‹ Christophe ColombChapitre 1 sur 11 · Christophe Colomb · texte numérisé non relu

Christophe Colomb

Ce petit Ouvrage ne renferme rien de nouveau : c'est un humble récit qui n'a d'autre mérite que celui d'avoir été puisé aux sources les plus exactes; mais tout ce qui est relatif à la vie du grand homme qui a découvert le Nouveau-Monde , a un attrait puissant. Nous raconterons les points les plus remarquables de ses voyages et de ses découvertes, en élaguant les recherches et les termes scientifiques , pour nous occuper surtout de ce qui , dans cette admirable histoire, touche le cœur ou excite la curiosité.

Nous désirons que ces faits , simplement rapportés , ne perdent pas sous notre plume l'intérêt qu'ils inspirent par eux-mêmes.

Siinla Mniio de R^bidc).

A une demi-licne (iii pori <te Paios, co Andalousie, s'élevait à la (in du xv siècle un couvent de moines Franciscains placé sons rinvocalion tic S:uila Maria de Rabida.

Un soir d'anionuie, un homme d'une laiile hante, d'une mine nohie ci lièie, s'arrcia à la poric de la maison de Dion ; il lenail un jeune garçon par la main, cl il domauda au portier un \)eu de pain cl d'eau pour cet enfant.

Le prieur, Juan Ferez de la Marchena, (pii traversait les cloîtres du mona^lére, \ii l'étranger et s'approcha de lui. Dieu souvent les pauvres et les voyageurs s'arrêtaient à la Uahida pour y recevoir l'aumône du couvent; mais rœil pénétrant de Juan Ferez lui fit promptemeui reconnaître que ce n'était pas lu un pauvre ordinaire.

Il demanda le nom de riuconiiu ; ce nom n'avait rien alors qui attirât ratlention ; mais la noble

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éloculion de celui qui le portait, le courage qui paraissait le. soutenir au milieu (i'tiire extrême infortune, touchèrent le cœur de Ferez.

« Vous êtes fatigué, dit- il à Télranger , voire fils ne peut continuer sa roule; reposez-vous :ni couvenli et soyez noire hôte pour quelques jours. >

Le malheureux père accepta avec reconnaissance l'asile qu'on lui offrait, ei comprit hienlôl qu'il pou" vaii donner sa conliance au bon prieur.

L'intérêt dePerez s'accrut, quand il apprit que son hôte était marin; qu'il avait conduit plusieurs fois, en qualité de capitaine , des vaisseaux sur l'Océan , et qu'il avait fait le voyage de la Guinée et celui de l'Islande, les deux limites les plus reculées du monde connu alors. Dans ce siècle de découvertes, la curiosité était excitée au plus haut point par le récit de ces voyages lointains : l'étranger confia à Ferez qu'il méditait un grand projet de découvertes ; que depuis plusieurs années il sollicitait le secours des princes et des personnages puissants pour tenter une entreprise dont le succès lui paraissait certain ; que , repoussé partout , il avait par d'inutiles voyages épuisé ses dernières ressources, mais qu'il ne pouvait renoncer à l'espoir de réussir un jour. « La Providence , ajoutait-il avec une conliance ferme et modeste, avait certainement des desseins sur lui; elle l'avait conduit comme par la main sur la voie où il se trouvait, et quelques rebuts qu'il eût à essuyer de la pan des hommes, il osait fermement espérer que la volonté de Dieu était que son projet s'accomplit. »

niRisTornE colomb. Î)

Juan Percz avail une coitnaissance :ipf)rofun<lic des liiiinmes ; déjà il avail reconnu en son liole le cachet ihi génie ; il avait a|)précié ses vasies connaissances, il avail démçié en lui nn mélange cxliaonliiiaire d'enthousiasme et de raison , de confiance et du modestie , (pii devait le rendre nierveilleusenicnl propre à Pexéculfon des jjrandes choses. Perez éiail docte ; il ainjail la science ; il jugea que les projets de cet homme éminemment éclaiié ne devaient pas être rejetés sans examen. Mais il ne voulut pas s'en rapporter à son propre jugement , et il fit appeler uu savant médecin de Palos , Garcia Fernandez , st)n ami, le priant de l'aider de ses lunnères.

Quel était cet inconnu qu'un moine obscur soumettait à des épreuves mullipliées , avant de lui assurer son humble protection?

