme ne s'exerce pas seulement sur les hommes ; elle s'étend aux habitants de l'espace. Au moyen des rapports établis entre les deux mondes, les adeptes éclairés peuvent agir sur les Esprits infé-

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rieurs et, par des paroles de consolation et de pitié, par de sages conseils, les arracher au mal, à la haine, au désespoir.

Et c'est là un devoir impérieux, le devoir de tout être supérieur envers ses frères arriérés, qu'ils appartiennent à un monde ou à l'autre ; c'est le devoir de l'homme de bien, que le spiritisme élèv^e à la dignité d'éducateur et de guide des Esprits ignorants ou pervers, envoyés vers lui pour être instruits, éclairés, améliorés. En même temps, aucun moyen n'est plus sûr pour assainir fluidiquement les approches de la terre, le milieu où vit et s'agite l'humanité.

C'est dans ce but que tout cercle spirite de quelque importance consacre une partie de ses séances à l'instruction et à la moralisation des âmes coupables. Par la sollicitude qui leur est témoignée, par de charitables avis et surtout au moyen de prières ferventes qui retombent sur eux en effluves magnétiques, il n'est pas rare de voir les Esprits les plus endurcis, ramenés à des sentiments meilleurs, mettre d'eux-mêmes un terme aux pénibles obsessions dont ils assiégeaient leurs victimes.

Par sa conception erronée de la vie d'outretombe, par sa doctrine de la damnation éternelle, l'Eglise a longtemps entravé l'accomplissement de ce devoir. Elle avait interdit tout rapport entre

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les hommes et les Esprits, et creusé entre eux un abîme. Tous ceux qui, en quittant la terre, étaient considérés comme damnés pour leurs fautes, voyaient se fermer du côté des hommes toute issue, s'évanouir toute possibilité de rapprochement et, par suite, toute espérance de consolation et de secours moral.

Il en était de même du côté du ciel, car les Esprits élevés, par la nature subtile de leur enveloppe, parleurs fluides éthérés, peu en harmonie avec ceux des Esprits inférieurs, éprouvent plus de difficultés que les hommes à communiquer avec eux, en raison de la différence d'affinités. Les pauvres âmes errantes, déchirées par l'angoisse, assaillies par les souvenirs poignants du passé, étaient abandonnées à elles-mêmes, sans qu'une pensée amie, comme un rayon de soleil, pût éclairer leurs ténèbres. Imbues, pour la plupart, de préjugés invétérés, souvent pénétrées, par une fausse éducation, de la réalité des peines éternelles qu'elles croyaient subir, leur situation devenait horrible et suscitait parfois en elles des pensées de rage et de fureur, un besoin de vengeance qu'elles cherchaient à assouvir sur les hommes faibles ou enclins au mal.

L'action malfaisante de ces Esprits s'accroissait par le fait même de leur abandon. Retenus

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par leurs fluides grossiers dans l'atmosphère terrestre, en contact permanent avec les humains accessibles à leur influence, et pouvant leur faire sentir la leur, ils n'avaient plus qu'un but, celui de faire partager aux hommes les tortures qu'ils croyaient ressentir.

C'est pourquoi, pendant tout le moyen âge, époque à laquelle les relations avec le monde invisible sont interdites, considérées comme coupables et passives de la peine du feu, on voit se multiplier, durant de longs siècles, les cas d'obsession, de possession, et s'étendre l'influence pernicieuse des Esprits du mal. Au lieu de chercher à les ramener par des prières et des exhortations bienveillantes, l'Eglise n'a pour eux qu'anathèmes et malédictions; elle ne procède que par voie d'exorcismes, moyen d'ailleurs impuissant, dont le seul résultat est d'irriter les Esprits mauvais, de provoquer leurs réponses cyniques et impies, et les actes indécents ou odieux qu'ils suggèrent à leurs victimes.

En perdant de vue les pures traditions chrétiennes, en étouffant les voix du monde invisible par la menace des tortures et du bûcher, l'Église a méconnu la grande loi de solidarité qui unit toutes les créatures de Dieu dans leur ascension commune, et impose aux plus avancées l'obligation de travailler à instruire et à amender leurs

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sœurs inférieures. Pendant des siècles, elle a privé l'homme des secours, des lumières, des ressources inappréciables que procure la communion des Esprits élevés. Elle a privé les générations de ces échanges de tendresse avec les êtres aimés qui nous ont devancés dans l'autre vie, échanges qui sont la joie, la suprême consolation des affligés, des isolés sur la terre, de tous ceux qui souffrent des angoisses de la séparation. Elle a privé l'humanité de ce flot de vie spirituelle qui descend des espaces, retrempe les âmes, relève les cœurs défaillants et attristés.

Ainsi l'obscurité s'est faite peu à peu dans les cerveaux et dans les doctrines ; les vérités les plus éclatantes se sont voilées ; des conceptions enfantines ou odieuses ont pris naissance, faute de tout contrôle. Et le doute s'est répandu, l'esprit de scepticisme et de négation a envahi le monde (i).

