‹ Christianisme & spiritisme [electronic resource]Chapitre 18 sur 18 · Les phénomènes spirites dans la Bible · texte numérisé non relu

Les phénomènes spirites dans la Bible

On a beaucoup insisté sur les défenses de Moïse contenues dans VExode^ le Léviiique, le Deiiteronome. C'est en s'inspirant de ces défenses que certains théologiens condamnent l'étude et la pratique des faits spirites. Mais, ceux que Moïse condamne, ce sont les magiciens, les devins, les augures, en un mot tout ce qui constitue la magie, et c'est ce que fait le spiritualisme moderne lui-même. Ces pratiques faussaient la conscience du peuple, brisaient son initiative ; elles obscurcissaient en lui l'idée divine, en affaiblissant la foi en cet Être suprême et tout-puissant que le peuple hébreu avait mission de proclamer. Aussi les prophètes ne cessent-ils de le mettre en garde contre les « enchantements et les sortilèges » qui le perdent (2) .

Les interdictions de Moïse et des prophètes n'avaient qu'un but : préserver les Hébreux de l'idolâtrie des peuples voisins. Peut-être aussi ne visaientelles que l'abus, le mauvais usage des évocations, car, malgré ces prohibitions, les phénomènes spirites abondent dans la Bible. Le rôle des voyants.

(1) Voir Annales des Sciences psychiques, février 1906, p. 120.

(2) Voir par exemple : jÉsaïe, xlvii, 12-15.

des oracles, des pylhonisses, des inspirés de tout ordre y est considérable. N'y voyons-nous pas Daniel, par exemple, y provoquer par la prière des faits médianimiques ? (Daniel, ix, 21.) Le livre qui porte son nom est cependant considéré comme inspiré.

Comment les défenses de Moïse pourraient-elles servir d'argument aux croyants de nos jours, alors que, pendant les trois premiers siècles de notre ère, les chrétiens n'y ont vu aucun obstacle à leurs relations avec le monde invisible?

Saint Jean disait: « Ne croyez pas à tout Esprit, « mais éprouvez les Esprits pour savoir s'ils viennent « de Dieu. » (I, Jean, iv, 1.) Ce n'est pas là une prohibition, au contraire.

Les Hébreux, dont la croyance générale était que l'âme de l'homme, après la mort, se rend au scheol pour n'en plus sortir (t/06, x, 21, 22), n'hésitaient pas à attribuer à Dieu même toutes ces manifestations. Dieu intervient à chaque instant dans la Bible, et parfois même dans des circonstances peu dignes de lui.

Il était d'usage de consulter les voyants sur tous les faits de la vie intime, sur les objets perdus, les alliances, les entreprises de tout ordre. On lit dans I, Samuel, ix, 9:

« Jadis, lorsqu'on allait consulter Dieu, on disait: « Venez, allons trouver le voyant ! — Car ceux qu'on « appelle aujourd'hui prophètes, on les appelait « voyants. »

Le grand prêtre lui-même rendait des jugements ou oracles au moyen d'un objet d'une nature restée inconnue, nommé urim^ placé sur sa poitrine {Exode ^ XXVIII, 3o. — Nombres, xxvn, 21).

Par une contradiction singulière chez ceux qui niaient les manifestations des âmes, on en venait parfois à évoquer les morts, admettant ainsi les faits après avoir nié la cause qui les produisait. C'est ainsi que Saiil évoque TEsprit de Samuel chez la pythonisse d'Endor (I, Samuel, xxvm, 7-14) (1).

Il résulte de ces récits que, malgré l'absence de toute notion sur Fâme et la vie future, malgré les défenses de Moïse, certains parmi les Hébreux croyaient à la survivance et à la possibilité de communiquer avec les morts. De là à expliquer l'inégalité d'inspiration des prophètes et leurs fréquentes erreurs par l'inspiration d'Esprits plus ou moins éclairés, il n'y avait qu'un pas. Comment les auteurs juifs ne l'ont-ils pas franchi ? Il n'y a cependant pas d'autre explication. Dieu étant la sagesse infinie, il n'est pas possible de considérer comme venant de lui, une doctrine qui néghge de fixer l'homme sur un point aussi essentiel que ses destinées d'outre-tombe ; tandis que les Esprits ne sont que les âmes des hommes désincarnés, plus ou moins pures et éclairées, et ne possédant sur toute chose qu'un savoir limité. Leur inspiration, s'étendant sur les prophètes, devait nécessairement se traduire par des enseigne-

(1) Voir aussi le fantôme du Livre de Job, iv, 13-16.

NOTES COMPLÉMENTAIRES

ment tantôt puissants et éleyés, tantôt vulgaires et entachés d'erreurs.

Dans bien des cas même, ils durent tenir compte, dans leurs révélations, des nécessités du temps et de l'état arriéré du peuple auquel ils s'adressaient.

Peu à peu, les croyances des Juifs s'élargirent et se complétèrent, au contact d'autres peuples plus avancés en civilisation. L'idée de la survivance et des existences successives de l'âme pénétra de l'Égypte et de l'Inde jusqu'en Judée. Les Saducéens reprochaient aux Pharisiens d'avoir emprunté aux Orientaux la croyance aux vies renaissantes de l'âme. Ce fait est affirmé par l'historien Josèphe (Antiq. Jud., 1. XVIIl). Les Esséniens et les Thérapeutes professaient, la même doctrine. Peut-être même existait-il, dès cette époque, en Judée, comme cela est prouvé plus tard, à côté de la doctrine officielle, une doctrine secrète, plus complète, réservée aux intelligences d'élite (i).

Quoi qu'il en soit, revenons aux faits spirites mentionnés dans la Bible et qui établissent les relations des Hébreux avec les Esprits des morts, dans des conditions analogues à celles que nous observons aujourd'hui.

Comme de nos jours, leurs médiums, qu'ils appelaient prophètes, étaient reconnus tels à cause d'une faculté spéciale (Nombres, xii, 6), parfois latente et exigeant un développement particulier, semblable à

(1) Voir Après la mort, chap. I".

CHRISTIANISME ET SPIRITISME

celui usité encore dans les groupes spirites, ainsi que nous le voyons pour Josué, que Moïse « instruit » par rimposition des mains (Nombres, xxvii, i5-23). Ce fait se retrouve maintes fois dans l'histoire des apôtres.

Semblable à celle de nos médiums, la lucidité des prophètes était intermittente. « Les prophètes les « plus éclairés », — dit Le Maistre de Sacy dans son commentaire du livre I des Bois, — « n'ont pas tou- « jours la faculté entraînante dans la prophétie. » (Voir aussi Ësaïe, xxix, lo.)

De même qu'aujourd'hui, les rapports médianimiques tardaient parfois à s'établir : Jérémie attend dix jours une réponse à sa supplication (/er., xlii, 7).

