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Christine de Pisan et ses principales uvres

Les longues années que Christine de Pisan passa en France furent marquées par les événements les plus redoutables ; les émeutes populaires, les dissensions religieuses, l'insurrection des princes du sang, des « sires aux tleurs de lis », l'invasion étrangère et l'occupation de la majeure partie du territoire, le roi placé sous la tutelle du monarque anglais qui déployait dans Paris un faste insolent, tels étaient les inouïs malheurs qui frappaient le désolé pays. Elle vécut sous les règnes de Charles V, de Charles VI et de Charles VII; presque toute son existence s'écoula même sous le règne du second de ces monarques, qui monta sur le trône en 4380 et mourut en 1422. « Charles VI, dit un écrivain, caractère fantasque, colère, emporté, aurait eu besoin, une fois son père mort, d'être guidé énergiquement dans la droite voie par une volonté puissante et dévouée; mais aucun de ses oncles ne fut assez habile ou assez ami de la France pour régler cet esprit qu'il eût été possible de diriger vers le bien et qui se laissa facilement entraîner à l'enivrement du parti féodal, dont les chefs, après leur victoire de Roosebeke contre Philippe van Artevelde et les communes flamandes, se crurent de nouveau les maîtres (^). »

Christine de Pisan vit le jour à Venise, en 1364. Elle a pris

(*) Histoire littéraire de la France au XlVe siècle. Discoios sur l'état des lettres, pai- Victor Le Clerc. Paris, 1865, p. 208..

soin de faire connaître dans ses écrits l'année et le lieu de sa naissance.

Comme patrie, elle mentionne Venise :

Assise au milieu de la mer.

Telle que chacun doit amer.

Elle permet de trouver l'année quand, dans un écrit composé en 1402, elle dit qu'elle est veuve depuis treize ans, et quand, dans un autre livre, elle ajoute qu'elle avait vingt-cinq ans au décès de son mari.

Son père était Thomas de Pise. Elle-même nous apprend que sa mère était la fille d'un gentilhomme de Forli, « gradué à l'estude de Boulongne la Grasse, qui possédait honneur, richesses et gaings à Venise dont il était conseiller ». « Le nom de Pisan, dit l'auteur d'une intéressante étude, est une formation à la fois italienne et française. Thomas, originaire de Pise, fut soit pour les Bolonais, soit pour les Vénitiens chez lesquels il séjourna, il Pisano, comme plus tard, l'Arétin, le Perrugino et beaucoup d'autres Italiens ne furent connus que sous le nom de leur lieu d'origine. Les membres de la famille del Pisano formèrent, selon la coutume, la famille dei Pisani ou de' Pisani, et celle-ci, établie à Paris, devint tout naturellement, pour les Français, les de Pisan, de même que les deux princesses de' Medici devinrent nos reines Catherine et Marie de Médicis et que la duchesse d'Orléans n'était appelée par les contemporains de Christine, que Valentine de Milan (^). » Selon Warner, Thomas de Pisan est le personnage qui, sous le nom de Benvenuto da Pizzato, fut professeur d'astrologie à Bologne entre 1345 et 1356 {^).

(1) Mathilde Lar;le, Le Livre des Trois l'erttis de Christine de Pisan etson yniliea historique et littéraire. Paris, 1912, p. 27.

(2) The epistle of Othea ta Hector or the Boke of Knyghthode. Translated from the French of Christine de Pisan. With a dédicace to Sir John Fastolf, K. Ct., by Stepuen Scrope, Esquire. Edited from a manuscript in the Library of the Marquis oi Bath. By Geor(.;e F. Warner. Londres, 1904. Introduction, p. vu.

Uiloi qu'il on soit, do celto aftirmafion, l'homme dont nous nous ocoupons on co niomonl s'établit à Venise, où il obtint un oHicc de oonseilloi' de la Képublique et où, comme nous venons de le dire, il épousa la tille d'un fonctionnaire, originaire lui-même de la ville de Forli. Du mariage naquirent trois enfants; Christine était l'aînée.