(1) L'Église, par la bouche de ses théologiens les plus accrédités, a cru pouvoir affirmer qu'aucun sentiment de pitié et de charité ne subsistait dans le cœur des croyants et des bienheureux, à l'égard de ceux qui ont pu être leurs parents, leurs proches, leurs compagnons d'existence en ce monde :

« Les élus, dans le ciel, ne conservent aucun sentiment « d'amitié et d'amour pour les réprouvés; ils n'ont pour eux « aucune compassion et jouissent même du supplice de leurs « amis et de leurs proches. »

« Les élus en jouissent, en ce sens qu'ils se sentent « exempts de tortures, et que, d'un autre côté, toute com-

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Le spiritisme vient rétablir cette communion des âmes qui est une source de force et de lumière. En nous faisant connaître la vie future sous ses aspects véritables, il nous relie à toutes les puissances de l'infini et nous rend aptes à recevoir leurs inspirations. Les enseignements des Esprits supérieurs, les conseils de nos amis d'outre-tombe, exercent sur nous une impression plus profonde que toutes les exhortations tombées de la chaire, ou les leçons de la plus haute philosophie.

En nous montrant dans les Esprits mauvais des âmes égarées, susceptibles de retour au bien,

« passion sera morte en eux, parce qu'ils admireront la jus- « tice divine. » [Somme théologique de saint Thomas d'Aquin. Supplément de la 3e partie, quest. 95, art. 1, 2 et 3, édition de Lyon, 1685, t. II, p. 425.)

C'est aussi l'opinion de saint Bernard (Traité De diligendo Deo, chap. xv, 40; édition Mabillon, 1. 1, col. 601).

De là, la conséquence tirée par certains auteurs mystiques : « Pour arriver dès ici-bas à la vie parfaite, il ne faut garder « aucun attachement coupable; si donc un père, une mère, « un époux ou une épouse, etc., sont morts notoirement « criminels et en état de péché mortel, il convient d'arracher « de son cœur tout souvenir d'eux, puisqu'ils sont haïs per- « pétuellement de Dieu, et qu'on ne saurait ies aimer sans « impiété. »

Doctrine monstrueuse, destructive de toute idée familiale et bien différente des enseignements du spiritisme, qui fortifient l'esprit de famille, en nous montrant les liens qui relient ses membres, préexistants et persistants dans la vie de l'espace. Nulle âme n'est haïe de Dieu : l'Amour infini ne peut haïr. L'âme coupable expie, se rachète, se relève tôt ou tard, avec l'aide de ses sœurs plus avancées.

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en nous fournissant les moyens d'agir sur eux, d'améliorer leur sort, de préparer leur relèvement, le spiritisme fait cesser un antagonisme déplorable ; il rend impossible le retour des scènes de possession dont le passé est rempli. Il inspire à l'homme la seule attitude qui convienne envers les Esprits élevés qui sont ses maîtres et ses guides, envers les Esprits inférieurs, qui sont ses frères. Il le prépare à remplir dignement le rôle que lui impose la loi de solidarité et de charité qui relie tous les êtres.

On le voit, le spiritisme exerce dans tous les milieux son influence bienfaisante.

Dans Tespace, il améliore l'état des âmes arriérées, en permettant aux hommes éclairés de travailler à leur relèvement. Sur terre, il introduit dans Tordre social des éléments puissants de moralisation, de conciliation et de progrès» En faisant la lumière sur les obscurs problèmes de la vie, il offre un remède efficace aux utopies dangereuses, aux ambitions déréglées, aux théories dissolvantes. Il apaise les haines, calme les passions ardentes et rétablit la discipline morale, sans laquelle ne sauraient exister ni paix ni harmonie parmi les hommes.

Aux cris menaçants, aux revendications tumultueuses qui parfois s'élèvent des foules, aux appels à la vioknce, aux malédictions contre

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le sort, la voix des Esprits vient répondre : Hommes, rentrez en vous-mêmes, apprenez à vous connaître, à connaître les lois qui régissent les sociétés et les mondes. Vous parlez sans cesse de vos droits; apprenez que vous possédez uniquement ceux que vous confèrent votre valeur morale, votre degré d'avancement. N'enviez pas la richesse; elle impose de grands devoirs et de lourdes responsabilités. Ne recherchez pas la vie oisive et luxueuse ; le travail et la simplicité sont les meilleurs instruments de nos progrès et de notre bonheur à venir. Sachez que tout est réglé avec équité, que rien n'est laissé au hasard. La situation de l'homme ici-bas est celle qu'il s'est préparée lui-même. Supportez donc avec patience les maux nécessaires, par vous-mêmes choisis. La douleur est un moyen d'élévation ; la souffrance du présent répare les torts d'autrefois et enfante les félicités futures.