D'autres exploitaient leur prétendue lucidité pour en faire métier et marchandise. Nous lisons dans Ezéchiel, xiii, 2, 3, 6 :

« Fils de l'homme, prophétise contre les prophètes « d'Israèl qui prophétisent selon leur propre cœur : « Malheur aux prophètes insensés qui n'entendent que « la voix de leur propre esprit!... Ils ont des visions de « vanité et des divinations de mensonge, faisant parler « l'Éternel qui ne les a point envoyés. Ils donnent des « espérances que l'événement ne réalise point ! » (Voir aussi Michée, m, 11, et Jér., v, 31.)

Dans l'antiquité juive, on avait souvent recours à la musique pour favoriser la pratique de la médiumnité. Elisée demande un joueur de harpe pour pouvoir prophétiser (II, Bois, m, i5), et l'obscurité était

NOTES COMPLÉMENTAIRES

regardée comme propice à cet ordre de phénomènes.

« L'Éternel veut habiter dans l'obscurité, » dit Salomon, parlant du lieu saint, lors de la dédicace du Temple (II, Chron.^ vi, i), et c'est en effet dans le sanctuaire qu'ont lieu souvent les manifestations : la « nuée » s'y montre (II, Chron., v, i3, i4), et Zacharie y voit lange qui lui prédit la naissance de son fils (Lac, I, 10 et suiv.).

La musique était appelée également à calmer les personnes en proie à quelque mauvais Esprit, ainsi que nous le voyons pour Saûl que soulageait la harpe du jeune David (1, Samuel^ xvi, i4-23).

Appréciant à sa valeur le don de la médiumnité, on s'apphquait, alors comme aujourd'hui, à la faire naître; seulement, ce qui se fait actuellement en petit parmi les spirites, se pratiquait jadis sur une plus grande échelle. Déjà Moïse, ce grand initié, avait communiqué, au désert, le don de prophétie à soix£^nte-dix anciens d'Israël {Nombres, xi), et plus tard, en Judée, on comptait plusieurs écoles de prophètes, autrement dit : de médiums, à Béthel, Jéricho, Galgala, etc.

La vie qu'on y menait, toute de recueillement, de prière, de méditation, prédisposait aux influences spirituelles. Certains prophètes prédisaient l'avenir; les autres, parlant au peuple par inspiration, réchauffaient son zèle religieux et l'exhortaient à une vie morale.

Les expressions dont ils se servaient pour indiquer leur envahissement par l'Esprit, rappellent la manière

CHRISTIANISME ET SPIRITISME

dont ces phénomènes continuent à se produire de nos jours. « Le fardeau, ou le Verbe, du Seigneur est « sur moi, disent-ils. La main du Seigneur est tombée « sur moi. L'Esprit du Seigneur est entré en moi. J'ai « vu et voici ce que dit le Seigneur. » Rappelons qu'à cette époque, on considérait toute inspiration comme provenant directement de la Divinité. « L'Esprit se « précipite sur lui », dit encore l'Écriture au sujet de Samson, dont la médiumnité avait pour caractéristique l'impétuosilé. [Juges, xv, 14.)

Quant aux phénomènes eux-mêmes, un examen tant soit peu attentif des récits bibliques, nous prouvera qu'ils étaient de même nature que ceux obtenus aujourd'hui.

Passons-les rapidement en revue, en commençant par ceux ^qui, ayant les premiers, de nos jours, appelé l'attention sur le monde invisible, symbolisent encore, aux yeux de certains observateurs très superficiels ou peu initiés, le fait spirite lui-même : nous voulons parler des mouvements d'objets sans contact. La Bible (II, i?o/s, vi, 6) nous raconte qu'Elisée fait revenir à la surface, en jetant un morceau de bois dans l'eau, un morceau de fer qui y était tombé.

Pour la lévitation, ce même Elisée, transporté « vers les exilés qui demeuraient près du fleuve du « Kebar » {Ez. , m, i4, i5) ; Philippe, qui disparaît subitement aux yeux de l'Éthiopien et se retrouve à Azoth [Actes, vin, 89, 4o), en sont des exemples remarquables. On peut citer, à propos d'écriture médianimique, celui des Tables de la Loi (Exode^

NOTES COMPLÉMENTAIRES

XXXII, i5, 16; XXXIV, 28). Toutes les circonstances dans lesquelles ces tables furent obtenues prouvent surabondamment l'intervention du monde invisible.

Non moins probante est l'inscription tracée par une main matérialisée, sur un mur du palais pendant un festin que donnait le roi Balthazar {Daniel, ch. v).

On pourrait considérer comme phénomènes d'apport la manne qui nourrit les Israélites pendant leur marche vers Canaan, le pain et le vase d'eau, placés auprès d'Élie à son réveil, lors de sa fuite au désert (I, Rois, XIX, 5, 6), etc.

Tous les phénomènes lumineux observés aujourd'hui ont également leurs parallèles dans la Bible, depuis le rayonnement périsprital constaté chez Moïse [Ex.^ XXXIV, 29, 3o) et le Christ (Transfiguration), la production de lumières (-4c^es, 11, 3, etix,3), jusqu'aux apparitions complètes qui ne se comptent pas dans la Bible, tant elles sont fréquentes (1).

La médiumnité auditive a de nombreux représentants en Judée : les appels réitérés adressés au jeune Samuel (I, Sam., ch. m), la voix qui parle à Moïse {Exode, XIX, 19), celle qui se fait entendre au moment du baptême du Christ (Luc, m, 22), comme celle qui le glorifie un peu avant sa mort {Jean, xii, 28), sont autant de faits spirites.

Les cures magnétiques sont innombrables. Tantôt

(1) Voir, entre autres faits, dans le II* livre des Macchabées, l'apparition du prophète Jérémie et du grand prêtre Onias à Judas Macchabée.

CHRISTIANISME Eï SPIRITISME

la prière et la foi soutiennent Faction fluidique, comme dans le cas de la fille de Jaïre {Luc, viii, 4i) 42, 49-56) : tantôt la force magnétique intervient seule, à l'insu de la volonté {Marc, v, 25-34) ; ou bien encorelaguérison s'obtient par l'imposition des mains, ou au moyen d'objets magnétisés (Actes, xix, 11-12).

La médiumnité au verre d'eau se retrouve également dans ces récits antiques. Qu'est-ce, en effet, que la coupe dont Joseph se servait {Genèse, XLiv, 5) « pour deviner », sinon le vulgaire verre d'eau ou la boule de cristal, ou tout autre objet présentant une surface polie, où les médiums actuels voient se dessiner des tableaux qu'ils sont seuls à percevoir ?

Dans la Bible, on peut constater encore des cas de clairvoyance, comprenant, alors comme aujourd'hui, songes, intuitions, pressentiments, formes ou dérivés de la médiumnité qui, de tout temps, ont été fort nombreux et se reproduisent sous nos yeux.

Disons encore un mot de l'inspiration, cet afflux de hautes pensées qui nous vient de l'Au-delà, et donne à nos paroles quelque chose de surhumain. Moïse, chez qui se rencontrent tous les genres de médiumnité, chante en différents endroits des cantiques inspirés à l'Éternel, tel celui du chapitre xxxii du Deutéronome.

