‹ Christine de Pisan et ses principales uvresChapitre 4 sur 8 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'action et l'influence de Chiustine de Pisan,

Assurément, il est permis de porter sur Ctiristine de Pisan un jugement favorable et de constater qu'elle exerça une bienfaisante et utile influence. En quelques-unes de ses petites poésies elle fait preuve d'un talent plein de charme et de sensibilité; en ses ouvrages étendus elle se montre capable d'exposer et de défendre avec talent des thèses morales ; elle émet de judicieuses considérations; elle défend courageusement les faibles et les opprimés; elle élève la voix pour rappeler au devoir les puissants de la terre. Sa lecture est vaste, et s'il ne convient nullement de prononcer les mots trop solennels de « savoir historique » et d' « érudition », il serait injuste de méconnaître qu'elle cite avec à-propos les auteurs anciens, aidant ainsi à les faire connaître et aimer. Reproduits en de nombreuses copies, ses livres eurent certainement quelque action sur l'opinion publique et de beaux exemplaires écrits sur parchemin et ornés d'admirables miniatures attestent que les personnages du rang le plus élevé tenaient en estime le talent littéraire de la noble femme. Christine de Pisan manie non sans habileté l'idiome qu'elle a préféré à l'italien ^t qu'elle se plaît à appeler « un parler delitable ». X'a-t-elle pas dit du français qu' <( il est plus commun pour l'universel monde que quelconque autre langue»? Elle aime l'étude; elle se fait une idée élevée de la science dont elle se proclame

I' uaïK'elle •», la sfi-vaulo. Dans lo Une du chemin de longue <.'slude, ellr ôcril :

Scieuca c'est celle qui peut le mortel Fiiire muer en iinnidrlel.

Sans doule, en droit polUicine et en droit des gens, son rôle a été niodesle. Des sonvenirs de ranti(iuilé, des rellexions suggérées, par les institutions italiennes, des idées empruntées à V Arbre des batailles constituent à peu près tout son apport, mais rien en cela n'est à dédaigner et elle a l'incontestable mérite d'avoir tenté l'effort.

Déjà nous avons mentionné que Christine conquit de hautes protections et de solides amitiés et nous avons rappelé que des écrivains contemporains, Honoré Bonet et Jean (ierson, pour ne citer (jue ces deux hommes de valeur, manifestèrent l'admiration fort vive qu'elle leur inspirait. L'illustre chancelier de l'Université de Paris rendait hommage à ses qualités; il l'appelait : Insiynis femina, virilis femina, « femme remarquable », ce femme au cœur viril ». En 144ïî, Martin Lefranc écrivait à son sujet :

Elle fut Tulle et Calhon, Tulle, car en toute éloquence Klle eut la rose et le bouton, Cathon au?si en sapienco.

Uécennnent, un auteur a pu dire que, dans la première moitié du xv" siècle, la réputation de la noble femme de lettres s'étendait au loin, en Angleterre, en Italie, en Flandre, en Espagne et au Portugal, et « qu'elle était européenne avant que l'humanisme eût vraiment fait tomber les frontières dans l'Europe intellectuelle (*) ». Il est vrai que lors de l'invention

(') M. LAUiLK. ouvraue cité, p. 3S.

(le l'imprimerie, ses œuvres n'eurent pas toutes l'honneuide la reproduction, mais de là à conclure à l'oubli, il y a quelque distance. Comme nous l'avons noté, Antoine Vérard tit imprimer à Paris, en 1488, VArt de chevalerie selon Vegèce suivi du Livre des faits d'armes et de chevalerie et cet ouvrage est tout simplement Le livre des faits d'armes et de chevalerie avec cette particularité que dans les passages oii l'auteur se met en scène, il s'exprime en homme et non en femme, et que les mots affectueux d'Honoré Bonet « Cliière amie » sont remplacés par les mots « Cher ami ». Certains manuscrits ont d'ailleurs la même leçon; la Bibliothèque nationale de Paris et la Bibliothèque royale de Bruxelles les possèdent.

En J489, William Caxton imprima : The book 0/ fayttes of armes and of chyvalrye.

Au début de l'ouvrage, le nom de l'auteur est indiqué : Hère hegynneth the book of fayttes of armes and chyvalrye. And the first chapytre is the prologue in whiche Xrystyne or Pyse excuseth hir self to hâve dar enterpryse lo speke ofso hye mat ère as is conteyned in this said book. A la fin du livre, il apparaît également : Thus endeth this boke whiche Xryne of Pyse made and dreive ont of the boke named Vegecius De re militari and oui oftharbre of bataylles with many other thinges sette inlo the same requisite and batailles. Les lignes qui suivent disent que, dans son palais de Westminster, Henri VII, roi d'Angleterre et de France, a remis cet ouvrage à William Caxton et lui a demandé de le traduire et de l'imprimer « afin que tout gentilhomme, né pour les armes, et toutes manières de gens de guerre, de capitaines, de soldats, de fournisseurs et tous antres puissent connaître comment ils doivent se conduire dans les faits de guerre et de batailles ».

