‹ Christianisme & spiritisme [electronic resource]Chapitre 2 sur 18 · LIBRAIRIE DES SCIENCES PSYCHIQUES · texte numérisé non relu

LIBRAIRIE DES SCIENCES PSYCHIQUES

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INTRODUCTION

Ce n'est pas un sentiment d'hostilité ou de malveitlance qui a dicté ces pages. De la malveillance, nous nen avons pour aucune idée, pour aucune personne. Quelles que soient les erreurs ou les fautes de ceux qui se recommandent cla nom de Jésus et de sa doctrine, la pensée du Christ n'éveille en nous qu'un sentiment de profond respect et de sincère admiration. Élevé dans la religion chrétienne, nous savons tout ce quelle renferme de poésie et de grandeur. Si nous avons abandonné le domaine de la foi catholique pour celui de la philosophie spirite^ nous n'avons pas oublié pour cela les souvenirs de noire enfance, l'autel orné de fleurs devant lequel se courbait notre front juvénile, la grande harmonie des orgues succédant aux chants

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graves et profonds^ et la lumière tamisée par les witraux peints^ qui se joue sur les dalles parmi les fidèles prosternés. Nous n'avons pas oublié que la croix austère étend ses bras sur la tombe de ceux que nous avons le plus aimés en ce monde. S'il est pour nous une image vénérable entre toutes et sacrée^ c'est celle du supplicié du Calvaire, du martyr cloué sur le bois d'infamie, blessé, couronné d'épines et qui, agonisant, pardonne à ses bourreaux.

Encore aujourd'hui, c'est avec une attention émue que nous prêtons loreille aux appels lointains des cloches, aux voix de bronze allant réveiller les échos sonores des vallées et des bois. Et, aux heures de tristesse, nous aimons à méditer dans Véglise solitaire et silencieuse, sous Vinfluence pénétrante qu'y ont accumulée les prières, les aspirations, les larmes de tant de générations.

Mais une question se pose, question que beaucoup ont résolue par l'étude et la réflexion. Tout cet appareil qui frappe les sens et touche le cœur, toutes ces manifestations de l'art, la pompe du rite romain et l'éclat des cérémonies ne sont-ils pas comme un voile brillant qui cache la pauvreté de Vidée et V insuffisance de renseignement ? N'est-ce pas le sentiment de son impuissance à satisfaire les hautes facultés de l'âme,

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r intelligence^ le jugement et la raison, qui a poussé VÈglise dans la voie des manifestations extérieures et matérielles ?

Le protestantisme ^ lui du moins ^ est plus sobre. S'il dédaigne les formes, le décor, c'est pour mieux faire ressortir la grandeur de l'idée. Il établit Vautorité unique de la conscience et le culte de la pensée, et, de degrés en degrés, de con^ séquences en conséquences, aboutit logiquement au libre examen, c est-à-dire à la philosophie.

Nous savons tout ce que la doctrine du Christ renferme de sublime ; nous savons qu'elle est par excellence la doctrine de l'amour, la religion de la pitié, de la miséricorde, de la fraternité entre les hommes. Est-ce là celle qu enseigne l'Église romaine ? La parole du Nazaréen nous est-elle parvenue pure et sans mélange, et l'interprétation que l'Eglise nous en donne est-elle exempte de tout élément parasite ou étranger ?

Il n'est pas de question plus grave, plus digne de la méditation des penseurs, comme de l'attention de tous ceux qui aiment et cherchent la vérité. Cest là ce que nous nous proposons d^examiner dans la première partie de cet ouvrage, avec l'aide et l'inspiration de nos guides de Vespace, en écartant tout ce qui pourrait troubler les consciences, attiser les passions mauvaises, fomenter la division parmi les hommes.