Un cas remarquable, noté dans les Écritures, est celui de Balaam. Ce mage chaldéen cède aux sollicitations réitérées du roi de Moab, Balak, et vient du fond de la Mésopotamie pour maudire les Israélites.

NOTES COMPLÉMENTAIRES

Sous l'influence de Jéhovah,il est contraint, à maintes reprises, de célébrer et de bénir ce peuple, au désappointement croissant de Balak (i).

Les hommes de Judée, ces prophètes à Tâme ardente, ont, eux aussi, éprouvé les bienfaits de l'inspiration, et c'est grâce à ce don, à ce souffle qui anime leurs discours, que l'antique Bible hébraïque doit d'avoir été longtemps considérée comme le produit d'une révélation divine. On a voulu ignorer les taches nombreuses qui s'y découvrent aux yeux d'un observateur non prévenu, l'insuffisance, la puérilité des conseils ou des renseignements demandés à Dieu (Ge/2., xxv, 22; I, Sam., ix, 6; II, Bois^ i, 2; I, Sam., XXX, 1-8), alors qu'on nous ferait avec raison un reproche de traiter de ces choses dans les groupes spirites. On oublie les cruautés approuvées, voire même commandées par Jéhovah, les détails scabreux, enfin tout ce qui, dans ce livre, nous révolte ou mérite notre blâme, pour n'y voir que les beautés morales qu'il renferme, et surtout l'expression d'une foi vivante et passionnée qui attend le règne de la justice, sinon pour la génération présente, que l'espoir seul console et soutient, du moins pour celles à venir.

N'^ 8. — Sur lé sens attribué aux mots dieux ET démons.

Toute l'antiquité a admis l'existence des dieux ^ mot par lequel elle entendait les Esprits purs et éle-

(1) Nombres, xxii, xxin, xxiv.

CHRISTIANISME ET SPIRITISME

vés, et des demi-dieux ou héros, comme par les mots démons ou génies, elle entendait les Esprits en général.

Les chrétiens, eux-mêmes, se servaient de ces appellations.

Saint Paul dit (I, Corinthiens, viii, 5, 6) :

« Car, encore qu'il y en ait qui soient appelés dieux, « soit au ciel, soit sur la terre, nous n'avons pourtant « qu'un seul Dieu, qui est le Père, duquel sont toutes « choses. »

Dans ses Commentaires sur saint Jean (liv. II, n° 2), Origène dit :

« Le Dieu éternel a droit à plus d'hommages; seul il « a droit à l'adoration véritable et non les autres dieux « qui vivent avec lui et sont ses ministres et ses subor- « donnés, étant lui-même leur Dieu et leur Créateur. »

Saint Augustin dit {De Civitate Dei^ l.VIII,c.xxiv) :

« Les démons (mauvais esprits) ne peuvent être amis « des dieux pleins de bonté que nous nommons les « saints anges. »

C'est dans le même sens, que saint ; Justin, dans son Discours aux Grecs, n° 5, dit :

« En suivant bien la foi, nous pouvons « devenir « des dieux », et saint Irénée [Contra hœreses, 1. IV, ch. xxxviii) : « Nous ne sommes encore que des « hommes, mais un jour nous serons des dieux. »

Le même saint Justin {Apotogétique, I, i8j (édition

NOTES COMPLÉMENTAIRES

des Bénédictins de 1742, p. 54), écrit ceci, au sujet des manifestations des morts :

« La nécromancie, les évocations des âmes hu- « maines... vous démontreront que les âmes, même « après la mort, sont douées de sentiment; ceux qui « sont possédés par les esprits des morts sont appelés « par tous démoniaques et furieux [et qui ah anima- « bus mortuorum correpti projiciuntur, dœmoniaci et « furiosi ab omnibus appellati). » Voici comment, au dix-septième siècle, P. Fondet, couvert par l'approbation des plus éminents docteurs ecclésiastiques de la Sorbonne, traduisait, ou plutôt dénaturait ce même passage : «... et ces pauvres malheureux que les « esprits des morts saisissent, renversent par terre, et « tourmentent, comme vous sçavez, en plusieurs ma- « nières, et qui, communément, sont appelés furieux, « maniaques et agités par les démons » . Il est vrai que, dans sa préface, ledit traducteur avait pris soin d'avertir ses lecteurs que, dans saint Justin « il se « rencontre en certains endroits plusieurs choses assez « obscures, particulièrement touchant les démons, « dont l'auteur écrit selon les opinions de son temps, « qui n'ont pas eu de suite dans FÉglise, et qui ne fe- « roient maintenant qu'embarrasser les esprits. Il s'en «• pourra même remarquer dans cette apologie quel- « ques légères traces, que l'on a pourtant pris soin « d'adoucir autant qu'on l'a pu, sans blesser la fidélité <( delà version il) ». (P. Fondet, Seconde Apologie de saint Justin^ p. 48 et préface; Paris, Savreux, 1670.)

CHRISTIANISME ET SPIRITISME

Nous renvoyons aussi à Tertullien, Apologétique y cliap. XXIII.

N° 9, — Sur le Périsprit ou corps subtil ; opinion DES Pères de l'Église.

Aux citations contenues dans notre étude sur la résurrection des morts (chap. vn), nous ajouterons les opinions de quelques Pères de l'Église.

Tertullien déclare que la corporalité de Tâme est affirmée par les Évangiles : « Corporalitas animas in « ipso Evangelio relucescit », car, — ajoute-t-il — si Tâme n'avait pas un corps, « l'image de l'âme n'aurait « pas l'image du corps ». (Traité Z)e ««/ma, chap. vn, vin et IX, édition de 1657, p. 8.)

Saint Basile parle du corps spirituel comme l'avait fait Tertullien. Dans son traité du Saint-Esprit, il assure que les anges se rendent visibles par les espèces de leur propre corps, en apparaissant à ceux qui en sont dignes. (Saint Basile, Liber de Spiritu sancio, chap. xvi, édit. bénédict. de 1780, t. III,

Cette doctrine était aussi celle de saint Grégoire, de saint Cyrille d'Alexandrie et de saint Ambroise. Ce dernier s'exprime ainsi :

« Ne nous imaginons pas qu'aucun être soit exempt « de matière dans sa composition, à l'unique exception « de la substance de l'adorable Trinité. » {Abraham, lib. II, § 58 ; édit. bénédict. de 1686, t. I, col. 338.)

NOTES COMPLÉMENTAIRES

Saint Cyrille de Jérusalem écrit ceci :

« Le nom d'esprit est un nom générique et commun ; « tout ce qui n'a pas un corps épais et lourd est, d'une « façon générale, appelé esprit. » {Catechesis, XVI, édit. bénédict. de 4720, pp. 251, 252.)

« En d'autres passages, saint Cyrille attribue, soit aux anges, soit aux démons, soit aux âmes des défunts, des corps plus subtils que le corps terrestre : Cat. XII, parag. i4; Cat. XVIII, parag. 19. » (Ouvrage cité, p. 262. Note du bénédictin domA. Toutée.)

