‹ Christianisme & spiritisme [electronic resource]Chapitre 16 sur 18 · Sur l'authenticité des Évangiles · texte numérisé non relu

Sur l'authenticité des Évangiles

Un examen attentif des textes démontre qu'au milieu des discussions et des troubles qui ont agité le monde chrétien dans les premiers siècles, on n'a pas craint, pour se créer des arguments, de dénaturer les faits, de fausser le sens réel de l'Évangile. Celse, dès le deuxième siècle, dans le Discours véritable, faisait aux chrétiens le reproche de remanier sans cesse les Évangiles et d'effacer le lendemain ce qui avait été inséré la veille.

Beaucoup de faits semblent imaginaires et ajoutés après coup. Tels sont, par exemple, la naissance à Bethléem de Jésus de Nazareth, le massacre des Innocents, dont l'histoire ne fait aucune mention, la

fuite en Égypte, la double généalogie, en tant de points contradictoire, de Matthieu et de Luc.

Comment croire aussi à la tentation de Jésus, que l'Église admet dans ce même livre où elle croit trouver les preuves de sa divinité ? Satan entraîne Jésus sur la montagne et lui offre Tempire du monde s'il veut se soumettre à lui. Si Jésus est Dieu, Satan a-t-il pu rignorer, et s'il connaît sa nature divine, comment espère-t-il Finfluencer ?

La résurrection de Lazare, le plus grand des miracles de Jésus, est mentionnée seulement dans le quatrième Évangile, plus de 60 ans après la mort du Christ, alors que ses moindres guérisons sont citées par les trois premiers.

Avec le quatrième Évangile et Justin Martyr, la croyance chrétienne accomplit l'évolution qui consiste à substituer à l'idée d'un homme devenu divin, celle d'un être divin devenu homme.

Après la proclamation de la divinité du Christ, au quatrième siècle, après l'introduction dans le système ecclésiastique du dogme de la Trinité, au septième siècle, on modifia plusieurs passages du Nouveau Testament afin de leur faire exprimer les nouvelles doctrines (Voir Jean^ i, 5, 7). « Nous avons <( vu, dit Leblois (1), à la Bibliothèque nationale, à <( celle de Sainte-Geneviève, à celle du monastère de « Saint-Gall, des manuscrits où le dogme de la Tri-

(1) Les Bibles et les Initiateurs religieux de rhumaniîé, par Leblois, pasteur à Strasbourg.

CHRISTIANISME ET SPIRITISME

'( nilé n'esL qu'ajouté en marge. Plus tard, on l'interc< cala dans le texte, où il se trouve encore. »

No 4- — Sur le sens caché des Évangiles.

Parmi les Pères de FÉglise, plusieurs affirment que les Évangiles renferment un sens caché. Origène dit :

« Les Écritures sont de peu d'utilité pour ceux qui les « prennent commes elles ont été écrites. La source de << beaucoup de maux est dans le fait que l'on s'attache « à leur partie charnelle et extérieure. »

« Cherchons donc l'esprit et les fruits substantiels de « la Parole qui sont cachés et mystérieux. »

Le même dit encore :

« Il y a des choses qui sont rapportées comme étant « historiques, qui ne se sont jamais passées, et qui « étaient impossibles en tant que faits matériels, et <.< d'autres qui étaient possibles, mais ne se sont pas « passées. »

TertuUien et Denys TAréopagite parlent aussi d'un ésotérisme chrétien.

Saint Hilaire déclare à plusieurs reprises qu'il est nécessaire, pour l'intelligence des Évangiles, de leur supposer un sens caché, une interprétation spirituelle (i).

(1) Voir à ce sujet la préface des Bénédictins au commentaire de l'Évangile selon saint Matthieu. Œuvres de S. Hilaire, col. 599-600.

Saint Augustin abonde dans le même sens :

« Dans les œuvres et les miracles de notre Sauveur, il y a des mystères cachés qui ne peuvent s'interpréter « imprudemment et selon la lettre, sans que nous tom- « bions dans l'erreur et commettions de lourdes fautes. »

Saint Jérôme, dans son Épître à Paulin^ le déclare avec insistance :

« Prends garde, mon frère, au chemin que tu suivras « dans la sainte Écriture. Tout ce que nous lisons dans « la parole sainte est lumineux et rayonne aussi exté- « irieurement, mais la partie intérieure est encore plus « douce. Celui qui veut manger le noyau doit briser la « coquille. »

Sur ce même sujet, il s'éleva une vive discussion théologique entre Bossuet et Fénelon. Celui-ci affirmait qu'il existait un sens secret des Écritures, transmis seulement à des initiés, une gnose catholique fermée au vulgaire (i).