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Ce travail, il est vrai, d'autres Vont entrepris avant nous. Mais leur but, leurs moyens d'investigation et de contrôle différaient des nôtres. Ils ont moins cherché à édifier quà détruire, tandis que nous avons voulu, avant tout, faire œuvre de reconstitution et de synthèse. Nous nous sommes attaché à dégager de Vombre des âges, de la confusion des textes et des faits, la pensée maîtresse, pensée de vie qui est à la fois la source pure, le foyer intense et radieux du christianisme, et VexpUcation des phénomènes étranges qui caractérisent ses origines. Ces phénomènes, toujours renouvelables, se renouvellent, en effet, chaque jour sous nos yeux, et peuvent s'' expliquer par des lois naturelles. Dans celte pensée cachée, dans ces phénomènes jusqu* ici inexpliqués, mais quune science nouvelle observe et enregistre, nous trouvons la solution des problèmes suspendus depuis tant de siècles au-dessus de la raison humaine : la connaissance de notre véritable nature et la loi de nos destinées grandissantes.

Une des plus fortes objections adressées par la critique moderne au christianisme, c'est que sa morale et sa doctrine de l'immortalité reposent sur un ensemble de faits dits « miraculeux ))y que Vhomme, éclairé sur l'action des lois de la nature, ne saurait admettre aujourd'hui.

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Si des miracles y ajoute-t-on, ont pu être nécessaires autrefois pour asseoir la croyance en r Au-delà^ le sont-ils moins à notre époque de doute et d'incrédulité ? Et, d'ailleurs, à quelle cause attribuer ces miracles ? Ce nest pas, comme certains le prétendent, à la nature divine du Christ, puisque ses disciples les obtenaient également.

La question s'éclairera d'une vive lumière^ et les affirmations du christianisme touchant rimmortalité acquerront plus de force et d'autorité, s'il est possible d'établir que ces faits dits « miraculeux » se sont produits dans tous les temps, particulièrement de nos jours, quils sont le ré^ sultat de causes libres, invisibles, perpétuellement agissantes, et soumises à d'immuables lois ; si, en un mot, nous voyons en eux non plus des miracles, mais des phénomènes naturels, une forme de révolution et de la survivance de Vêtre.

C'est précisément là une des conséquences du spiritisme. Par une étude approfondie des manifestations d'outre-tombe, il démontre que ces faits ont eu lieu à toutes les époques, lorsque les persécutions ne leur faisaient pas obstacle ; que presque tous les grands missionnaires, les fondateurs de secte et de religion ont été des médiums inspirés; qu'une communion permanente unit deux

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humanités^ en reliant les habitants de l'espace à ceux du monde terrestre.

Ces faits se reproduisent autour de nous avec une intensité nouvelle. Depuis cinquante ans, des formes apparaissent^ des voix se font entendre^ des messages nous arrivent par voie typtologique ou d' incorporation^ ainsi que par V écriture automatique. Des preuves d'identité viennent en foule nous révéler la présence de nos proches^ de ceux que nous avons aimés sur la terre, qui ont été notre chair et notre sang^ et dont la mort nous avait momentanément séparés. Par leurs entretiens, par leurs enseignements, nous apprenons à connaître cet Au-delà mystérieux, objet de tant de rêves, de disputes et de contradictions. Les conditions de la vie future se précisent dans notre entendement. L' obscurité qui régnait sur ces questions se dissipe. Le passé et V avenir s'éclairent jusque dans leurs intimes profondeurs.

Ainsi le spiritisme, nous apportant les preuves naturelles et tangibles de l'immortalité, nous ramène aux pures doctrines chrétiennes, au fond même de l'Evangile, que Vœuvre du catholicisme et la lente édification des dogmes ont recouvert de tant d'éléments disparates et étrangers. Par son étude scrupuleuse du corps fluidique ou périsprit, il rend plus compréhen-

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sibles^ plus acceptables^ les phénomènes d'apparition et de matérialisation sur lesquels le chris-tianisme repose.

Ces considérations feront mieux ressortir Vimportance des problèmes soulevés dans le cours de cet ouvrage^ et dont nous présentons la solution, en nous appuyant à la fois sur les attestations de savants impartiaux et éclairés, et sur les résultats d'expériences personnelles^ poursuivies depuis plus de trente ans.