Evode, évêque d'Uzale, écrit en 4i4 à saint Augustin pour l'interroger sur la nature et la cause d'apparitions dont il lui donne plusieurs exemples, et pour lui demander si, après la mort :

« Quand l'âme a quitté ce corps grossier et terrestre, « cette substance incorporelle ne demeure point unie à « quelque autre corps non composé des quatre élé- « ments comme celui-ci, mais plus subtil, et qui tienne < de la nature de l'air ou de l'éther ? »

Et il termine ainsi sa lettre :

« Je crois donc que l'âme ne saurait être sans quel- « que corps. » {Œuvres de saint Augustin, édit. bénédictine de 1679, t. II, lettre 158, col. 560 et suiv.)

Voir aussi la lettre de saint Augustin à Nébride, écrite vers 890, où l'évêque d'Hippone s'exprime ainsi :

« Il est nécessaire que tu te rappelles que souvent « nous avons agité, dans des discussions qui nous lais-

CHRISTIANISME ET SPIRITISME

« saient tout hors d'haleine et tout échauffés, cette « question de savoir si Fâme n'a point à demeure « quelque espèce de corps, ou quelque chose d'ana- « logue à un corps, que certains, comme tu le sais,

< appellent son «véhicule.» (Saint Augustin, op. cit., t. II, lettre 14, col. 16 et 17.)

Saint Bernard dit :

« Nous attribuerons donc en toute assurance, à Dieu •« seul, la vraie incorporalité, ainsi que la vraie immor- « talité ; parce que, seul des esprits, il dépasse toute la

< nature corporelle, assez pour qu'il n'ait besoin du « secours d'aucun corps pour aucun travail, puisque

sa volonté spirituelle, seule, lorsqu'il l'exerce, lui

< permet de tout faire... » {Sermo VI in Cantica, édit. Mabillon, t. I, col. 1277.)

Enfin, saint Jean de Thessalonique résume la question en ces termes, dans sa déclaration au deuxième "Concile de Nicée (787), lequel adopta ses vues :

€ Sur les anges, les archanges et sur les puissances, « et j'ajoute aussi sur les âmes, l'Église décide que ces « êtres sont à la vérité spirituels, mais non complète- « ment privés de corps, et doués au contraire d'un « corps ténu, aérien, ou igné. Nous savons que c'est

ainsi que beaucoup de saints Pères ont pensé, parmi « lesquels Basile, surnommé le grand, le bienheureux

< Athanase, et Méthodius, et ceux qui sont placés au-

< près d'eux. Il n'y a que Dieu seul qui soit incorpo- « rel et sans forme. Quant aux créatures spirituelles, « elles ne sont nullement incorporelles. » (Hist. universelle de V Église catholique, par l'abbé Bohrbacher, docteur en théologie, t. XI, pp. 209, 210.)

NOTES COMPLÉMENTAIRES

Un concile, tenu à Vienne, en Dauphiné, le 3 avril i3i2, sous Clément V, déclara hérétiques ceux qui n'admettraient point la matérialité de l'âme. {Le Spiritualisme dans r histoire, par M. Rossi de Giusti-

NIANI.)

Nous avons cru devoir rappeler ces opinions, parce qu'elles constituent autant d'affirmations en faveur de l'existence du périsprit. Celui-ci n'est autre chose, en réalité, que ce corps subtil, enveloppe inséparable de l'âme, indestructible comme elle, entrevu par les autorités ecclésiastiques de tous les temps.

Ces affirmations sont complétées par les témoignages de la science actuelle. Les enquêtes successives de la Société des recherches psychiques, de Londres, ont établi seize cents cas d'apparitions de « fantômes » des vivants et des morts. L'existence du périsprit est prouvée, en outre, par de nombreux moulages de mains et de visages fluidiques matérialisés; par les phénomènes d'extériorisation et de dédoublement de vivants ; par la vision des médiums et somnambules ; par des photographies de défunts, en un mot par un imposant ensemble de faits dûment constatés (i). (Voir note n" 12.)

Certains écrivains catholiques confondent volontiers Faction du périsprit et ses manifestations après la séparation du corps humain avec Tidée de la

(1) Voir A. DE Rochas, Extériorisation de la Sensibilité ; Extériorisation de la Motricité. — G. Delanne, Apparitions matérialisées des vivants et des morts. — H. Durville, le Fantôme des vivants.

CHRISTIANISME ET SPIRITISME

« résurrection de la chair ». Nous avons déjà fait remarquer que cette expression se rencontre peu dans les Écritures. On y trouve plutôt celle de « résurrection des morts ». (Voir, par exemple, I, Cor., xv, i5 et suiv.)

La résurrection de la chair est rendue impossible par ce fait que les molécules composant notre corps actuel ont appartenu dans le passé à des milliers de corps humains, comme elles appartiendront à des milliers d'autres corps dans l'avenir. Au jour du jugement, lequel de ceux-ci pourrait revendiquer la possession de ces molécules errantes ?

La résurrection est un fait spirite, que le spiritisme seul rend compréhensible. Pour l'expliquer, les catholiques sont obligés de recourir au miracle, c'est-à-dire à la violation par Dieu des lois naturelles par lui-même établies.

Comment, sans Texistence du périsprit, sans la double corporalité de l'homme, pourrait-on expliquer les nombreux cas de bilocation relatés dans les annales du catholicisme ?

Alphonse de Liguori fut canonisé pour s'être montré simultanément en deux lieux différents.

Saint Antoine défend son père d'une accusation de meurtre, devant le tribunal de Padoue, et dénonce le vrai coupable, au même moment où il prêchait en Espagne devant de nombj;'eux fidèles.

Saint François Xavier se montre plusieurs fois à la même heure en des milieux fort éloignés l'un de Tautre.

NOTES COMPLÉMENTAIRES

Est- il possible de voir en ces faits autre chose que des cas de dédoublement de Têtre humain et Faction à distance de son enveloppe fluidique ?

Il en est de même des nombreuses apparitions de morts, mentionnées par les Écritures. Elles ne sont explicables que par l'existence d'une forme semblable à celle que l'esprit possédait sur terre, mais plus subtile et plus ténue, et survivant à la destruction du corps charnel. Sans périsprit, sans forme, comment les Esprits pourraient-ils se faire reconnaître des hommes? comment pourraient-ils se reconnaître entre eux dans l'espace?

IV** 10. — Galilée et la Congrégation de l'Index.

Voici un extrait du texte de la condamnation de dalilée en i633, photographié aux archives du Vatican par un fervent catholique, le comte Henri de l'Épinois :

« Tu as été dénoncé en 1615 au Saint-Office : « Parce que tu soutenais comme vraie une doctrine fausse que beaucoup répandaient, à savoir : « que le « Soleil est immobile au centre du monde et que la « Terre a un mouvement diurne » ;

« Parce que tu enseignais cette doctrine à tes disciples ; parce que tu entretenais à ce sujet une correspondance avec des mathématiciens de Germanie; parce que tu publiais des lettres sur les taches solaires, dans lesquelles tu présentais cette doctrine comme la vérité; parce qu'aux objections qu'on t'adressait, tu

CHRISTIANISME ET SPIRITISME

répondais en expliquant la sainte Écriture d'après ton idée...