Toutes ces significations cachées, l'Église primitive en possédait le sens, mais elle le dissimulait avec soin; il s'est perdu peu à peu.

N° 5. — Sur la réincarnation.

Dans ses œuvres, l'historien juif Josèphe fait profession de sa foi en la réincarnation; il rapporte que c'était la croyance des Pharisiens. Le P. Didon le

(1) Voir Jules Bois, le Monde invisible^ p. 62.

confirme en ces termes, dans sa Vie de Jésus : « On ( croyait alors, dans le peuple (juif) et même dans les « écoles, au retour de l'âme des morts dans les vi- « vants. »

C'est ce qui explique en plusieurs cas les questions faites à Jésus par ses disciples.

Au sujet de l'aveugle-né, le Christ répond à une de ces interrogations :

« Ce n'est point qu'il ait péché, ni ceux qui l'ont mis « au monde, mais c'est afin que les œuvres de la puis- « sance de Dieu éclatent en lui. »

Les disciples croyaient qu'on pouvait avoir péché avant de naître, c'est-à-dire dans une vie antérieure. Jésus partage leur croyance, car, venu pour enseigner la vérité, il n'aurait pas manqué de rectifier cette opinion, si elle avait été erronée. Au contraire, il y répond en expliquant le cas qui les préoccupe.

Le savant bénédictin Dom Calmet s'exprime ainsi dans son Commentaire^ sur ce passage des Écritures :

« Plusieurs docteurs juifs croient que les âmes « d'Adam, d'Abraham, de Phinées, ont animé successi- « vement plusieurs hommes de leur nation. Il n'est donc « nullement étrange que les apôtres aient raisonné « comme ils semblent raisonner ici sur l'incommodité « de cet aveugle, et qu'ils aient cru que c'était lui qui, « par quelque péché secret, commis avant sa naissance, « s'était attiré cette disgrâce. »

Au sujet de l'entretien de Jésus avec Nicodème, un

NOTES COMPLÉMENTAIRES

pasteur de l'Église hollandaise nous écrit en ces termes :

«Il est clair que la réincarDalicn e&t la vc'iili bic naie- « sancepour une meilleure vie. C'est un acte Yoîonlaire € de l'esprit, et non le résultat exclusif du ccirmerœ « charnel des parents. Il résulte de la double résolution « de l'âme de prendre un corps matériel et de devehir « un homme meilleur. »

« Remarquons comme S. Jean (î, 13) nie ouyertement « la part des parents à la naissance de lïme, quand il « dit : Qui ne sent pas nés du sang, ni de la chair, ni « de la volonté de l'homme, mais de Dieu. »

« Tous ces points obscurs s'éclairent d'une vive € lumière, quand on les considère au point de vue « spirite. »

Dans i'entrelien de Jésus et de Nicodème, celui-ci, en entendant le Christ parler de renaissance, ne comprend pas comment elle peut se produire. Devant cette étroitesse d'esprit, Jésus est embarrassé. Sa pensée ne peut s'étendre ni prendre son essor. Pour lui, la réincarnation n'est que le premier chaînon d'une série de plus hautes vérités. Elle était déjà connue des hommes de ce temps. Et voilà un docteur en Israël qui n'y comprend rien I De là, l'apostrophe de Jésus : Comment, si vous ne comprenez pas les choses terrestres, pourrai-je vous expliquer les choses célestes, celles qui se rapportent à ma mission particulière I

De tous les Pères de l'Église, Origène est celui qui a affirmé, de la manière la plus précise, en de nom-

breux passages de ses Principes (livre 1"), la réincarnation ou renaissance des âmes. Sa Ihèse est celleci : « La justice du Créateur doit apparaître en toutes « choses. » Voici en quels termes l'abbé Bérault- Bercastel résume son opinion :