A ce point de vuCy l'opportunité de ce travail ne saurait échapper à personne. Jamais le besoin de lumière sur des questions vitales, auxquelles se rattache d'une manière étroite le sort des sociétés, ne s'est fait sentir d'une façon plus impérieuse. Fatiguée des dogmes obscurs, des théories intéressées, des affirmations sans preuves, la pensée humaine s'est laissée, depuis longtemps, envahir par le doute. Une critique inexorable a passé au crible tous les systèmes. La foi s'est tarie dans sa source ; l'idéal religieux s'esî voilé. En même temps que les dogmes, les hautes doctrines philosophiques ont perdu leur prestige^ L'homme a oublié à la fois le chemin des temples et celui des portiques de la sagesse.

Pour quiconque observe attentivement les choses, les temps où nous vivons sont pleins de menaces. Notre civilisation parait brillante; que

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de taches cependant ternissent son éclat ! Le bien-être et la richesse se sont répandus^ mais est-ce par ses richesses qu'une société est grande ? Le bat de l'homme sur la terre est-il de mener une vie fastueuse et sensuelle? Non! Un peuple n'est grande un peuple ne s'élève que par le travail ^ par le culte de la vérité et de la justice.

Que sont devenues les civilisations du passée celles où Von ne s'occupait que du corps ^ de ses besoins, de ses fantaisies ? Elles sont en ruines; elles sont mortes.

Nous retrouvons précisément à notre époque [es mêmes tendances dangereuses qui les ont perdues. Ce sont celles qui consistent à tout placer dans la vie matérielle, à donner, pour fin et pour buta l'existence, la conquête des jouissances physiques. La critique et la science matérialistes ont resserré les horizons de la vie. Elles ont ajouté aux tristesses de l'heure présente la néga- Bon systématique, Vidée accablante du néant. Et par là, elles ont aggravé toutes les misères humaines ; elles ont enlevé à V homme, avec ses armes morales les plus sûres, le sentiment de ses responsabilités. Elles ont ébranlé, jusque dans leurs profondeurs, les assises mêmes du moi.

Aussi, de proche en proche, les caractères s'affaissent, la vénalité s'accroît, V immoralité s'étend comme une plaie immense. Ce qui était la

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souffrance est devenu le désespoir. Les cas de suicide ont atteint des proportions inconnues jusqu'ici. Chose monstrueuse, et quon n avait jamais vue à aucune époque, ce fléau du siècle gagne même les enfants.

Contre ces doctrines de négation et de mort, les faits parlent aujourd'hui. Une expérimentation méthodique, prolongée, nous conduit à cette certitude: Vêtre humain survit à la mort, et sa destinée est son œuvre.

Les phénomènes se sont multipliés, innombrables, apportant des données nouvelles sur la nature de la vie et révolution non interrompue de Vêtre. La science les a dûment constatés. Maintenant, il importe de les interpréter, de les mettre en lumière et surtout d'en dégager la loi, les conséquences, tout ce qui peut en découler pour la vie individuelle et sociale.

Ces faits vont réveiller au fond des consciences les vérités endormies. Ils rendront àVhomme r espérance avec l'idéal élevé qui éclaire et fortifie. En prouvant que nous ne mourons pas tout entiers, ils dirigeront les pensées et les cœurs vers ces vies ultérieures, ou la justice trouve son accomplissement.

Par là, tous comprendront que l'existence a un but, que la loi morale est une réalité et qu'elle a une sanction; qu'il n'y a pas de souffrances

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inutiles^ pas de travail sans profit, pas cV épreuves sans compensation, que tout est pesé dans la balance du divin Justicier,

Au lieu de ce champ clos de la vie, où les faibles succombent fatalement, au lieu de cette aveugle et gigantesque machine du monde qui broie les existences, et dont nous parlent les philosophies négatives, le Nouveau Spiritualisme fera apparaître, aux yeux de ceux qui cherchent et de ceux qui souffrent, la puissante vision d'un monde d'équité, de justice et d'amour, ou tout est réglé avec ordre, sagesse^ harmonie.