L'existence terrestre n'est qu'une page du grand livre de vie, un court passage reliant deux immensités, celle du passé à celle de l'avenir. Le globe que vous habitez est un simple point dans l'espace, un séjour inférieur, un lieu d'éducation, de préparation à des destinées plus hautes. Ne jugez donc pas, ne mesurez pas l'œuvre divine avec la règle étroite et dans le cercle borné du présent. Comprenez que la Jus-

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tice éternelle n'est pas la justice des hommes, elle ne peut être définie que par ses rapports avec l'ensemble de nos vies et Tuniversalité des mondes. Confiez-vous à la suprême Sagesse; remplissez le rôle qu'elle vous assigne et que, librement, vous avez accepté avant de naître. Travaillez avec courage et conscience à améliorer votre sort et celui de vos semblables ; éclairez votre intelligence ; développez votre raison et vos facultés. Plus votre tâche sera ardue, plus rapide sera votre avancement. La fortune et le plaisir ne sont que des entraves pour qui veut s'élever. On n'emporte de ce monde ni biens ni honneurs, mais seulement les qualités acquises et les perfectionnements réalisés; ce sont là les richesses impérissables contre lesquelles la niort ne peut rien.

Elevez vos regards au-dessus de la terre. Avec l'aide des Invisibles, de vos guides spirituels, dont les secours ne vous manqueront pas, si vous les appelez avec ferveur, avancez résolument dans le chemin de la vie. Aimez vos frères ; pratiquez envers tous la charité et la justice. Rappelez-vous que vous ne formez qu'une grande famille, issue de Dieu, et que, manquer à vos frères, c'est manquer à l'éternelle bonté de Dieu, notre Père commun ; c'est manquer à vous-mêmes qui ne faites qu'un avec eux dans la pensée créa-

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trice de Celui à qui nous devons tout. Car le seul bonheur, la seule harmonie possible ici-bas n'est réalisable que par l'union avec nos semblables, l'union par la pensée et par le cœur, tandis que, de la division, découlent tous les maux : le désordre, la confusion, la perle de tout ce qui constitue la force et la grandeur des sociétés.

On pose fréquemment cette question : Le spiritualisme moderne est-il une science ou une religion ?

Jusqu'ici, ces deux sillons tracés par l'esprit humain dans sa recherche séculaire de la vérité ont conduit à des résultats opposés, signe manifeste de l'état d'infériorité de la pensée comprimée, asservie, limitée dans son champ d'action. Mais, en poursuivant sa marche, un jour doit venir forcément — et ce jour est proche — où elle abordera un domaine commun à ces deux formes de l'idée; là, elles s'uniront, se fondront en une synthèse, en une conception de la vie et du monde qui embrassera le présent et le futur, et fixera les lois de la destinée.

Le spiritualisme moderne ou spiritualisme intégral sera le terrain où ce rapprochement s'effectuera. Aucune autre doctrine ne peut four-

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nir à rhumanité cette conception générale qui, depuis les bas-fonds de la vie inférieure, élève la pensée jusqu'aux sommets de la création, jusqu'à Dieu, et relie tous les êtres dans une chaîne sans fin.

Lorsque cette conception aura pénétré dans les âmes, lorsqu'elle sera devenue le principe de l'éducation, l'aliment intellectuel, le pain de vie de tous les enfants des hommes, il n'y aura plus possibilité de séparer la science de la religion, et encore moins de combattre Tune au nom de l'autre. Alors, la science, confinée jusqu'ici dans le cercle de la vie terrestre et du monde matériel, aura reconnu l'invisible et soulevé le voile qui cache la vie fluidique ; elle aura sondé l'Au-delà pour en déterminer les formes et en préciser les lois. Et l'existence future, l'ascension de l'âme en ses demeures innombrables, ne sera plus une hypothèse, une spéculation dénuée de preuves ; ce sera la réalité vivante et agissante.

Il ne sera pas possible de combattre la religion au nom de la science, parce que la religion ne sera plus le dogme étroit, exclusif, le culte matériel que nous aurons connu; elle sera le couronnement de toutes les conquêtes, de toutes les aspirations de l'esprit humain; ce sera l'élan de la pensée qui s'appuie sur la certitude expérimentale, sur la constatation du monde invisible, sur

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îa possession de ses lois, et, forte de cette base solide, s'élève vers la Cause des causes, vers Tlntelligence souveraine qui préside à l'ordre de Funivers, pour la bénir de lui avoir donné la possibilité de pénétrer ses œuvres et de s'y associer.

Alors, chacun comprendra que science et religion n'étaient que des mots nécessaires pour désigner les tâtonnements de la pensée dans ses premiers essais enfantins, l'état transitoire de l'esprit dans son évolution vers le vrai. Et cet état se sera évanoui avec les ombres de l'ignorance, de la superstition, pour faire place à la Connaissance, la connaissance réelle de l'âme et -de son avenir, de l'univers et de ses lois, et, avec cette connaissance, viendront la lumière et la force, qui permettront enfin à l'âme humaine de prendre sa place légitime, et de jouer son véritable rôle dans l'œuvre de la création.