« Le tribunal a voulu parer aux inconvénients et aux dommages qui en provenaient et s'aggravaient au détriment de la foi.

« D'après l'ordre du pape et des cardinaux, les théologiens chargés de cette mission ont qualifié ainsi les deux propositions :

« Le Soleil est au centre du monde et immobile. »

« Proposition absurde, fausse en philosophie et hérétique dans son expression, car elle est contraire à la sainte Écriture.

« La Terre n'est pas le centre du monde ; elle n'est « pas immobile, mais elle se meut par un mouvement « diurne. »

« Proposition également absurde et fausse en philosophie, et, considérée au point de vue théologique, erronée dans la foi...

« Nous déclarons que tu t'es rendu fortement suspect d'hérésie:

« Parce que tu as cru et soutenu une doctrine fausse et contraire aux saintes et divines Écritures, à savoir : « que le Soleil est le centre de l'univers et ne se meut € nullement d'Orient en Occident; que la Terre se « meut et n'est point le centre du monde. »

« Parce que tu as cru que tu pouvais soutenir, comme probable, une opinion qui a été déclarée contraire à la sainte Écriture.

« En conséquence, nous déclarons que tu as encouru toutes les censures et peines portées par les sacrés canons et autres constitutions générales et particulières contre ceux qui désobéissent aux statuts et autres décrets promulgués.

NOTES COMPLÉMENTAIRES

« Des quelles censures il nous plcîi de l'absoudre, pourvu que, préalablenient, avec un cœur sincère et une foi réelle, tu abjures devant nous, tu maudisses et détestes, suivant la formule que nous te présentons, 1 es dites erreurs et hérésies, et toute autre erreur et hérésie contraire à l Église catholique, apostolique, romaine.

« Et, afin que ta grave et pernicieuse erreur et t^ désobéissance ne restent pas impunies ;

« Afin qu'à l'avenir tu sois plus réservé et que tu serves d'exemple aux autres pour qu'ils évitent ces délits :

« Nous déclarons que, par édit public, le livre des Dialogues, de Galilée, est prohibé.

« Nous te condamnons à la prison ordinaire de ce Saint-Office pour un [temps qui sera limité a notre gré.

« A titre de pénitence salutaire, nous t'ordonnons de réciter pendant trois ans, une fois per semaine, les sept psaumes de la Pénitence.

« Nous réservant le pouvoir de modérer, de changer et de remettre tout ou partie des peines et pénitences ci-dessus. »

Un théologien dicta, il y a quinze ans, à M. Henri Lasserre, les lignes suivantes, que l'auteur de Noire- Dame de Lourdes et de la Traduction nouvelle des Évangiles (ce dernier ouvrage condamné aussi par l'Index) relate dans ses Mémoires à sa Sainteté :

« Ce décret, qui anathématisa l'admirable découverte du grand astronome et qui le punit de la prison, lui une double et complète erreur.

462 CHRISTIANISME ET SPIRITISME

« Il fut une erreur incidente et secondaire sur l'astronomie; il fut, avant tout, une erreur principale sur la doctrine.

« Chose remarquable : par toutes les paroles du décret, la Sacrée Congrégation s'était condamnée elle-même.

« En qualifiant d'absurde, c'est-à-dire de contraire à la raison, ce qui lui est conforme, la Sacrée Congrégation s'était convaincue d'être en dehors de la raison et opposée à la raison.

« En qualifiant de faux, c'est-à-dire de contraire à la vérité, ce qui lui est conforme, elle s'était convaincue d'être en dehors de la vérité et opposée à la vérité.

« En qualifiant d'hérésie, c'est-à-dire de contraire à l'orthodoxie, ce qui est une loi divine de l'univers visible, elle s'était convaincue d'être hors de l'orthodoxie et opposée à l'orthodoxie, car, si c'est une hérésie que de s'affranchir de la croyance en un dogme de l'Église, ce n*est pas une moindre hérésie que de vouloir imposer comme dogme ce qui n'en est point un, et particulièrement l'erreur, laquelle, de soi, est comme l'antinomie de tous les dogmes.

« En qualifiant de contraire aux Écritures une merveilleuse ordonnance du Créateur, la Sacrée Congrégation s'était convaincue d'être en dehors de la science des Écritures et opposée à leur véritable interprétation.

« Chacun à Rome, pris à part, ne tarda pas, dans l'intime abandon de la causerie, à confesser et à déplorer la faute commise par les éminentissimes juges.

« Toutefois, ce qui fut déplorable encore, c'est que, malgré les plaintes et réclamations, malgré les preuves et malgré les évidences, malgré les ordres de Benoît XIV et une sentence de radiation que ce pontife

NOTES COMPLÉMENTAIRES 463

fît prendre le iO mai 1754, malgré un second décret de même nature, rendu par Pie VII le 25 septembre 4822, la répugnance à se déjuger elle-même ou à être déjugée par le pape est si forte dans la Congrégation romaine que, pendant plus de deux siècles et à rencontre de la vérité connue, ce tribunal maintint son décret sur le catalogue de l'Index librorum prohibiloriim.

« Les ouvrages contenant les découvertes de Galilée et de Copernic, condamnés le 23 août 1634 avec les qualifications d'absurdes, de faux, d'hérétiques, de contraires aux saintes et divines Écritures, n'ont été effacés de rindex que dans l'édition de 4835. Ils y ont séjourné deux cent un ans. »

N° 11. — Pie X et le Modernisme.

Le décret Lamentabili sane exitu (3 juillet 1907) vise :

« Les écrivains qui, sortant des limites fixées par les « Pères et la sainte Église elle-même, poursuivent un « progrès des dogmes sous prétexte de les mieux com- « prendre et au nom de recherches historiques, mais « en réalité les corrompent. »

Parmi les propositions condamnées, figurent :

« H^ L'inspiration divine ne s'étend pas de telle « sorte à toute la sainte Écriture, qu'elle la préserve « de toute erreur dans toutes et chacune de ses par- « ties. »

Ainsi ridée de la stabilité de la terre et toutes les

CHRISTIANISME ET SPIRITISME

erreurs scientifiques de la Bible seraient inspirées, et il est défendu de dire le contraire.

« 22®. Les dogmes que l'Église propose comme révèle lés, ne sont pas des vérités descendues du ciel, mais « ils sont une certaine interprétation des faits religieux « que l'esprit humain s'est acquise par un laborieux « effort. »

Il résulte de la condamnation de cette proposition que Tesprit humain est impuissant à découvrir la moindre vérité dans l'ordre religieux, et de s'élever de lui-même à la conception de l'existence de Dieu et de l'immortalité de l'âme.

« 53®. La constitution organique de l'Église n'est pas « immuable, mais la société chrétienne reste sujette, « comme toute société humaine, à une évolution per- « pétuelle. »

Ainsi liée par ses propres enseignements, l'Église ne peut rien modifier, même dans « sa constitution organique ». Or, il résulte de faits patents qu'elle a souvent et grandement changé. Expliquera qui pourra cette anomalie. On ne peut lancer une condamnation plus téméraire.