Alors la souffrance sera atténuée, le progrès de Vhomme sera assuré, son travail sanctifié; la vie revêtira plus de dignité et de grandeur.

Car r homme a besoin d'une croyance autant que d'une patrie, autant que d'un foyer. C'est ce qui explique que des formes religieuses, cadu^ ques et vieillies, gardent encore leurs partisans. Il y a dans le cœur humain des tendances et des besoins qu'aucun système négatif ne pourra jamais combler. Malgré le doute qui l'étreint, dès que l'âme souffre, instinctivement, elle se tourne vers le ciel. Quoi qu'il fasse, l'homme retrouve la pensée de Dieu dans les chants de son ber^ ceau, dans les rêves de son enfance comme dans les méditations silencieuses de son âge mûr, A certaines heures, le sceptique le plus endurci ne

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It

peut contempler r infini étoile^ la course des millions de soleils qui se déroule dans r immensité^ ni passer devant la mort sans respect et sans trouble^

Au-dessus des polémiques vaines , des disputer stériles^ il y a une chose qui échappe à toutes les critiques^ c'est cette aspiration de l'âme humaine vers un Idéal éternel, qui la soutient dans ses luttes^ la console dans ses épreuves, qui l'inspire aux heures des grandes résolutions ; cesî cette intuition que, derrière la scène où se dérou* ' lent les drames de la vie et le spectacle grandiose de la nature, une Puissance, une Cause suprême, se cache, qui en a réglé les phases successives et tracé les lignes d'évolution.

Mais où r homme trouvera-t-il la voie sûre qui le conduira vers Dieu? où puisera-t-il la convie^ tion forte qui le guidera d'étapes en étapes, à travers les temps et l'espace, vers le but suprême des existences ? En un mot, quelle sera la foi de r avenir ?

Les formes matérielles et transitoires de la religion passent ; quant à l'idée religieuse, à la croyance pure, dégagée de toutes formes infè^ Heures, elle est indestructible dans son essence. L'idéal religieux évoluera^ comme toutes les manifestations de la pensée. Il ne saurait échapper à la loi du progrès qui gouverne les êtres et le& choses.

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La foi de ravenir^ qui surgit déjà du sein de i ombre, ne sera ni catholique ni protestante ; elle sera la croyance universelle des âmes, celle qui règne sur toutes les sociétés avancées de l'espace, et par qui cessera V antagonisme qui sépare la science actuelle de la religion. Car, avec elle, la science deviendra religieuse, et la religion deniendra scientifique. Elle s'appuiera sur V observation, sur Vexpérience impartiale, sur des faits mille fois répétés. En nous montrant les réalisés objectives du monde des Esprits, elle dissipera tous les doutes, chassera les incertitudes et ouvrira à tous des perspectives infinies sur l'avenir .

A certaines époques de l'histoire, il passe sur h monde des courants d'idées qui viennent arracher l'humanité à sa torpeur. Des souffles d'en haut soulèvent la grande houle humaine, et, par eux, les vérités oubliées dans la nuit des siècles sortent de l'ombre. Elles surgissent des muettes profondeurs où dorment les trésors des forces cachées, ou se combinent les éléments rénovateurs, où s'élabore l'œuvre mystérieuse et divine. Elles se manifestent sous des formes inattendues ; elles reparaissent et revivent. D'abord méconnues, raillées par la foule, elles poursuivent, impassibles, sereines, leur chemin. Et un jour arrive où l'on est obligé de reconnaître que

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ces vérités dédaignées venaient offrir le pain de vie, la coupe d'espérance à toutes les âmes souffrantes et déchirées, quelles nous apportaient une base nouvelle d'enseignement et peut-être aussi un moyen de relèvement moral.

Telle est la situation du Spiritualisme moderne, en qui renaissent tant de vérités voilées depuis des siècles. Il résume en lui les croyances des sages et des initiés antiques, la foi des premiers chrétiens et celle de nos pères les Celtes ; il reparaît sous des formes plus puissantes, pour diriger une étape nouvelle et ascendante de la marche de rhumanité.