D'autres livres de Christine de Pisan ont été imprimés à la (in du xv^ et au commencement du xvi« siècle. Pour nous borner à quelques indications, citons l'édition que fit Antoine Vérard du Livre des Trois Vertus et la traduction de la Cité des dames, œuvre de Bryan Anslay qui parut à Londres,

rn lo:2l, sous le titn' de The boke of ihe cijte nf ladics the whiilie hokc is deviised inlo lliree paris. Uappeloiis une publieation de loOo, intitulée : Petit traictic Icijuel fut eitrail d'une fiction, Melibce et l'ru(l(nce,oi \ctiMorall proverbs of Christ f/ne, Iranslated front the {rcnch by Karl Hivers, i)arus fort proba- Idement en lo^îO. Mentionnons aussi le volume imprimé à Paris, en lo49, et portant le titre : Le chemin de longue estude de dame Cristine de Pise, oit est descrit le débat esmeu du parlement de liaison pour releciion du prince digne de gouverner le monde, traduit de langue romanne en prose françogse par Jan Chaperon, dit lassé de repos.

Cependant l'oubli se fit sur l'a-uvrc de la fille de Tbonias de Pisan. De temps en temps, quelque mention apparut, mais elle rencontra peu d'écho. Clément Marot disait qu'elle méritait d' « avoir le prix en science et doctrine ». C'était dans la première moitié du xvi* siècle. Au xvii'^ siècle, Gabriel Naudé l'appelait rectissima doctissimaque puella, candida et erudita virgo. il s'exprimait ainsi en une lettre par laquelle il promettait de publier le Livre de la Paix et le Trésor de la Cité des dames. La lettre était adressée, en 16.36, à .laeques-Pliilippe Tomasini, l'éditeur des œuvres d'une autre femme illustre, Cassandre Fedele, qui, née en 146o, était décédée à Venise en ioo8.

Au xvni*^ siècle, l'acte de réparation commenea.

Jean Boivin, yarde de la Bibliothèque du roi, composa uneexcellente notice, qui parut dans les Mémoires de littérature tirés des registres de F Académie royale des Lnscriptions et Belles- Lettres de 1736, sous le titre de Vie de Christine de Pisan et de Thomas de Pisan et qui fut fréquenniienl mise à profit par les historiens.

Au commencement du xvu'' siècle, Denis Godefroy s'était proposé de publier le Livre des faits ci bojines meurs d^ Charles F. Il ne lui fut pas donné de mettre son projet à exécution ; mais, en 1743, l'abbé Jean Lebeuf inséra l'ouvrage dans un des volumes des IUsserlations sur Fhisioire

ecclésiastique et civile de l^aris, en laissant toutefois des omissions.

L'auteur illustre du iJiclionnuire historique et critique, Pierre Bayle, avait invoqué la Cité des dames dans l'amusante notice qu'il avait consacrée au père de Novella. Jean d'André, mais il avait négligé de rédiger la biographie de Christine. De IToO à IToG, le pasteur néerlandais, Jacques-Georges Chaufepié publia un Supplément à l'ouvrage monumental de Pierre Bayle et il y plaça une étude intéressante sur la femme de lettres du xv^ siècle, en puisant ses renseignements dans les travaux de Jean Boivin.

En ITol, Claude Sallier publia dans les Mémoires de littérature tirés des registres de r Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres d'intéressantes pages concernant deux ouvrages manuscrits de notre auteur.

En 1787, 31"^ de Keralio consacra deux volumes de sa Collection des meilleurs ouvrages f'rançois composés par des femmes à rééditer les pages écrites par Boivin et par Sallier et à résumer un certain nombre des ouvrages de Christine, notamment le Chemin de longue estude, le Livre des Trois Vertus, la Cité des dames, le Livre des faits d'armes et de chevalerie et le Livre de la mutation de la fortiine.

En 182 i, Claude-Bernard Petitot publia une savante étude sur Christine de Pisan dans la Collection complète des mémoires relatifs à lliistoire de France depuis Philippe- Auguste jusqu'au commencement du XVIP siècle et il mit dans le même recueil le Livre des faits et bonnes meurs de Charles V. En 18of), Michaud et Poujoulat firent paraître la Nouvelle collection des mémoires pour servir à lliistoire de France depuis le XIIl^ siècle jusqu'à la fin du XVJ IF siècle; ils y insérèrent une biographie de la noble femme de lettres et reproduisirent son histoire de Charles le Sage.

En 1888, Baimond Thomassy écrivit un livre plein d'intérêt, VEssai sur les écrits politiques de Christine de Pisan, suivi d'une notice littéraire et de pièces inédites. De 1881 date la publica-

(ion (lo Robert Piiseliol coiu-onianl le Livre du clicmin de lo)Ujtic cstude. En 18.S12, liobineau fit paraître son excellent livre que nous avons cité à plus d'une reprise. En 188.*), Friedrieh Koch composa sa dissertation intitulée : l.elien mid Werke der Christine de l^izan. En 1883, Maurice lloy eoninienra, pour la Société des anciens textes français, la jxiblication des (Jlùivres poétiques de Christi)ie de l^isdu, dont le premier volume s'ouvre par une savante introduction. Eu 189(i, Léopold Delisle publiait dans les Notices et extraits de lu Bibliothèque Nationale et autres bibliothèques le travail relatif aux Sept psaumes alUujorisés. En 1904, l'un des conservateurs <ies manuscrits du Musée britannique, (leorge F. Warren, édita avec soin une ancienne traduction anglaise de VEpistre iVOthea. En 1912, Matbilde Laigle composa un ouvrage intéressant à un baut degré dans lequel elle étudia le lAvre des Trois Vertus et tit un tableau fidèle du milieu bistorique et littéraire où Cbrisline de Pisan vécut et agit.

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