La science s'est toujours glorifiée de ses conquêtes, et son orgueil est justifié. Cependant, incomplète et changeante, elle n'est que l'ensemble des conceptions d'un siècle, que la science du siècle suivant dépasse et submerge. Malgré leurs négations aveugles et leur obstination étroite, chaque jour, les savants se voient démentis sur quelque point. Les théories péniblement échafaudées s'écroulent pour faire place à d'autres théories. A travers la succession des temps,

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la pensée se déroule et avance ; mais, dans sa marche, que d'hésitations, que de périodes d'éclipsé et même de recul !

C'est en considérant les préjugés et les routines de la science, que certains écrivains se sont élevés contre elle avec véhémence et l'ont accusée d'impuissance et d'avortement. C'était une accusation injuste. Comme nous l'avons démontré, la « banqueroute » n'a atteint que les systèmes matérialistes et positivistes. Dans le sens opposé, la théologie et la scolastique, en poussant les esprits au mysticisme, avaient provoqué une réaction inévitable.

Le mysticisme et le matérialisme ont fait leur temps. L'avenir appartient à la science nouvelle, à la science psychique qui étudie tous les phénomènes, en recherche les causes, reconnaît l'existence d'un monde invisible, et, de toutes les analyses qu'elle possède, réalisera une magnifique synthèse de la vie et de l'univers, pour en répandre la connaissance dans l'humanité.

Elle détruira la notion du surnaturel, mais elle ouvrira aux recherches des domaines inconnus de la nature, qui recèlent d'inépuisables richesses.

C'est sous l'influence du spiritualisme expérimental que cette évolution scientifique se produit déjà. C'est à lui, quoi qu'on dise, que la science

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nouvelle doit la vie, car, sans l'impulsion qu'il a donnée à la pensée, cette science serait encore à naître.

Le spiritisme apporte à chaque science les éléments d'une véritable rénovation. Par la constatation des phénomènes, il conduit la physique à la découverte des formes subtiles de la matière. Il éclaire tous les problèmes de la physiologie par la connaissance du corps fluidique. Sans l'existence de celui-ci, il était impossible d'expliquer le groupement, dans la forme organique, sur un plan déterminé, des molécules innombrables qui constituent notre enveloppe terrestre, pas plus que la conservation de l'individualité et celle de la mémoire, à travers les mutations constantes du corps humain.

Grâce au spiritisme, la psychologie n'est plus arrêtée par tant de questions obscures, et particulièrement par celle des personnalités multiples qui se succèdent sans se connaître chez le même individu. Les expériences spirites fournissent à la pathologie les moyens de guérir l'obsession, la possession, et les cas innombrables de folie et d'hallucination qui s'y rattachent. La pratique du magnétisme, l'utilisation des fluides curatifs révolutionne et transforme la thérapeutique.

Le spiritualisme intégral nous fait mieux comprendre l'évolution de la vie, en nous montrant

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son principe dans les progrès psychiques de Pêtre, qui construit et perfectionne lui-même ses formes à travers les temps.

Cette évolution, où nos vies terrestres ne sont qu'une phase transitoire^ de simples étapes de notre grand voyage ascensionnel à travers les mondes, vient confirmer les vues de l'astronomie, qui établit le peu d'importance de notre planète dans l'ensemble de l'univers, et conclut à l'habitabilité des autres terres de l'espace.

C'est ainsi que le spiritisme vient enrichir et féconder les domaines les plus divers de la pensée et de la science. Celle-ci s'était limitée à l'étude du monde sensible, du monde inférieur de la matière. Le spiritisme, en lui démontrant Texistence d'un monde fluidique, qui en est le prolongement, le complément, lui ouvre des horizons sans limites, prépare son développement et son essor. Et, comme ces deux mondes se relient et réagissent constamment l'un sur l'autre, la connaissance de l'un étant incomplète sans la connaissance de l'autre, le spiritisme, en les rapprochant, en les unissant, va rendre possibles l'explication des phénomènes de la vie et la solution des multiples problèmes, devant lesquels la science était restée jusqu'ici impuissante et muette. Il va enfin libérer l'humanité des systèmes étroits, des routines obstinées, pour la

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faire participer à la vie large, à la vie infinie.

L'œuvre est grande et imposante. Le nouveau spiritualisme y convie toutes les intelligences, tous les esprits généreux, toutes les âmes avides d'idéal et de lumière. Le champ d'action qu'il leur ouvre, les richesses qu'il leur apporte sont sans bornes. Savants, penseurs, artistes, poètes, tous ceux qui sont épris de science profonde, de beauté idéale, de divine harmonie, trouveront en lui une source inépuisable d'inspirations.

La doctrine des transmigrations, la magnifique épopée de la vie immortelle se déroulant à la surface des mondes, enfantera des chefs-d'œuvre qui surpasseront en grandeur les conceptions géniales du passé.