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Depuis la publication de cet ouvrage, dix années se sont écoulées. L'histoire a déroulé sa trame, et des événements considérables se sont accomplis en notre pays. Le Concordat a été dénoncé. L'Etat a rompu le lien qui l'unissait à l'Eglise romaine. Sauf sur certains points, c'est avec une sorte d'indifférence, que l'opinion publique a accueilli les mesures de rigueur prises par le pouvoir civil contre les institutions catholiques .

D'où vient cet état d'esprit, cette désaffection, non seulement locale, mais presque générale, des Français envers l'Église? De ce que celle-ci n'a réalisé aucune des espérances qu'elle avait fait naître. Elle n'a su comprendre ni remplir son rôle et ses devoirs d'éducalrice et de conductrice des âmes.

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Depuis un siècle, l'Église catholique traversait une des crises les plus redoutables de son histoire. En France, la Séparation est venue accentuer cet état de choses, le rendre plus aigu.

Reniée par la société moderne, abandonnée par Télite intellectuelle du monde, en conflit perpétuel avec le droit nouveau qu'elle n'a jamais accepté, et partant, en contradiction presque sur tous les points essentiels avec les lois civiles de tous les pays, méconnue et haïe du peuple et surtout du monde ouvrier, il ne reste plus à l'Eglise qu'une poignée d'adeptes parmi les femmes, les enfants, les vieillards. L'avenir ne lui appartient plus, puisque l'éducation de la jeunesse vient de lui être arrachée, non sans quelque brutalité, par les lois récentes de la République française.

Voilà le bilan actuel de l'Eglise romaine au seuil du vingtième siècle. Nous voudrions dans une étude impartiale, respectueuse même, rechercher les causes profondes de cette éclipse de la puissance ecclésiastique, éclipse partielle encore, mais qui menace de devenir totale et définitive dans un avenir peu éloigné.

L'Église, aujourd'hui, est impopulaire. Or, nous vivons à une époque où la popularité, ce sacre des temps nouveaux, est indispensable à

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Ja durée des institutions. Celui qui n'en porte pas ie signe ne tardera pas à périr dans l'isolement et l'oubli.

Gomment l'Eglise catholique en est-elle arrivée là? C'est qu'elle a trop négligé la cause du peuple. L'Eglise ne fut vraiment démocratique et populaire qu'à ses origines, quand l'esprit de Jésus était avec elle, durant les âges apostoliques, période de persécution et de martyre ; et c'est ce qui expliquait alors sa force de prosélytisme, la rapidité de ses conquêtes, sa puissance de persuasion et d'extension. Du jour où elle fut reconnue officiellement par l'Empire, à partir de la conversion de Constantin, elle devint l'amie des Césars, l'associée, et quelquefois la complice, des puissants et des forts. Elle entra dans l'ère stérile des arguties théologiques, des querelles byzantines, et, à dater de ce moment, elle prit toujours ou presque toujours le parti du plus fort. Féodale au moyen âge, essentiellement aristocratique sous Louis XIV, elle ne fît à la Révolution que des concessions forcées et tardives. Toutes les émancipations intellectuelles et sociales ont été faites malgré elle. Il était logique, fatal, qu'elles se retournassent contre elle : c'est ce qui s'accomplit à l'heure présente.

Longtemps rivée en France au Concordat,

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elle fut sans cesse en lutte sourde et systématique avec l'Etat. Cette union violentée, qui durait depuis un siècle, devait nécessairement aboutir au divorce. La loi de Séparation vient de le prononcer. Le premier usage que fit FÉglise de sa liberté apparemment reconquise, ce fut de se jeter dans les bras des partis réactionnaires, prouvant par ce geste qu'elle n'a rien appris depuis un siècle, ni rien oublié.

Devenue solidaire des partis politiques démodés, l'Eglise catholique, celle de France surtout, se condamne par là même à mourir le même jour qu'eux et de la même mort : celle de l'impopularité. Un pape de génie, Léon XIII, essaya un moment de la dégager de toute compromission directe ou indirecte avec l'élément réactionnaire, mais il ne fut ni écouté ni obéi.