La réputation do Thomas de Pisan devait être grande; en effet, deux rois lui firent de belles ofïres pour l'attacher à leur service; c'étaient Charles V de France et Louis de Hongrie. Il répondit à l'appel du premier de ces souverains et il arriva à Paris, vers le mois de décembre 1368. Il devint le « phisicien » du monarque et au bout de quelque temps, il fut élevé au rang de conseiller (^). Du reste, il n'était pas seulement « phisicien », c'est-à-dire médecin du roi, mais aussi « astrologue », et en cette dernière qualité, il .devait plaire à Charles V qui, comme Christine de Pisan le note, « s'occupait do philosophie, de théologie et surtout de sciences occultes qui étaient pour lui chose eslue et singulière ». On a constaté, d'ailleurs, que les ouvrages d'astrologie étaient sans comparaison les plus nombreux dans la bibliothèque que le roi avait formée dans une tour du Louvre. Celui-ci avait attaché à sa personne un autre médecin, également « astrologien », Gervais Chrétien, qui fonda un collège où Charles V créa deux bourses destinées à des mathématiciens qui avaient le titre d'écoliers du roi et devaient ne lire que des ouvrages non défendus par l'Université (^).

«Ces mots d'astrologie et d'astronomie, encore mal expliqués alors, écrit Victor Le Clerc que nous venons de citer, ne doivent point nous tromper. A côté des pronostiqueurs et des tireurs d'horoscope, il y avait de vrais astronomes... On pou-

(1) X. JoRGA, Philippe de Mézières ef la croisade au 'S.IV^ sicclc. Paris, 1896, p. 418.

(2) Charles Jourdain, Excursions historiques et philosophiques à travers le moyen âge. Publication posthume. Nicolas Oresjne et les astrologues à la cour de Charles F. Paris, 188?, p. 46*3.

vait être, selon l'expression du temps, un praticien es corps célestes, sans être nécessairement un devin )>. Est-il besoin de rappeler que l'astrologie judiciaire elle-même reposait sur une double hypothèse, savoir que les événements qui se passent sur terre sont liés aux mouvements des corps célestes et que l'observation aidée du calcul permet de deviner les principales lois de cette liaison ? « L'astrologie judiciaire, dit Charles Jourdain, remonte à la plus haute antiquité. Après avoir été cultivée par les prêtres de la Chaldée et de l'Egypte, par les Grecs et par les Romains, elle a continué dans le moyen âge à exercer un puissant prestige. L'autorité d'Aristote était là. Après avoir établi que le mouvement qui emporte le monde suppose un premier moteur qui lui-même est immobile, il enseigne que les astres ayant reçu l'impulsion du premier moteur la communiquent au reste de la nature, qu'ils servent même d'intermédiaires entre Dieu et les êtres inférieurs, qu'ils sont pour ceux-ci le principe immédiat de toute vie et de toute action. » Il convient de noter avec Charles Jourdain que saint Thomas d'Aquin croyait avec Aristote au pouvoir des astres dans l'ordre matériel, mais n'admettait point que ce pouvoir s'étendît aux actes humains et qu'ainsi il n'était pas en définitive un adepte de l'astrologie judiciaire. Sans songera écrire l'histoire de l'astrologie au moyen âge, nous pouvons mentionner quelques faits pleins de signification. L'empereur Frédéric II se complaisait aux spéculations des devins, arabes pour la plupart, dont il était entouré. Nombre de princes du xiV' et du xv'= siècle étaient convaincus de l'influence des astres sur les actions humaines et essayaient de s'attacher les interprètes les plus autorisés de la prétendue science. Le choix du moment où devaient s'accomplir les événements importants préoccupait les esprits les plus avisés. « Les villes italiennes, écrit Burckhardt, entretiennent des astrologues en titre et, du xiv= au xvi« siècle, les universités ont même, à côté d'astronomes proprement dits, des professeurs spéciaux qui sont chargés d'enseigner l'astrologie. On

savait bien que saint Augustin et d'autres Pères de l'Église l'avaient combattue, mais on riait de leurs convictions surannées et Ton se mettait au-dessus de leur autorité. C'est ainsi que la plupart des papes ne font pas mystère de l'habitude qu'ils ont d'interroger les étoiles (*) ».