Cette action rénovatrice se fera également sentir sur les religions, bien que plus lentement, plus difficilement. Parmi les institutions humaines, il n'eu est pas, en effet, de plus réfractaires à toute réforme, à tout mouvement en avant ; cependant, comme toutes choses, elles sont soumises à la loi divine du progrès.

Dans le plan supérieur d'évolution, chaque symbole, chaque forme religieuse doit faire place à des conceptions plus hautes et plus pures. Le christianisme ne peut disparaître, car ses principes contiennent le germe de renaissances infinies; mais il doit dépouiller les formes

diverses revêtues au cours des âges, se régénérer aux sources de la révélation nouvelle, s'appuyer sur la science des faits et redevenir une foi vivante.

Aucune conception religieuse, aucune forme cultuelle n'est immuable. Un jour viendra où les dogmes et les cultes actuels iront rejoindre les débris des cultes antiques, mais l'idéal religieux ne périra pas; les préceptes de l'Evangile domineront toujours les consciences, comme la grande figure du Crucifié dominera le cours des siècles.

Dans une certaine mesure, les croyances, les religions diverses, prises dans leur ordre successif, peuvent être considérées comme les degrés que la pensée gravit dans son ascension vers des conceptions de plus en plus vastes de la vie future et de l'idéal divin. A ce point de vue, elles ont leur raison d'être, cependant il arrive toujours une heure où les plus parfaites deviennent insuffisantes, une heure où l'esprit humain, dans ses élans et ses aspirations, s'élève au delà du cercle des croyances usuelles, pour chercher une forme plus complète de la connaissance.

Alors il saisit l'enchaînement qui les relie toutes. Il comprend qu'elles se rattachent les unes aux autres par un fonds de principes communs, les vérités impérissables, tandis que tout ie reste : formes, rites, symboles, sont des choses

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changeantes, des accidents passagers de l'histoire.

Son attention se détachant de ces formes, de ces expressions religieuses, se porte vers l'avenir. Là, il voit s'élever au-dessus de tous les temples, au-dessus des religions exclusives, une religion plus vaste, qui les embrassera toutes, qui n'aura plus ni rites, ni dogmes, ni barrières, mais rendra témoignage aux faits et aux vérités universelles, une Église qui, au-dessus de toutes les sectes, de toutes les Eglises, étendra ses mains puissantes pour protéger et pour bénir. Il voit se dresser un temple où l'humanité entière, recueillie et prosternée, unira ses pensées et ses croyances dans une même communion d'amour, dans une même confession de foi, résumée en ces mots : Notre Père qui est aux cieux !

Telle sera la religion de l'avenir, la religion universelle. Elle ne sera pas une institution fermée, une orthodoxie régie par des règles étroites, mais une fusion des esprits et des cœurs. Le spiritualisme moderne, par le mouvement d'idées qu'il provoque, prépare son avènement. Son action croissante arrachera les Églises actuelles à leur immobilité, et les forcera à se tourner vers la lumière qui monte à l'horizon.

11 est vrai que, devant cette lumière, devant

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les profondeurs qu'elle éclaire^ beaucoup d'âmes attachées au passé tremblent encore et se sentent saisies de vertige. Elles craignent pour leur foi, pour leur idéal vieilli et chancelant; cette lumière si vive les éblouit. N'est-ce pas Satan ^ disent-elles, qui fait briller aux yeux des hommes un mirage trompeur? N'est-ce pas là l'œuvre de l'esprit du mal?

Rassurez-vous, pauvres âmes, il n'y a d'autre esprit du mal que l'ignorance. Ce rayon, c'est l'appel de Dieu; Dieu veut que vous vous rapprochiez de lui, que vous quittiez les régions obscures pour planer dans les sphères lumi« neuses.

Les Églises chrétiennes n'ont pas à s'alarmer de ce mouvement. La révélation nouvelle ne vient pas les détruire, mais les éclairer, les féconder^ les régénérer. Si elles savent la comprendre et l'accepter, elles y trouveront un secours inespéré contre le matérialisme qui bat sans cesse leurs assises de ses flots grondants ; elles y trouveront une nouvelle puissance de vie.

Avez-vous vu ces grottes ornées de stalactites et de blancs cristaux, et les galeries souterraines des mines de diamant? Toutes leurs richesses sont plongées dans l'ombre. Rien ne décèle leur splendeur cachée. Mais que la lumière y pénètre et aussitôt tout s'allume; les cristaux et le pré-

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ci eux minerai étincellent; les voûtes, les parois, tout resplendit de feux éblouissants.

Cette lumière, le nouveau spiritualisme l'apporte aux Églises. Sous ses rayons, toutes les richesses cachées de l'Evangile, tous les joyaux de la doctrine secrète du christianisme, enfouis sous l'épaisseur du dogme, toutes les vérités voilées sortent de la nuit des siècles, reparaissent dans leur éclat. Voilà ce que la révélation nouvelle vient offrir aux religions. C'est un secours du ciel, une résurrection des choses mortes et oubliées qu'elles renferment dans leur sein. C'est une floraison nouvelle de la pensée du Maître, embellie, enrichie, remise en lumière par les soins des Esprits célestes.