Le nouveau pape, Pie X, reprenant la tradition de Pie IX, son avant-prédécesseur, ne crut avoir rien de mieux à faire que d'appliquer les doctrines du Syllabus et de Tlnfaillibilité. Sous le nom vague de modernisme^ il vient d'anathématiser la société moderne et de frapper toute tentative de réconciliation ou de conciliation avec elle (i). La guerre religieuse menace de s'allumer aux quatre coins du pays. Le prestige de

(1) Voir, à la fin du volume, note complémentaire n» 11.

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grandeur que Léon XIII avait rendu à l'Église, à force de génie diplomatique, s'est évanoui en quelques années. Le catholicisme, refoulé dans le domaine de la conscience individuelle et privée, ne vivra plus jamais de la vie officielle et publique.

Encore une fois, quelle est la cause profonde de cet affaiblissement de la plus puissante institution de l'univers?

A notre avis, il n'y a qu'une seule cause profonde qui puisse expliquer ce phénomène. Les politiciens, les philosophes, les savants croiront la trouver dans les circonstances extérieures, en des raisons d'ordre sociologique. Nous, nous la chercherons au cœur même de l'Église. C'est d'un mal organique qu'elle se meurt ; chez elle, le foyer de la vie est atteint.

La vie de l'Église, c'était l'esprit de Jésus en elle. Le souffle du Christ, ce souffle divin de foi, de charité, de fraternité universelle, c'était là le moteur de ce vaste organisme, la pièce maîtresse de son fonctionnement vital. Or, depuis longtemps, Tesprit de Jésus semble avoir abandonné l'Église. Ce n'est plus le feu de la Pentecôte qui rayonne en elle et autour d'elle ; cette flamme généreuse s'est éteinte, et il ne se trouve aucun Christ pour la ranimer.

Elle fut pourtant grande et belle, autrefois.

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sinon bienfaisante, l'Église de France. Elle fut l'asile des plus hauts esprits, des plus nobles intelligences. Aux temps barbares, elle était à la fois la science et la philosophie, Part et la beauté, la foi et la prière. Les grands monastères, les célèbres abbayes devinrent les refuges de la pensée. Là se conservaient les trésors intellectuels, les débris du génie antique. Au treizième siècle, elle a inspiré une belle part de ce que l'esprit humain a produit de plus éclatant. Elle domptait tous ces hommes rudes, ces barbares à peine dégrossis ; elle les courbait d'un geste dans l'attitude de la prière.

Et maintenant, elle ne vit, elle ne brille plus que du reflet de sa grandeur passée. Où sont aujourd'hui, dans l'Eglise, les penseurs et les artistes, les vrais prêtres et les saints? Les chercheurs de vérités divines, les grands mystiques adorateurs du beau, les rêveurs d'infini y ont fait place aux politiciens batailleurs et aux marchands. La maison du Seigneur est transformée en banque et en tribune. L'Église a un royaume qui est de ce monde, et rien que de ce monde. Ce n'est plus le rêve divin qui la hante, mais des convoitises terrestres, une hautaine prétention à tout dominer, à tout diriger.

Les encycliques et les canons ont remplacé le sermon sur la montagne, et les enfants du

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peuple, les générations qui se succèdent, n'ont pour guide qu'un catéchisme bizarre, bourré de notions incompréhensibles, où l'on parle d'hypostase, de transsubstantiation, un catéchisme qui ne saurait être d'un secours efficace aux heures difficiles de l'existence. De là vient l'irréligion du plus grand nombre. Le culte de certaine madone a rapporté jusqu'à deux millions par an, mais il n'y a pas une seule édition populaire de l'Évangile entre les mains des catholiques.

Toutes les tentatives pour faire pénétrer dans rÉglise un peu d'air et de lumière, et comme un souffle des temps nouveaux, ont été étouffées, comprimées. Lamennais, H. Loyson, Didon furent contraints de se rétracter ou de quitter le « giron ». L'abbé Loisy a été chassé de sa chaire.