Quand nous répétons, à la louange immortelle de Christophe Colomb , que c'est à ses efforts et à son génie que fui due, err 1492, la dérouverte du Nouvcau- Monde , qui j!j;.mius__s^al tend r^[L à. le voir iiummer ici, et se le leprcsenlerah sons tes traits de cei — homme, à pied, sur la route de Palo;» , dentandani un peu de pain et d'eau pour ne pas voir mourir sou enfarjl , et se- trouvant heureux <Kî fuiie d'un simple moine le (lépo>itaire de ses magnifi(|ues secrets ?

Celait lui cepet.rdar)l ; tel fut le point de dépari de ce grand homme. Honneur à l'horrrme de bierr qui le premier seconda se> désirs n comprit son gérrie !

Presque cha(|ue soir Juan Perez et Garcia Fernandez se réunirent dans le vieux couvenl , et là Christophe Colomb remplit les heures de loisir de ses deux amis

iO CHi;isïOPiii: eoLOMB.

eu Icîjr développant tousses projets, et en leur l'aisanf connaître dans les moindres détails les conjectures sur lesquelles il fondait ses espérances de succès.

Quelques mots sur les efforts des Portugais pour arriver aux Indes par mer.

A l'époque dont nous parlons , les navigateurs s'occupaient inces«;amment de trouver un passage aux Indes par mer. Celait surtout la cour de Portugal qui avait favorisé les voyages autour d'Afrique.

Dès 14^35 , Gillianez avait doublé le cap JSun ou Bajador. Jamais Européen avant lui n'avait été au delà; les gtiographes anciens croyaient que l'Asie et l'Afrique étaient rejointes au sud par une suite de contrées très-étendues qui auraient fait de la mer des Indes un bassin intérieur; ils imaginaient que chaque mer était, comme la Méditerranée , entourée de I erres.

Cependant on avart conservé la relation d'un voyage fait autour de TAfrique , GlOans avant Jésus- Christ, par des navigateurs phéniciens. Lorsque les limites du cap Nun furent passées , les Portugais cherchèrent à s'assurer si cette roule autour de l'Afrique existait en effet. Un membre de la famille royale de Portugal , le prince Henri , fils de Jean I^"*, s'en occupa avec tout le zèle de la science. Il encouragea l'élude de la géographie, qui était très-peu

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avancée alors, puisqu'on ne connaissail pas même la forme de la terre. La boussole venait d'être découverte; à l'aide de cette précieuse aiguille on pouvait naviguer plus facileinenl sur l'Océan ; mais on avait adopté la croyance que la zone torride était icllemenl brûlante qu'aucun bomme ne pouvait y passer sans mourir. Le prince Henri fil établir un observatoire à Sagres , dans le royaume des Algarves , el fonda un collège dans lequel il appela des bommes savants qui perfectionnèrent les cartes et les instruments , perdirent peu à peu le préjugé qu'en naviguant vers le sud on arriverait à une zone inbabitable, el favorisèrent si bien les voyages autour de l'Afrique , qu'en 1447 on arriva aux côles de la Guinée, el qu'en 1473 , le premier jour de l'année , l'île d'Annabona fut découverte au delà de l'équaleur. Ainsi celle redoutable ligne était francbie , el la zone torride ne devaii plus effrayer les navigateurs.

Le prince Henri mourut cette année même; il ne vil pas l'accomplissement de ses plus cbers désirs : la roule aux Indes trouvée autour de l'Afrique.

Pendant ce temps s'élevait et se formait au milieu des travaux et des dangers de la mer Cbristopbe Colomb , dont nous écrivons l'bisioire.

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Premières années de Colomb.

Christophe Colomb éiaii né à Gènes (1). Un alirair, irrésistible le porta dès son enfance vers l'étnde de la géographie et de l'asironomie. Ses parents l'envoyèrent étudier à Pavie. A Tàge de quatorze ans, il savait faire des cartes , dessinait parfaitement , écrivait si bien qu'il aurait pu vivre de ce talent et souhaitait passionnément de voyager sur mer. Ses [)arenis le lui permirent, il accompagna un amiral du nom de

(1) Savone , dans le territoire de Gênes; Cucaio, dans le marquisat de Montferrat, et plusieurs autres villes d'Italie ont disputé à Gênes l'honneur d'avoir vu naître Colomb.