Dans les sciences morales et juridiques apparaissent de curieuses applications de ces notions. A la fin du xiii* siècle, Pierre Du Bois dit que tous sont d'accord pour désirer que l'univers soit soumis au roi de France, pourvu que ce roi soit engendré, mis au monde, élevé et instruit en France. « L'expérience, écrit-il, a prouvé que les astres se présentent en ce pays, sous un meilleur aspect et exercent une iniluence plus heureuse que dans les autres pays (*). » Une publication de la même époque est intitulée : Le livre du gouvernement des princes et des secrets d'A ristote, appelé te secret des secrets, envoyé au roi Alexandre, a Et ce livre, est-il dit, fist Aristote en sa vieillesse et en la faiblesse de son corps, pour ce qu'il ne pouvoit travailler ni faire les besoignes qu'Alexandre lui avoit enchargiées, car Alexandre l'avoit fait gouverneur et maistre par dessus tous et l'aimoit moult pource qu'il estoit homme de très bon conseil et de très grant clergie et subtil entendement. Et estudioit toujours sans cesser les bonnes et gracieuses meurs et les sciences spirituelles, contemplatives et caritatives et si estoit moult saige et humble, etaimoit raison et loyaulté. » Au cours de l'ouvrage, l'auteur parle du (( très noble docteur Platon qui, par la voie de la science des estoiles, a voulu acquérir et sentencier de toutes les choses créées et formées ».

Au commencement du xiv« siècle, Pierre d'Abano construisit une philosophie des religions à l'aide de l'astrologie. Des auteurs arabes et des auteurs juifs avaient, les premiers, émis

(*) La civilisation en Italie au temps de la Renaissance, par Jacob BuRCKHARDT. Tracluctioii de M. Schmitt. Paris, 1S85, t. II, p. 291.

(-) E. Renan, Pierre Bh Bois, légiste. Dans V Histoire littéraire de la France, t. XXVI, p. 474.

l'idée que toute religion dépend des étoiles. Selon eux, les astres gouvernant toutes choses, toutes choses sont changeantes comme la face du ciel, et la religion elle-même n'est pas immuable ; la planète de Jupiter a produit les diverses religions par sa conjonction avec les astres planètes, et comme on ne connaît que sept planètes, il ne peut y avoir que six religions. Dans ce système, la conjonction de Jupiter avec Saturne, donna naissance au judaïsme, celle de Jupiter avec Mars produisit la doctrine chaldéenne ; la religion égyptienne provient de la conjonction de Jupiter avec le Soleil ; Jupiter en conjonction avec Vénus créa le mahométisme; en conjonction avec Mercure, il enfanta le christianisme et par sa conjonction avec la Lune il produira la religion de l'antechrist (^). Le christianisme était la cinquième religion dans l'ordre chronologique; il devait faire place à la religion de l'antechrist, et des incrédules, comme Pierre Pomponat, annonçaient sa fin. « Les miracles cessent, enseignait-il, il ne s'en fait plus que de mensongers; la consommation approche». «C'est surtout, dit Ernest Renan, l'étude de la médecine qui contribua à fonder à Padoue le règne des Arabes. Pierre d'Abano mérite, sous ce rapport, d'être considéré comme le fondateur de l'averroïsme padouan... Par sa réputation suspecte et son orthodoxie équivoque, il mérita bien mieux le nom d'averroïste. La pensée impie de l'horoscope des religions, ensuite reprise par Pomponat, Pic de la Mirandole, Cardan, Vanini, est énoncée pour la première fois, ce me semble, dans ses écrits avec une surprenante hardiesse. Il mourut pendant qu'on instruisait son procès; l'inquisition prit sa revanche en faisant brûler ses os et son nom resta, dans la mémoire populaire, chargé de machinations •infernales et de mystérieuses terreurs (2). »

L'astrologie rencontra des adversaires résolus. Dante place,

(') J. Blrckhardt, ouvrage cité, t. II, p. 299.

f-) Ernest Renan, Aven^oès et V ave r rot s me. Essai historique. Troisième édition. Paris, 1867, p. 3?6.

dans un des cercles de son Enfer, Michel Scot « qui sut véritablement le jeu des fraudes magiques » et qui avait l'ait partie de l'entourage de l'empereur Frédéric II, Guido Bonatti de Forli, sans l'avis duquel le comte Guido de Montefellro ne se lançait dans aucune entreprise, et un devin fameux, Asdente de Parme, qui, dit le poète, « voudrait bien maintenant être resté à son cuir et à son ligneul, mais se repent trop tard ». Pétrarque était convaincu de l'inanité et de l'inutilité des pratiques des astrologues; (piand, en 1354, il fut chargé de faire au peuple de Milan le discours de la cérémonie de la proclamation des trois Visconti, héritiers de l'archevêque Jean Visconti, il dut néanmoins se soumettre aux fantaisies de l'astrologue qui avait été choisi pour désigner le jour le plus heureux et l'heure la plus propice. Dans le Songe du Vei^gier, écrit sous le règne de Charles V, le clerc blâme en général les conjurations et les présages superstitieux. A la même époque, Nicole Oresme, évêque de Lisieux, combattit avec la plus grande vigueur l'astrologie, la sorcellerie et la magie. Au début du XV» siècle, Jean Gerson, l'illustre chancelier de l'université de Paris, dénonça avec véhémence les pratiques de divination au moyen des étoiles dans son : Tractatus an liceat christiano initia rerum ohservare ex cœlestium siderum respectu.