Les Eglises comprendront-elles cela? Sentiront-elles la puissance de la vérité qui se manifeste et la grandeur du rôle qu'il leur appartient •encore de jouer, si elles savent la reconnaître et se l'assimiler? Nous ne savons. Mais c'est en vain qu'elles voudraient la combattre^ entraver sa marche, arrêter son essor : « La volonté de « Dieuestlà, — disent les voixde l'espace, — ceux « qui s'élèveront contre elle seront brisés et dis- « persés. Nulle force humaine, nul dogme, nulle u persécution ne sauraient empêcher la dispensa- <( tionnouvelle, complément nécessaire deTensei- « gnementdu Christ, annoncée etdirigéepar lui.»

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Il a été dit : « Quand les temps seront venus, « je répandrai mon esprit sur toute chair; vos « fils et vos filles prophétiseront ; vos jeunes gens « auront des songes et vos vieillards auront des « visions. »

Cette époque est venue. L'évolution physique et le développement intellectuel de l'humanité fournissent aux Esprits supérieurs des instruments assez souples, des organismes assez affinés, pour leur permettre de manifester leur présence et de répandre leurs ' instructions. Tel est le sens de ces paroles.

Les puissances de l'espace sont à l'œuvre et, partout, leur action se fait sentir. Mais ces puissances, quelles sont-elles, me demandera-t-on ?

Membres et représentants des Eglises de ce monde, écoutez ceci et gravez-le dans votre mémoire :

Au-dessus de la terre, dans les vastes champs de l'espace, là vit, pense, agit, une Eglise invisible qui veille sur l'humanité. Elle est composée des apôtres, des disciples du Christ et de tous les génies des temps chrétiens. Près d'eux vous rencontreriez aussi les Esprits élevés de toutes les races, de toutes les religions, toutes les grandes âmes qui ont vécu en ce monde suivant la loi d'amour et de charité. Car les jugements du ciel ne sont pas les jugements de la

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terre. Dans les espaces éthérés, il n'est demandé compte aux âmes des hommes ni de leur race ni de leur religion, mais de leurs œuvres et du bien qu'elles ont réalisé.

C'est là l'Église universelle ; elle n'est pas limitée comme les Églises conventionnelles de la terre; elle réunit les Esprits de tous ceux qui ont souffert pour la vérité.

Ce sont ses décisions, inspirées par Dieu, qui régissent le monde; c'est sa volonté qui soulève, aux heures choisies, les grandes vagues de l'idée et pousse l'humanité vers le port, à travers les écueils et les orages. C'est elle qui dirige la marche du spiritualisme moderne et en protège le développement. Les Esprits qui la composent combattent pour lui; les uns, du sein de l'espace, en influençant ses défenseurs — car il n'y a pas de distances pour l'Esprit, dont la pensée vibre à travers l'infini ; — les autres, en descendant sur la terre, où parfois, revêtant eux-mêmes un corps de chair, ils renaissent au milieu des hommes pour remplir encore le rôle de missionnaires divins.

Dieu tient en réserve d'autres forces cachées, d'autres âmes d'élite pour Pheure de la rénovation. Cette heure sera annoncée par de grandes crises et des événements douloureux. Il faut que les sociétés souffrent; il faut que l'homme soit

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frappé pour rentrer en lui-même, sentir le peu qu'il est, ouvrir son cœur aux influences d'en haut.

La terre verra des jours sombres, des jours de deuil; des tempêtes éclateront. Pour que le blé germe, il faut les chutes de neige et la triste incubation de l'hiver. Des souffles violents viendront dissiper les brouillards de l'ignorance et les miasmes de la corruption.

Les tempêtes passeront ; le ciel bleu reparaîtra. L'œuvre divine s'épanouira dans une éclosion nouvelle. La foi renaîtra dans les âmes, et la pensée du Christ rayonnera de nouveau, plus éclatante, sur le monde régénéré.

CONCLUSION

L'observation des phénomènes spirites, d'une part, les enseignements des Esprits, de l'autre, nous ont dévoilé les vérités profondes qui forment la base du christianisme primitif et de toutes les grandes religions du passé. La lumière s'est faite sur des actes de la vie du Christ jusqu'ici enveloppés de mystère. En même temps, la pensée de Jésus s'est révélée tout entière; la grandeur de son œuvre nous est apparue.

Jésus n'est pas un fondateur de dogmes, un créateur de symboles : c'est l'initiateur du monde à la religion de l'amour, au culte du sentiment. D'autres ont appuyé la croyance sur Tidée de justice. La justice ne suffît pas; il faut la charité, l'amour des hommes, la patience, la douceur, la simplicité. C'est par là que le christianisme est supérieur et impérissable, et tous ceux qui aiment l'humanité peuvent se dire chrétiens^

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même quand ils se séparent de la tradition des Églises.