« 56*. L'Église romaine est devenue la tête de toutes « les églises, non par une disposition de la divine Pro- « vidence, mais par le fait de circonstances purement « politiques. »

Les faits attestent la vérité de cette proposition condamnée. Dans les premiers temps, les églises particulières étaient indépendantes de Rome.

NOTES CCMPLÉMENTAIRES

Il ne faut pas oublier que l'Église rcmaine ne touche que de loin, avec son catholicisme, è l'Église chrétienne^ qui tire son nom du séjour de saint Barnabé et de saint Paul à Antioche. Voici ce que disent à ce propos les Actes des Apôtres : « Barnabe s'en « alla ensuite à Tarse, pour chercher Saul (saint Paul); « et, l'ayant trouvé, il l'amena à Antioche. Ils demeu- « rèrentun en entier dans cette église, où ils instrui- « sirenl un gicnd nombre de personnes; de sorte que « ce fut à Antioche que les disciples commencèrent à « être nommés chrétiens. » (Chap. xi, 25, 2.6.)

Et saint Pierre n'y figure même pas !

« 57^ L'Église se mcnire ennemie du prcgrcs des « sciences naturelles et théologiques. »

Voilà, par exemple, une proposition qui méritait d'être condamnée. L'Église est ennemie du progrès, mais elle ne se montre jamais telle. A ce point de vue. Pie X a raison. (Voir note n° 10.)

Lettre apostolique pour l'érection d'un Irstitut Biblique à Rome, 7 mai 1909.

« Il est de la fin de cet Institut qu'il défende, qu'il < promulgue, qu'il éclaire la saine doctrine des Livres « saints, interprétés conformément aux règles posées « ou à poser par le Saint-Siège apostolique, contre les « opinions fausses, erronées, téméraires et hérétiques, « surtout les plus récentes. »

Inutile de faire remarquer que ces divers règlements nous ramènent aux temps de l'Inquisition, par

460 CHRISTIANISME ET SPIRITISME

le fait qu'ils s'imposent aux consciences en vertu d'un prétendu pouvoir divin.

N° 12. — Les phénomènes spirites contemporains;

PREUVES d'identité DES ESPRITS.

Grâce au spiritualisme expérimental, le problème de la survivance, dont les conséquences philosophiques et morales sont incalculables, a reçu une solution définitive. L'âme est devenue objective, parfois tangible : son existence s'est révélée, après la mort comme pendant la vie, par des manifestations de tout ordre.

Les phénomènes physiques n'offraient au début qu'une base insuffisante d'argumentation ; mais, depuis, les faits ont revêtu un caractère intelligent. Ils se sont accentués au point que toute négation est devenue impossible.

C'est par des preuves positives que la question de l'existence de l'âme et de son immortalité a été tranchée. Les radiations de la pensée sont photographiées; l'esprit revêtu de son corps fluidique, de son enveloppe impérissable, apparaît sur la plaque sensible. Son existence est devenue aussi certaine que celle du corps physique.

L'identité des Esprits est établie par des faits innombrables ; nous croyons devoir en citer quelquesuns :

M. Oxon {aliàs Stainton Moses), professeur à l'Uni-

NOTES COMPLÉMENTAIRES

versité d'Oxford, dans son livre Spiril /t/e/z/Z/y, rapporte le cas où la table donne un récit long et circonstancié de la mort, de l'âge, jusqu'au nombre de mois, et les petits noms (quatre pour Tun d'entre eux et trois pour un autre) de trois petits êtres, enfants d'un même père, à qui ils avaient été enlevés subitement par la mort. « Nul de nous n'avait connaissance de ces noms peu << communs. Ils étaient morts dans l'Inde, et, quand le « message nous fut donné, nous n'avions aucun moyen «.< apparent de vérification. » Cette révélation fut cependant contrôlée et reconnue exacte plus tard, par le témoignage de la mère de ces enfants, dont M. Oxon fit ultérieurement la connaissance.

Le même auteur cite le cas d'un nommé Abraham Florentine, mort aux États-Unis, tout à fait inconnu des expérimentateurs, et dont l'identité fut rigoureusement constatée.

L'histoire de Siegwart Lekebusch, jeune tailleur qui périt écrasé par un train de chemin de'^fer, prouve encore qu'il est contraire à la vérité d'affirmer que les personnalités qui se manifestent par la table sont toujours connues des assistants.

D'après Animisme et Spiritisme, d'Aksakoff, l'identité posthume des Esprits se prouve :

1<» Par des communications de la personnalité dans sa langue maternelle, ignorée du médium (voir p. 538, le cas de miss Edmonds, de M. Turner, de miss Scongall et de Mme Corvin, qui s'entretint avec un assistant au moyen de gestes empruntés à l'alphabet des sourdsmuets, qui lui était inconnu à l'état de veille).

2<* Au moyen de communications données dans le style caractéristique du défunt, ou avec des expressions

qui lui étaient familières, reçues en l'absence de personnes l'ayant connu (p. 543). Achèvement d'un roman de Dickens, Edwin Drood, par un jeune ouvrier illettré, sans qu'il soit possible de constater où se term ine le manuscrit original et où commence la communica tion médianimique.

Voir aussi l'histoire de Louis XI, écrite par Mlle Hermance Dufaiix, à l'âge de quatorze ans. {Revue spirite, 1858.) Cette histoire, très documentée, contient des renseignements inédits jusqu'alors.

3'» Par des phénomènes d'écriture où l'on reconnaît celle du défunt (p. 345). Lettre de Mme Livermore, écrite par elb-même après sa mort. Cet Esprit a établi son identité en se montrant, écrivant et causant com me durant sa vie. Fait remarquable : l'Esprit a même écrit en français, langue ignorée du médium, Kate Fo x. Le cas où M. Owen obtint une signature d'Esprit qui fut reconnue identique par un banquier (voir Guldens- TUBBE, la Réalité des esprits). Écriture directe d'une parente de l'auteur, reconnue identique à son écriture de son vivant. (Ces faits ont été obtenus nombre de fois dans notrepropre cercle d'expériences.)

4° Par des communications contenant un ensemble de détails relatifs à la vie du défunt, et reçues en l'absence de toute personne l'ayant connu (voir p. 436). Par la médiumnité de Mme Conant, un grand nom bre d'Esprits inconnus du médium ont été identifiés avec des personnes ayant vécu dans différents pays (p. 559 et suivantes). Le cas du vieux Chamberlain, celui de Violette, de Robert Date Owen, etc.

5° Par la communication de faits qui n'ont pu être connus que du défunt et que, seul, il a pu communiquer (voir p. 463). Le cas du fîls du docteur Davey, em-

NOTES COMPLÉMENTAIRES

poisonné et volé en mer, fait reconnu exact par la suite. Découverte du testament du baron Korff ; l'Esprit Jack, qui indique ce qu'il doit et ce qui lui est dû, etc.