L'obscurité qui enveloppe les premières années de sa vie a donné lieu à ces réclamations. On ne sait rien de positif sur la famille de ce grand homme ; les uns ont dit qu'il était fils d'un cardeur de laine à Gênes ; les autres , que ses ancêtres étaient, nobles. Quels qu'ils fussent , ils ont fait soigner l'éducation de leurs trois enfants , Christophe , Barthélémy et Diego Colomb; et on remarque dans leur famille deux marins distingués , l'amiral et le capitaine Colombo.

Lorsque le génie de Christophe Colomb eut rendu son nom illustre , plusieurs familles de Plaisance et de Montferrat , du nom de Colombo , cherchèrent à prouver que ce noble enfant de Gênes appartenait à l'une d'elles. Leurs prétentions paraissent mal fondées : elles sont démenties par l'intérêt que Colomb prit toujours à Gênes , par les dons qu'il 6t à U République , par la recommandation qu'il fait à son fils d'entretenir à Gênes un membre de sa famille ; enfin , par un passage de son testament où il dit positivement qu'tl esl né à Gênes.

CIIBISTOPIIË COLOMB. 15

Colombo , son parent , qui devait aider Jean d'Anjou, (ils du roi" fléné , à reconquérir le royaume de Naples.

ColoH)b commanda pins lard des vaisseanx pour le même souverain ; il navigua longtemps sur la Méditerranée, où il eut à lutter contre les corsaires maures.

Telles sont les conjectures que nous pouvons former relativement aux premières années de sa vie, sur lesquelles nous avons peu de lunnères. Une aventure exiraordinaife, racontée par Fernando, aurait amené Christophe Colouïb en Portugal vers Page de trente- six ans.

Un jeune capitaine , neveu de Tamiral Colombo , atta(|uait souvent les pirates arabes. Il était devenu si terrible, que les mères, quand elles voulaient effrayer leurs enfants mutins ^ les menaçaient du capitaine Colombo.

Ce capitaine était en mer vers Fan 1470 , et Christophe Colomb commaiidail un des vaisseaux de sa petite lloiie. Quatre galères vénitiennes revenaient dft Flandre, chargées de richesses. Gènes et Venise étaient ennemies ; Colouïbo attendit les galères près de Gibraltar avec son escadre , et le combat s'engagea.

Christophe Colomb conduisit son vaisseau près d'une énorme galère vénitienne : des grappins et des chaînes furent jetés pour attacher les deux bùiimcnls ; mais, au milieu de la liilie opiniâtre engagée sur les deux ponts , des matières ennaunnées , lancées au hasard, mirent le feu aux vaisseaux ; il fut impossible d'arrêter les progrès de l'incendie. Les équipages se jetèrent à la mer. Colomb était très-habile nageur ; il saisit une rame pour se soutenir plus facilenicnt, fil deux

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lieues à la nage , et gagna la côte de Portugal. Voilà conimeni il arriva dans ce royaume, où s'agitaient tant de questions sur la rouie des Indes.

Séjour en Portugal.

Le zèle de Christophe pour les découvertes trouvait un aliment dans l'enthousiasme des Portugais , tout occupés alors des voyages de leurs compatriotes. Il resta à Lisbonne. Bientôt il s'attacha à la jeune dona Philippa Monis-Palestreilo , et l'épousa : dona Phelippa était fille d'un des marins les plus distingués du xv^ siècle , le cavalier Barlolomeo , qui avait navigué sous le prince Henri , et qui avait fondé une colonie à l'île de Porlo-Santo, dans les Canaries. La veuve de Bartolomeo se plaisait à raconter à Christophe Colomb tout ce qu'elle savait des voyages de son mari. Tous les papiers , toutes les caries du marin italien furent pour Colomb une nouvelle matière de méditations ; il étudiait surtout ce qui avait rapport à la navigation de l'Océan. Il accompagna quelques-uns des vaisseaux qui faisaient le voyage de Guinée ; enfin il résida quelque temps à Porto-Santo, où sa femme avait des biens, et où elle eut son fils Diego. Là il eut de fréquents entretiens avec un navigateur célèbre de ce temps , Pedro Correa , qui avait aussi épousé une fille de Bartolomeo. Comme Christophe Colomb s'appliquait à faire des canes magnifi-

r.HiusTOPUt <:()i.()MB. 15

«i]iies , ce (aïeul le (il ilislingncr des plus illiisires savanls. Il coiicspoiMliiil siiriotii , avec loiile la chaleur et rintimité de la plus douce aniilié, avec Panio Toscanelli , de Florence; ces deux liomines , d'un savoir cniiueul , se plaisaieiil à se communiquer mnlucllemenl le résultai de leuis reclieiclies. Cvsl vers celte époque que Colomb comincnça à mûrir la grande idée, qui bientôt l'occupa loui entier , que Ton pouvait naviguer jusqu'aux Indes par une autre route que celle (|ue suivaient les Portugais. Il iiavailla avec ardeur pour arriver à la preuve mathématique de la supposition qu'il faisait ; car un homme de celle irempe ne pouvait rien livier au hasard.