La religion de Jésus n'est pas exclusive. Elle unit toutes les âmes croyantes par un lien commun; elle relie tous les êtres qui pensent, sentent, aiment et souffrent, dans un même embrassement, dans une même communion d'amour. C'est la forme simple et sublime qui va droit au cœur, émeut et grandit l'homme, lui ouvre les routes sans fin de Pidéal. Cet idéal de fraternité et d'amour, il a fallu dix-huit siècles pour le faire comprendre^ pour le faire pénétrer dans la conscience de l'humanité. Il y est entré peu à peu, sous des formes souvent vagues et confuses, mais qui contiennent le germe de toutes les transformations sociales.

En affirmant le droit de tous à participer au « royaume de Dieu », c'est-à-dire à la vérité et à la lumière, Jésus a préparé la régénération de l'humanité; il a posé les jalons de la révélation future. Il a fait entrevoir à l'homme l'étendue de ses destinées, la possibilité de s'élever jusqu'aux sphères divines, par les chemins de l'épreuve et de la douleur, par les voies du travail et de la foi.

Le Christ a fait plus encore. Par les manifestations dont il était le centre et qui se continuèrent après sa mort, il avait rapproché deux

CONCLUSION

humanités, celle visible et celle invisible, humanités qui se pénètrent, se vivifient, se complètent l'une par l'autre. L'Eglise les a séparées de nouveau; elle a brisé la chaîne qui unissait les morts aux vivants. Réduite à ses propres inspirations, livrée à des courants d'opinions contraires, à tous les souffles des passions, elle n'a plus su discerner et interpréter la vérité. La pensée de Jésus s'est voilée ; l'ombre s'est faite sur le monde, cette ombre épaisse du moyen âge, dont l'influence pèse encore sur nous.

Mais, après des siècles de silence, le monde invisible s'ouvre de nouveau ; il s'éclaire, il s'ébranle jusque dans ses profondeurs. Les légions du Christ et le Christ lui-même sont à l'œuvre. L'heure de la nouvelle dispensation a sonné.

Cette dispensation, c'est le spiritualisme moderne. Le voici qui se dresse avec le faisceau de ses découvertes, avec la multitude de ses témoignages, avec l'enseignement de ses Esprits. Les colonnes du temple qu'il élève à la pensée montent peu à peu et s'exhaussent. Il y a trente ans^ ce n'était encore qu'une construction chétive. Et voyez ! c'est déjà un édifice moral, sous les voûtes duquel des millions d'âmes ont trouvé un asile au milieu des orages de la vie. La foule de ceux qui peinent et

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souffrent tourne vers lui ses regards. Tous ceux: pour qui l'existence est lourde, ceux qu'assiègent les noirs soucis, que guette la désespérance, y trouveront le soutien, la consolation. Ils y apprendront à lutter avec courage, à dédaigner la mort, à conquérir un avenir meilleur.

Les penseurs, les nobles esprits qui travaillent pour l'humanité, y puiseront les moyens de réaliser leur idéal de paix et d'harmonie. Car seule une foi puissante, une croyance forte, reliant les âmes, saura préparer l'harmonie universelle- On peut déjà prévoir que telle est la tâche du spiritualisme moderne. 11 a plus fait pour cela en cinquante ans que le catholicisme en plusieurs siècles. A l'heure présente, il est répandu sur tous les points du globe. Ses adeptes, dont le nombre ne se calcule plus, se saluent tous du nom de frères. Une littérature considérable, des centaines de journaux, de sociétés, de fédérations sont les manifestations de sa vie grandissante.

Fort de son passé lointain, qui est celui de l'humanité, sûr de son avenir, le spiritisme se dresse en face des doctrines sans bases et du scepticisme chancelant. Il avance avec résolution dans la voie ouverte, en dépit des obstacles et des oppositions intéressées, certain du triomphe final, parce qu'il a pour lui la science et la vérité !

CONCLUSION

Le spiritualisme intégral, redirons-nous en terminant, ne nous offre pas un système nouveau, venant s'ajouter à d'autres systèmes, ni un ensemble de théories vaines ; il nous apporte le véritable secret de nos destinées.

C'est un acte solennel du drame de l'évolution humaine qui commence, une révélation qui illumine à la fois les profondeurs du passé et celles de l'avenir, qui fait surgir de la poussière des siècles les croyances endormies, les anime d'une flamme nouvelle et les fait revivre en les complétant.

C'est un souffle puissant qui descend des espaces et court sur le monde; sous son action, toutes les grandes vérités se réveillent. Majestueuses, elles émergent de l'obscurité des âges, pour jouer le rôle que la pensée divine leur assigne. Les grandes choses se fortifient dans le recueillement et le silence. Dans l'oubli apparent des siècles, elles puisent des énergies nouvelles. Elles se replient sur elles-mêmes et se préparent aux tâches futures.

Au-dessus des ruines des temples, des civilisations éteintes et des empires écroulés, audessus du flux et du reflux des marées humaines,

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une voix puissante s'élève; et cette voix s'écrie : Les temps sont venus, les temps sont arrivés !