60 Par des communications qui ne sont pas spontanées, comme celles qui précèdent, mais provoquées par des appels directs au défunt, et reçues en l'absence de personnes ayant connu ce dernier (voir p. 585). Réponse, par des Esprits, à des lettres fermées (médium Mansfield). Écriture directe donnant la réponse à une question inconnue du médium, M. Watkins.

7° Par des communications reçues en l'absence de toute personne ayant connu le défunt, et qui trahissent certains états psychiques ou provoquent des sensations physiques qui lui étaient propres (p. 597). L'esprit d'une folle, encore troublé dans l'espace. Le cas de M. Élie Pond, de Woonsoket, etc.

(Ces phénomènes se sont produits un nombre considérable de fois dans les séances que nous avonsjlirigées nous-même.)

Par l'apparition de la forme terrestre du défunt (p. 605).

Parfois, les Esprits se sont servis des défectuosités naturelles de leur organisme matériel pour se faire reconnaître après leur mort, en reproduisant ces accidents par des matérialisations. Tantôt, c'est une main avec deux doigts recourbés vers la paume, à la suite d'une brûlure, ou bien avec l'index plié sur la deuxième phalange, etc.

Nous pourrions allonger indéfiniment cette liste d'identité d'Esprits. Un certain nombre figurent aussi en notre livre Dans 1 Invisible, chap. xxi.

470 CHRISTIANISME ET SPIRITISME

Nous croyons devoir y ajouter les trois cas suivants, qui nous paraissent caractéristiques et appuyés sur des témoignages importants.

Le premier, rapporté par Myers, dans son ouvrage sur la Conscience subliminale y concerne une personne bien connue de l'auteur, M. Brown, dont il garantit la parfaite sincérité. Un jour, ce monsieur rencontre un nègre en qui il reconnaît un Gafre ; il lui parle la langue de son pays et l'invite à lui rendre visite. Au moment où ce nègre se présente chez lui, la famille de M. Brown se livrait à des expériences spirites. Le visiteur introduit, on s'informe s'il y aurait de ses amis présents à la séance. Aussitôt la jeune fille de la maison, qui ne connaissait pas un mot de cafre, écrit plusieurs noms en cette langue. Lus au nègre, ils provoquent chez lui une vive stupeur. Puis vient un message en langue cafre, dont il comprend tout à fait la lecture à l'exception d'un mot inconnu de M. Brown. En vain, celui-ci le prononce de diverses manières, le visiteur n'en saisit pas le sens. Tout à coup, le médium écrit : « Fais claquer ta langue. » Alors M. Brown se rappelle soudain le claquement caractéristique de la langue qui accompagne le son de la lettre /, dans l'alphabet cafre. Il prononce en conséquence et se fait comprendre immédiatement.

Les Gafres ignorant l'art d'écrire, M. Brown s'étonnait de recevoir un message écrit. Il lui fut répondu que ce message avait été dicté, à la demande des amis du Gafre, par un de ses amis à lui, parlant couramment celte langue. Le nègre semblait terri-

NOTES COMPLÉMENTAIRES

fié à la pensée que des morts étaient là, invisibles.

Le second cas est relatif à l'apparition d'un Esprit, nommé Nephentes, dans une séance tenue à Christiania, chez le professeur E., avec Mme d'Espérance comme médium. L'Esprit donna le moulage de sa main dans la paraffine. Ce modèle en creux, porté chez un professionnel pour qu'il en fît le relief, excita sa stupéfaction et celle de ses ouvriers : ils comprenaient bien qu'une main humaine n'avait pu le produire parce qu'elle l'aurait brisé en se retirant, et déclarèrent que c'était une œuvre de sorcellerie.

Une autre fois, Nephentes écrivit sur le carnet du professeur E. des caractères grecs. Traduites, le lendemain, du grec ancien en langage moderne, ces paroles disaient : « Je suis Nephentes, ton amie. Lors- « que ton âme sera oppressée par trop de douleu^, in- « voque-moi, Nephentes, et j'accourrai promptement « pour soulager tes peines. »

Enfin, le troisième cas est certifié authentique par M. Chedo Mijatovitch, ministre plénipotentiaire de Serbie à Londres, et nullement spirite en 1908, date de sa communication au Light. Prié par des spirites hongrois de se mettre en rapport avec un médium, pour résoudre certaine question relative à un ancien souverain serbe, mort vers i35o, il se rendit chez M. Vango, dont on parlait beaucoup à cette époque et qu'il n'avait jamais vu auparavant. Endormi, le médium annonça la présence d'un jeune homme très désireux de se faire entendre, mais dont il ne comprenait pas la langue. Pourtant, il finit par en repro-

CHRISTIANISME ET SPIRITISME

duire quelques mots, en commençant, chose curieuse, chacun d'eux par la dernière syllabe, pour la répéter ensuite dans l'ordre voulu, en remontant jusqu'à la première. Ainsi: « lim, molim ; te, shite, pishite; liyi,taliyi,Nataliyi,etc. «.C'était du serbe, dont voici la traduction :

« Je te prie de vouloir écrire à ma mère Nathalie, en « lui disant que j'implore son pardon.» L'Esprit était celui du jeune roi Alexandre. M. Chedo Mijatovitch en douta d'autant moins que de nouvelles preuves d'identité s'ajoutèrent bientôt à la première : description de son apparence par le médium, et son regret de ne pas avoir suivi un conseil confidentiel que lui avait donné, deux ans avant son assassinat, le diplomate consultant. (Voir, pour ces trois cas, les Annales des Sciences psychiques, i*^"" et 16 janvier 1910, pp. 7 et suiv.)

Nm3. — Sur la télépathie.

La Société des recherches psychiques de Londres a pris l'initiative de plusieurs. enquêtes sur les phénomènes de télépathie, d'apparitions et autres manifestations du même ordre. La première de ces enquêtes a permis de constater en Angleterre environ 800 cas d'apparitions relatés dans l'ouvrage deMyers, Podmore et Gurney, intitulé : Phantasms of the living (fantômes des vivants). Une seconde enquête plus récente en a révélé 1.652 cas. Tous ces faits ont été consignés et publiés en deux volumes de

r procès- vdt-baux : Proceedings ofthe Society for Psychical Besearches. Les rapports et autres documents qui les composent sont signés par des hommes de science occupant des situations en évidence dans les académies et autres corps savants : astronomes, mathématiciens, physiciens, chimistes, etc. Parmi les signatures, on trouve des noms, comme ceux de MM. Gladstone, Balfour, etc. Ces apparitions ont lieu presque toujours au moment de la mort, ou après la mort de la personne dont elles reproduisent l'image. 11 y a aussi des cas où un homme vivant apparaît à un autre sans le savoir. On a voulu attribuer à ces phénomènes un caractère exclusivement subjectif ; on a cherché à les expliquer par l'hallucination; mais il résulte de l'examen attentif des procès-verbaux que ces faits ont un caractère objectif et réel, car ils n'impressionnent pas seulement des personnes humaines; on a pu constater, par des mouvements de frayeur inexpliquée, que des animaux les percevaient aussi.