Courbée depuis des siècles sous le joug de Rome, l'Eglise a perdu toute initiative, toute force virile, toute velléité d'indépendance. L'organisation du catholicisme est telle, qu'aucune décision ne peut être prise, aucun acte s'accomplir, sans l'aveu ou le signal du pouvoir romain. Et Rome est pétrifiée dans sa pose hiératique comme la statue du Passé.

Le cardinal xVIeignan, parlant du Sacré Collège, disait un jour à un de mes amis : « Ils

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« sont là , soixante-dix vieillards, ployés, non sous « le poids des ans, mais sous celui des responsa- « bilités, veillant à ce que pas un iota ne soitre- « tranché du dépôt sacré, que pas un iota n'y soit « ajouté. » Dans de telles conditions, l'Église catholique n'est plus, moralement, une institution vivante ; ce n'est plus un corps où circule la vie; c'est une tombe, un sépulcre dans lequel la pensée humaine est comme ensevelie.

Depuis de longs siècles, l'Église n'était plus qu'une puissance politique, admirablement hiérarchisée, organisée ; elle emplissait l'histoire du bruit de ses luttes retentissantes avec les empereurs et les rois, avec qui elle se partageait rhégémonie du monde. Elle avait conçu un plan grandiose : la chrétienté, c'est-à-dire Tensemble des peuples catholiques massés, serrés comme une armée formidable autour du pape romain, souverain seigneur et point culminant de la féodalité. C'était grand, mais purement humain.

A l'Empire romain, miné par les Barbares, l'Église avait substitué l'Empire d'Occident, vaste et puissante institution autour de laquelle gravita le moyen âge tout entier. Tout disparaissait dans cette confédération politique et reli-

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gieuse, doù émergeaient uniquement deux têtes : le pape et l'empereur, « ces deux moitiés de Dieu ».

Jésus n'avait pas fondé la religion du Calvaire pour dominer les peuples et les rois, mais pour arracher les âmes au joug de la matière, et prêcher, par la parole et l'exemple, Tunique dogme rédempteur : l'Amour.

Passons sur les despotismes solidaires de l'Eglise et des rois; oublions l'Inquisition et ses victimes, et revenons aux temps actuels.

L'une des plus grandes fautes de l'Église romaine au dix-neuvième siècle, a été la définition du dogme de l'Infaillibilité personnelle du pontife romain. Un tel dogme, imposé comme article de foi, fut un défi jeté à la société moderne et à l'esprit humain.

Proclamer au vingtième siècle, en face d'une génération fiévreuse, tourmentée du mal de l'infini, devant des hommes et des peuples qui poursuivent la vérité sans pouvoir l'atteindre, qui recherchent la justice, la liberté, comme le cerf altéré cherche et désire l'onde de la fontaine et la source du torrent ; proclamer, disons-nous, dans un tel monde en travail d'enfantement, qu'un seul homme sur la terre possède toute vérité, toute lumière, toute science, n'est-ce pas, nous le répétons, jeter un défi à l'humanité tout entière,

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à cette humanité condamnée sur la terre à la soif de Tantale, aux déchirements de Prométhée ?

L'Eglise catholique se relèvera difficilement de cette faute grave. Le jour où elle a divinisé un homme, elle a mérité le reproche d'idolâtrie que lui faisait Montalembert, lorsque, apprenant sur son lit de mort la définition de l'Infaillibilité pontificale, il s*écria : « Jamais je n'ado- « rerai Pidole du Vatican ! » Le mot idole est-il exagéré ? Comme les Césars romains à qui l'on offrait un culte^, le pape affecte de se faire appeler pontife et roi. Qu'est-il sinon le successeur des empereurs de Rome et de Byzance ? Son costume même, ses gestes, son attitude, l'étiquette surannée et le faste de sa curie, tout rappelle les pompes césariennes des plus mauvais jours, et n'est-ce pas l'éloquent orateur espagnol, le religieux Emilio Castelar, qui s'écriait un jour, en voyant Pie IX porté sur la sedia et allant processionnellement à Saint-Pierre : « Ce n'est « pas là le pêcheur de Galilée, c'est un satrape « de l'Orient ! »

La cause profonde de la déchéance et de l'impopularité de l'Église romaine est là : elle a mis le pape à la place de Dieu. L'esprit du Christ s'est retiré d'elle ! En perdant la vertu d'en haut qui la soutenait, l'Eglise est tombée au pouvoir de la politique humaine. Elle n'est plus une

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institution d'ordre divin ; la pensée de Jésus ne rinspire plus, et les dons merveilleux que l'Esprit de la Pentecôte lui avait communiqués, se sont évanouis.