Dans l'histoire littéraire du droit de la guerre, il convient de citer les développements curieux que donna aux notions astrologiques Jean de Legnano, auteur du Tractatus de hello, et qu'Honoré Bonet reproduisit en partie dans son livre si curieux, V Arbre des batailles. Jean de Legnano enseigna le droit à Bologne et, s'il est exact, comme le pense Georges F. Warner que nous avons cité déjà, que Thomas de Pisan est le personnage qui, sous le nom de Benvenuto di Pizzano, fut professeur d'astrologie en la même ville, le rédacteur du Tractatus de bello ne fut point un inconnu pour le père de Christine.

Jean de Legnano composa son livre pour l'instruction de

ses élèves, quand, en 1360, une forte armée assiégeait Bologne. 11 divise les guerres en « spirituelles » et « corporelles ». Il donne comme exemple des guerres spirituelles, la lutte des anges rebelles contre Dieu. Aux guerres spirituelles correspondent, selon lui, des guerres corporelles; il enseigne que tout acte corporel est inspiré par l'élément céleste et qu'ainsi naît la lutte, c'est-à-dire la répugnance virtuelle qui a son origine dans les astres; il soutient que les corps célestes et plus spécialement les planètes, dont l'influence est plus grande que celles des étoiles fixes, amènent les modifications incessantes et la mobilité continuelle, et il conclut qu'il n'y a probablement pas de péché à soutenir, avec les philosophes et avec les astrologues, que le monde ne pourrait subsister sans guerre et par la seule paix; il se hâte d'ajouter, il est vrai, que si les théologiens sont d'un autre sentiment, il se soumet en tout à leurs critiques. Jean de Legnano constate l'influence des astres sur l'individu; l'expérience prouve, selon lui, que la faiblesse et la difformité des aspects, au moment de la naissance, font surgir des amitiés naturelles et des inimitiés naturelles entre les hommes. Il la constate également en ce qui concerne les cités et les villes, entre lesquelles se manifestent l'amour et la haine en vertu des aspects à l'époque de leur fondation et entre lesquelles, à cause de l'influence du ciel, éclatent les haines et les guerres. <c Le but de la guerre, écrit-il, est de remédier à cette antipathie et, comme telle, la guerre procède de Dieu; c'est de Lui que dérive toute faculté tendant au bien, et toute faculté semblable vient du Créateur de manière positive et non seulement à titre de permission ; la faculté de déclarer la guerre juste tend au bien, par conséquent, elle dérive positivement de Lui ; la guerre juste tend au bien, car elle a pour but la paix et le repos de l'univers. Ainsi, il est clairement démontré que Dieu, agissant comme le médecin suprême et comme le conservateur du monde, ordonne les guerres pour détruire les délits. L'action du Créateur se manifeste au

moyen des corps célestes... 11 est nécessaire qu'il y ait dos guerres; le gouvernement du monde ne peut se faire sans elles. »

Il serait aisé de prouver que les mêmes idées ont trouvé' faveur chez nombre d'auteurs du xv* et du xvi* siècle. Un contemporain de Jean de Lcgnano, Honoré Bonet, les avait reproduites, sans mentionner le nom du professeur de Bologne, et il avait consacré un chapitre de son Arbre des batailles à la question de savoir a se c'est chose possible que naturellement le monde soit en paix )>. Comme Jean de Legnano, il opinait pour la solution négative. « C'est impossible chose, écrivait-il, que le ciel se repose, c'est à dire qu'il ne se remue de ung lieu, car continuellement qu'il se tourne d'Orient en Occident, ce n'est pas sans soi remouvoir, ce qu'il fait chaque jour, et les corps terriens se meuvent au mouvement du ciel. Pour quoi il appert durement que commotion vient entre les corps terriens. Item plus fort. Les corps terriens se gouvernent par les corps celestiaulx, selon que dient les philosophes. Mais il est clere chose que les corps celestiaulx font venir es choses terriennes nature répugnant en diversitez de conditions, ainsi comme pouvez veoir de la lune que, quant elle est pleine, elle engendre es choses terriennes force et vertu, mais quant elle est en decours et qu'elle n'est mie pleine, les choses terriennes sont plus foibles et moins vertueuses. Ainsi doncques l'opinion appert estre vraye. Item de ce je vous donnerai cler exemple, car, selon ce que dist Aristote, c'est chose nécessaire que cestui bas monde les corps terriens prendront leurs conditions et leur nature selon la disposition des estoiles. Mais il est chose clere que entre les estoiles est naturelle rébellion et contrariété, car l'une engendre chaud et l'aultre froid, l'une amour et l'aultre dissension, l'une luxure et l'aultre chasteté, l'une sang et l'aultre mélancolie. Doncques puisque contradiction est entre elles, certes elle doit bien estre entre les corps terriens lesquels se gouvernent par leurs mouvemens. Et par cette raison vous povez bien veoir exemple