Dans certains cas, les mêmes apparitions ont été vues successivement aux divers étages d'une maison par différentes personnes. D'autres phénomènes de même nature sont accompagnés de manifestations physiques; des bruits, des coups retentissent, des voix sont entendues, des portes sont ouvertes, des objets déplacés par des fantômes.

Myers, auteur du précédent ouvrage cité, a longtemps hésité à conclure à l'existence des Esprits, mais, dans son impuissance à trouver ailleurs la cause

CHRISTIANISME ET SPIRITISME

intelligente de ces phénomènes, il est arrivé à dire ceci {Annales des Sciences psychiques, août 1892, p. 246) : « La méthode spirite est, par elle-même, « légitime, nécessaire et vraie. »

Ces enquêtes, faites en Angleterre et publiées avec les témoignages de personnes dont l'honorabilité est au-dessus de tout soupçon, ont été poursuivies en France par le docteur Dariex, le professeur Richet, de l'Académie de médecine de Paris, et le colonel de Rochas. Les résultats, très remarquables et identiques à ceux obtenus de l'autre côté de la Manche, en sont consignés dans les Annales des Sciences psychiqueSy citées plus haut.

M. C. Flammarion en relate aussi un grand nombre dans son ouvrage : l'Inconnu et les Phénomènes psychiques.

N° 14. — Sur la suggestion ou transmission

DE pensée.

En ce qui concerne les théories de la télépathie, de la transmission de pensée ou de la suggestion, le docteur Roman Uricz, médecin en chef de l'hôpital de Bialy-Kamien, en Galicie, raconte l'expérience suivante, faite avec une fillette de quatorze ans, fort peu instruite :

« Je pris cent petits cartons blancs et y inscrivis les chiffres de 0 à 9 ; dix cartons portaient le chiffre 0, dix autres le chiffre 4, dix autres le chiffre 2, et ainsi de suite. Après les avoir bien mélangés, on éteignait la

NOTES COMPLÉMENTAIRES

lumière, je tirais des cartons du paquet et les plaçais sur une rangée, de gauche à droite, sur la table. Je demandais alors à l'Intelligence d'écrire le nombre ainsi formé. La réponse étant écrite, on rallumait la lampe et on lisait le nombre. La réponse fut toujours correcte. Gela ne pouvait être de la lecture de pensée, puisque personne de nous ne connaissait le nombre en question...

« Les connaissances de mon médium en arithmétique sont très faibles ; elle n'a appris que les quatre principales opérations à l'école de son village ; on pourrait la suspecter d'être clairvoyante.

« Pour m'assurer de cette possibilité, j'ai combiné l'expérience suivante : dans l'obscurité la plus complète je plaçai vingt cartons l'un à côté de l'autre, et je demandai à l'Intelligence de me donner la racine quatrième du nombre ainsi formé. La réponse fut donnée en quelques minutes : 7.501.273.011. Elle est correcte, car le nombre formé par les cartons était :

«J'ai répété cette expérience douze fois. Trois fois je n'ai pas eu de réponse, une fois la réponse fut incorrecte, mais huit fois elle fut juste.

«Desopérations d'arithmétique semblables sont absolument hors du pouvoir du médium. Donc les résultats dè mes expériences ne peuvent être attribués ni à la transmission de pensée, ni à la clairvoyance. »

(Voir Revue spirite, avril 1907.)

D'autre part, Mme Britten, écrivain spiritualiste très connu en Angleterre, cite une expérience décisive de Robert Hare, professeur à l'Université de Pensylvanie, qui a été souvent racontée, mais qu'elle rap-

CHRISTIANISME ET SPIRITISME

pelle comme la tenant du savant professeur lui-même. Le professeur Hare expérimentait, ainsi que tant d'autres, dans l'unique but de dévoiler ce qu'il avait décidé à priori n'être qu'une farce abominable. Après des recherches poursuivies pendant de longs mois, il en vint à conclure que les phénomènes révélaient l'existence d'une force inconnue jusqu'alors, et que les renseignements transmis émanaient tous de l'intelligence, autrement dit de la transmission de pensée; c'est ce qui, de nos jours, a été présenté comme une découverte nouvelle, à laquelle on a donné le nom de télépathie.

Pour déjouer cette force, le professeur inventa une sorte de cadran frappeur, dont les mouvements étaient influencés par des médiums à effets phy siques, tandis qu'une aiguille, actionnée par le pouvoir médianimique, indiquait les lettres sur l'alphabet placé du côté de la table opposé au médium, de manière qu'il lui fût absolument impossible de diriger l'aiguille, et qu'il ne pût ni voir ni connaître les communications dictées. Le cadran était alors influencé par le pouvoir du médium, mais sans que celui-ci pût contrôler le mot épelé, et en mettant aussi les assistants dans l'impossibilité de diriger la force qui faisait mouvoir le cadran .

C'est pendant une série d'expériences faites par ce moyen qu'un Esprit, qui se donnait pour le premierné du professeur — un petit bonhomme décédé à l'âge de deux ans — venait constamment se communiquer.

Quoiqu'il affirmât être devenu un homme, il se

NOTES COMPLEMENTAIRES 477

désignait régulièrement sous le nom de petit Tarley, prétendant prononcer Tarley au lieu de Charley, pour donner, par cette désignation enfantine, une preuve de son identité.

Un jour que le cadran faisait bravement sa besogne >us la main d'un puissant médium, etque petit Tarley ait annoncé : « Eh bien ! petit Tarley, lui dit le professeur, si c'est vraiment toi qui es là, puisque tu semblés en savoir si long, dis-moi ce que j'ai dans un paquet qui est dans la poche de mon paletot?

— Tu as là, père, dans un morceau de papier jaune fané — épela l'Esprit — un bout de voile en dentelle jaune encore plus fanée, qui a été enlevé ae dessus ma figure, lorsque j'étais couché dans mon petit cercueil.

— Petit Tarley — répondit le professeur d'un ton moqueur — je vois que tu n'es guère savant, car je n'ai rien de semblable dans ma poche. » Puis, se

.urnant vers les quelques personnes qui formaient le cercle, il leur dit gravement : « Voyez, mes amis, ce que sont les prétendues communications des Esprits, lorsqu'il n'y a pas de cerveau dans lequel ils puissent lire. C'est un petit soulier que j'ai dans ma poche ; je l'ai enlevé, avant qu'on fermât la bière, d'un pied de mon enfant mort, et l'ai conservé soigneusement dans un tiroir pendant un quart de siècle, en mémoire de mon premier-né, avec ses petits jouets et d'autres souvenirs de mon cher disparu; avouez maintenant que cet Esprit se moque de nous. »

En disant ces mots, il sort de son paletot un paquet et déploie l'un après l'autre un certain nombre de vieux morceaux de papier jaune ; il arrive enfin au dernier qui contenait... un voile de dentelle jaune ; sur Fenveloppe, la mère défunte avait écrit qu'il avait été enlevé de dessus le visage de son pe/ décédé... <

Le professeur avait fait erreur, mais l'Esprit n6 s'était pas trompé.

. se

Page 1