« D'après ce docteur de l'Église, l'inégalité des créa- « tures humaines n'est que l'effet de leur propre mérite, « parce que toutes les âmes ont été créées simples, « hbres, naïves et innocentes par leur ignorance même, « et toutes, par là aussi, absolument égales. Le plus « grand nombre tomba dans le péché, et, à proportion « de leurs fautes, elles furent renfermées dans des corps « plus ou moins grossiers, créés exprès pour leur ser- « vir de prison. De là, les traitements divers de la fa- € mille humaine. Mais, quelque grave que soit la chute, « elle n'entraîne jamais le retour de l'esprit coupable à « l'état de brute ; elle l'oblige seulement à recommen- « cer de nouvelles existences, soit ici-bas, soit dans « d'autres mondes, jusqu'à ce que, fatigué de souffrir, « il se soumette à la loi du progrès et s'améliore. Tous « les esprits sont sujets à passer du bien au mal et du « mal au bien. Les peines décernées parle Dieu Bon ne « sont que médicinales, et les démons eux-mêmes cesse- « ronl un jour d'être les ennemis du bien et Vobjet des « rigueurs de VÉiernel. » {Histoire de VÉglise, par l'abbé Bérault-Bercastel.)

Nous lisons dans F Apologétique de Tertullien :

« Si un chrétien déclare qu'il croit possible qu'un « homme renaisse dans un autre homme, le peuple « réclamera à grands cris qu'on le lapide. Et cepen- « dant, si l'on a pu croire à la métempsycose grossière,

NOTES COMPLÉMENTAIRES

« affirmant que les âmes humaines reviennent en divers « corps d'animaux, n'est-il pas plus digne d'admettre « qu'un homme ait pu être antérieurement un homme, « son âme ayant conservé ses qualités et facultés pré- « cédentes? »

Saint Jérôme, de son côté, affirme que la transmigration des âmes faisait partie des enseignements révélés à un certain nombre d'initiés.

Dans ses Confessions (i), saint Augustin nous dit :

« Mon enfance n'a-t-elle point succédé à un autre âge « mort avant elle?... Même avant ce tem.ps-là, ai-je été « quelque part? Étais-je quelqu'un? »

En établissant ce principe moral : « Selon la jus- « tice divine, il ne peut exister ici-bas de misérable « qui n'ait pas mérité son infortune, » ce Père de l'Église fait pressentir la raison des souffrances des enfants, la cause générale des épreuves endurées par l'humanité, ainsi que celle des défectuosités natives. La préexistence des âmes à celle des corps, et une ou plusieurs vies antérieures à l'existence terrestre, expliquent ces apparentes anomalies. De telle sorte, répétons-nous, que les peines, selon Origène, — qui partageait en ceci l'opinion de Platon, — seraient curatives de l'âme, répondant à la fois à la nécessité de la justice et de l'amour : la souffrance ne nous étant imposée que dans un but d'amélioration.

CHRISTIANISME ET SPIRITISME

N° 6. — Sur les relations des premiers chrétiens AVEC LES Esprits.

Dans la langue philosophique grecque, le moi démon [daïmon) était synonyme de génie ou d'esprit. Tel le démon de Socrate. On distinguait entre les bons et les méchants démons; Platon donne même à Dieu le nom de tout-puissant démon. Le christianisme a adopté ces termes en partie, mais il en a changé le sens (i). Aux bons démons, il a donné le nom à' anges, et les mauvais sont devenus les démons, sans adjectif. Le mot esprit (pneuma) est resté l'expression usitée pour désigner une intelligence privée de corps charnel.

Ce mot pneuma, S. Jérôme l'a traduit par spiritusy reconnaissant avec les Évangélistes qu'il y a de bons et de mauvais esprits. L'idée de diviniser l'Espril n*est venue qu'au deuxième siècle. C'est seulement après la Vulgate que le mot sanctus fut constamment accolé au mot spiritus, cette combinaison ne réussissant, la plupart du temps, qu'à rendre le sens plus obscur et parfois même inintelligible. Les traducteurs français des livres canoniques ont encore surenchéri sur ce point et contribué à dénaturer \& sens primitif. En voici un exemple parmi beaucoupd'autres : on lit dans Luc (ch. xi, texte grec) :

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