Bien plus : frappée d'aveuglement, comme les prêtres de la Synagogue antique à Tavènement de Jésus, l'Eglise a oublié le sens profond de sa liturgie et de ses mystères. Ses prêtres ne con-^ naissent plus le sens caché des choses; ils ont perdu le secret de l'initiation. Leurs gestes sont devenus stériles ; leurs bénédictions ne bénissent plus, leurs anathèmes ne maudissent pas. Us^ sont redescendus au niveau commun, et le peuple, comprenant que leur puissance est vaine, que leur ministère est illusoire, s'est tourné versd'autres pouvoirs et a encensé d'autres dieux.

Dans l'Église, la théologie a tué l'Évangile^ comme, dans la vieille Synagogue, le Talmud avait dénaturé la Loi. Et ce sont les partisan» de la lettre qui aujourd'hui la dirigent. Une collectivité de fanatiques étroits et violents achèvera d'enlever à l'Eglise les derniers restes de sa grandeur, et de consommer son impopularité. Nous assisterons probablement à la ruine progressive de cette institution, qui fut pendant vingt siècles l^éducatrice du monde, mais qui semble avoir forfait à sa véritable vocation.

S'ensuit-il que l'avenir religieux de l'huma-

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nité soit irrévocablement perdu, que le monde entier doive sombrer dans le matérialisme comme dans une mer bourbeuse? Loin de là. Le règne de la lettre se meurt, celui de l'esprit commence. Le feu de la Pentecôte, qui abandonne le chandelier d'or de l'Eglise, vient allumer d'autres flambeaux. La véritable révélation s'inaugure dans le monde par la vertu de l'Invisible. Quand le feu sacré s'éteint sur un point, c'est pour se ranimer ailleurs. Jamais la nuit totale ne couvre le monde de ses ténèbres. Il brille toujours quelque étoile au firmament.

L'âme humaine, par ses racines profondes, plonge dans l'infini. L'homme n'est pas un atome isolé dans le grand tourbillon vital. Son esprit est toujours en communion, par quelque côté, avec la Cause éternelle; sa destinée fait partie intégrante des harmonies divines et de la vie universelle. Par la force des choses, l'homme se rapprochera de Dieu. La mort des Eglises, le déclin des religions formalistes n'est point le symptôme d'un crépuscule, c'est au contraire l'aube initiale d'un astre qui se lève. A cette heure de trouble où nous sommes, un grand combat se livre entre la lumière et les nuées, comme lorsque l'orage se forme au-dessus des vallées, mais les hauts sommets de la pensée baignent toujours dans l'azur et la sérénité.

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Sursam corda! C'est vraiment la vie éternelle qui s'ouvre radieuse, illimitée devant nous ! De même que dans l'infini des milliers de mondes sont emportés par leurs soleils vers l'incommensurable, en une course harmonieuse, rythmée comme une danse antique, et qu'aucun astre, aucune terre ne repasse jamais par un même point, ainsi les âmes, emportées par l'attraction magnétique de leur centre invisible, poursuivent leur évolution dans l'espace, sans cesse attirées ' par un Dieu, dont elles s'approchent toujours sans l'atteindre jamais.

Reconnaissons que cette doctrine est autrement vaste que les dogmes exclusifs des Eglises mourantes, et que, si l'avenir appartient à quelque chose ou à quelqu'un, c'est vraisemblablement au spiritualisme universel, à cet Evangile de l'infini et de Téternité !

Février 1910.

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