Des profondeurs étoiléeSjles Esprits descendent par légions sur la terre, pour combattre le comlDat de la lumière contre les ténèbres. Ce ne sont plus les hommes, ce ne sont plus les sages, les philosophes qui apportent une doctrine nouvelle. Ce sont les génies de l'espace qui viennent parmi nous et soufflent à notre pensée les enseignements appelés à régénérer le inonde. Ce sont les Esprits de Dieu ! Tous ceux qui possèdent le don de clairvoyance les aperçoivent, planant au-dessus de nous, se mêlant à nos travaux, luttant à nos côtés pour le rachat et l'ascension de l'âme humaine.

De grandes choses se préparent. Que les travailleurs de la pensée se lèvent, s'ils veulent participer à la mission offerte par Dieu à tous ceux qui aiment et servent la vérité.

NOTES COMPLÉMENTAIRES

; N'^ 1. — Sur l'autorité de la Bible

ET LES ORIGINES DE l'AnCIEN TESTAMENT.

Pour la plupart des Églises chrétiennes, la Bible est l'autorité suprême, les soixante-six livres qui composent l'Ancien et le Nouveau Testament étant l'expression de la « parole de Dieu ».

Nous, enfants curieux du vingtième siècle, nous nous demandons : Pourquoi précisément soixantesix livres ? pourquoi pas plus ou moins ?

Les livres de l'Ancien Testament ont été choisis, parmi beaucoup d'autres, par des rabbins juifs restés inconnus. La valeur de ces livres est d'ailleurs très inégale. Par exemple, le deuxième livre des Macchabées est de beaucoup supérieur à celui d'Esther ; le livre de la Sagesse surpasse VEcclésiaste.

Il en de même du Nouveau Testament, composé d'après une règle que les chrétiens du premier siècle ne connaissaient pas. L'Apocalypse a été écrite en l'an 68 après J.-C. Le quatrième Évangile

n'apparut qu'à la fin du premier siècle — certains disent en Tan i4o; — l'un et l'autre portent le nom de saint Jean; mais ces deux livres sont animés d'un esprit bien différent. Le premier est l'œuvre d'un chrétien juif; l'autre est écrit par un chrétien de l'école philosophique d'Alexandrie, qui, non seulement avait rompu avec la dogmatique juive, mais s'appliquait à la combattre.

On comprend facilement que les réformateurs protestants, en se basant sur ce principe que la Bible constitue la « parole de Dieu », se soient heurtés à des difficultés insurmontables. Ce sont eux surtout qui ont prêté à la Bible cette autorité absolue qui devait causer tant d'abus ; mais il ne faudrait pas les juger seulement d'après les résultats de la théologie qu'ils ont édifiée. Les nécessités du temps les contraignirent à opposer à l'autorité de l'Église romaine, à l'abus des indulgences, au culte des saints, aux œuvres mortes d'une religion où les vaines pratiques avaient remplacé la foi vivifiante, la souveraineté de Dieu et l'autorité de sa parole, exprimée par la Bible.

Malgré l'inégalité des éléments qui composent cet ouvrage, on n'en saurait contester la haute importance et l'inspiration parfois très élevée. Un examen rapide nous montrera cependant qu'il ne peut avoir l'origine qu'on lui attribue.

Genèse. — Si nous lisons avec attention les premiers chapitres de la Genèse, nous remarquerons qu'ils renferment deux récits distincts de la Créa-

NOTES COMPLÉMENTAIRES

tion. Les chapitres i et ii, v. i à 3, contiennent un premier exposé, mais au chapitre n, 4» un autre récit recommence ; ces deux récits nous révèlent la pensée de deux auteurs difï'érents. L'un, parlant de Dieu, l'appelle Elohim, c'est-à-dire « tes dieux ». D'après certains commentateurs, ce terme désignerait les forces, les êtres divins, les Esprits collaborateurs de rUnique. Cette opinion est confirmée par plusieurs passa^ " du livre sacré. « Voilà Adam « devenu comme l'un de nous », lit-on, par exemple, dans la Genèse (i). « Je suis le Jahveh de vos dieux », dit le Lévitique {2). Dans le livre de Daniel, en parlant de ce prophète, la femme de Balthasar assure qu'il possède l'esprit des dieux saints (3). Avec le pluriel Elohim, exprimant la collectivité, le verbe doit se mettre au singulier : les dieux créa, alors que ces forces parlant d'elles-mêmes, le verbe est au pluriel. « Elohim dit : Faisons l'homme à notre « image. » L'autre auteur de la Genèse se sert du nom de Jéhovah — Jahveh, d'après les orientalistes modernes — nom particulier du Dieu d'Israël. Cette différence est constante et se retrouve dans tout l'ouvrage, à tel point que les exégètes en sont arrivés à distinguer ces deux auteurs, les désignant sous les noms d'auteur Elohiste et d'auleur Jéhoviste.

Chacun d'eux a ses vues particulières. Le premier,

(1) Ch. m, 22.

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