patent et manifeste, car il y a plusieurs citez qui, du commençant qu'elles fussent faites, toujours se sont entramées, sans que leur amour soit venu par mérite ne par service que an commencement ne depuis l'une ait faict à l'aultre et si trouvez d'aultre part aucunes villes et citez qui, de leur premier commencement, sans que ait à l'aultre point fait de mal, toujours sont en haine. Et pareillement deux personnes de la première fois qu'ils verront l'ung l'aultre. Et deux autres en verrez que tantost qu'ils s'entrevoiront auront aiïiour l'ung à l'aultre, supposé que jamais ils n'aient fait plaisir l'ung à l'autre et toutefois ils aimeront l'ung l'aultre par oyer parler à part ou aultrement. » Honoré Bonet prétend montrer que a naturellement chascune chose créée en ce monde prend nature et condition de résister à la chose qui lui est contraire », qu'il en est ainsi des animaux et que les hommes sont également sujets « à cette rébellion et à ce desaccort ». N'oublions pas que V Arbre des batailles fut dédié au roi Charles VI.

C'est vers la fin de 1368 que Thomas de Pisan arriva à la cour de Charles V, qui ne tarda pas à apprécier ses qualités et à reconnaître ses mérites. Au sujet de son père, Christine écrivit plus tard des lignes élogieuses et vanta notamment son cchault enseignement es sciences mathématiques en jugemens d'astrologie». «Avec ce, ajoutait-elle, entre les princes et ceux qui le fréquentaient, la vraie réputation de sa prodomie, ses bienfaits, loyaulté, vérité et aultres vertus et nul reproche faisoient plaindre sa mort et regretter savie(').» Il n'était point seulement le médecin du monarque; il aidait celui-ci de ses conseils et l'histoire fait même mention de services politiques qu'il rendit. Il s'agit des relations commerciales de la France et de Venise. En 1363, le roi Jean avait concédé des lettres de marque contre les Vénitiens à Raymond Sérallier, négociant de Narbonne qui avait été attaqué dans les Dardanelles par

(*) Vie de thristine de Pisan et de Thomas de Pisan son père, parBoiviN LE Cadet. Mémoires de littérature tirés des regist>'es de l'Académie royale dez Inscriptions et Belles-Lettres, 1736, t. II. p. 706.

trois galères de la Uépublique. En 1368, le roi Charles V avait suspendu pour un ternie de cinq ans rellet de cet octroi, et Venise s'cflorça, avant l'expiration îles cinq ans, de conclure un accord définitif ou d'obtenir au moins la prolongation du décret suspensif. « La Hépublique, dit un historien, confia sa cause à Thomas de Pisan, médecin et conseiller de Charles V, originaire lui-mèine de Venise et conseiller de la Uépublique. Elle n'eut qu'à se louer de son mandataire. Le 22 mars 1372, Thomas écrivait à la Seigneurie qu'il lui avait semblé préférable d'obtenir la levée des lettres de marque avant de négocier un accord, qu'il avait gagné le premier point et qu'il allait s'occuper du second. Il eut, peut-on croire, toute satisfaction: le 19 février 1377, Charles V, à la sollicitation de Jean Contarini, ambassadeur de la République, exempta les Vénitiens de l'impôt de six deniers pour livre, dit traite foraine (i). )>

(1) Histoire des relations de ht France avec Venise, du XIII'' siècle à Vavenement de Charles VIII, par P. M. Ponet. Précédé d'une notice sur l'auteur par Paul Meyeb. Paris, 189G, t. I, p. 32.

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