« La terre est ronde , disait Colomb ( il ne doutait pas de celle vérité , que beaucoup de savants alors contestaient) ; si elle est ronde , on peut en faire le lour , el si on la divise par degrés , et que trois (juarls de retendue de la terre soient connus depuis les Canaries juscpi'à la dernière limite de l'Asio , rOccan , pensait-il , doit avoir un quart d'étendue , el on doit en naviguani toujours à l'onesi, rejoindre les C(Mes orientales <le l'Asie. »

Cette conséquence était juste; mais Colomb se irompait sur les distances, qiTi! ne pouvait calculer exaclemenl : et il était loin de prévoir (ju'enire l'Asie €t l'Europe, au milieu des plaines immenses de rOcéan , dût se trouver un monde aussi grand (|ue l'Ancien.

Il examinait longuement , el citait, à l'appui de son opinion , les récifs d'un voyageur du xiv siècle , Marco-Paulo, qui avait atteint en Asip des limiies

)t) CHRISTOPHE COLOMR.

reculées, inconnues aux géographes, et qui avait décrit des archipels à Torieni de TAsie.

Tons ces faits ayant appuyé la théorie de Christophe Colomb , les premières et vagues idées qu'il avait avancées se transformèrent en une certitude absolue. Il ne se demandait plus , comme au commencement , si on ne pourrait pas arriver aux Indes par l'ouest : il était assuré que ce passage existait, et il cherchait le*s moyens d'y parvenir.

Opposition des esprits aux grandes pensées de Colomb.

Ce projet, qui peut paraître simple aujourd'hui > parce que les faits sont connus, fut regardé , lorsque Colomb commença à en parler , comme le comble de la témérilé ou conime le rêve le plus extravagant. Eiait-on assuré que la lerre fût ronde? Si elle l'était, quelle en était la dimension? L'Océan pouvait-il être traversé dans toute son étendue? Etait-il possible de s'avancer si loin des terres dans des régions inconnues ?

Voilà ce que demandaient des esprits sérieux ; les hommes légers répétaient ces objections, et tous traitaient de chimères les projets du grand homme, insnhaienJ avec dérision à des pensées mûries par un examen si consciencieux, et inspirées par un génie si élevé , par des seniinienls si nobles et si pleins de foi.

CIIRISTOPHIÎ COLOMB. 17

Car voilà la grande pensée de Colomb : Ces lerres existaient plongées dans les ténèbres de l'idolâtrie , et celui qui le premier s'onvrirait une route jusqu'à ces régions malheureuses , y porterait le flambeau de l'Evangile. Il serait un insirumont béni entre les mains de la Providence. Il accomplirait un immense travail à la gloire du Soigneur; par lui, le nom de Dieu serait glorifié. Colomb appliquait à ces conquêtes futures les passages les plus magnifiques des prophètes : il voyait les extrémités de la terre rapprochées , et toutes les nations connaissaul leur Rèdemplenr. Et lui , Colomb, se voyait comme cet instrument de salul pour ces peuples ; il se regardait comme l'homme heureux choisi pour ce grand ouvrage, et seul, dans ses méditations sublimes , il se consolait par ces grandes pensées de l'injustice et de la légèreté des hommes; il retrempait son àme dans la prière, et, remerciant Dieu de l'avoir appelé , il lui demandait de bénir la fin connue il avaii permis le commencement.

Sls premii'ivs tentalivus auprès dt.'S gouverneurs.

L'àme bien née do Colomb , en se représentant les immenses avantages de son entreprise, voulut en dolcr sa patrie. Il écrivit au sénat de Gènes; mais sa lettre fut repoussée, et ce ne fut (jue sur ce refus qu'il se détermina à demander aux puissances étrangères un secours (pie lui refusait son pays. Il réclama tine

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audience de Jean H , roi de Portugal, Christophe Colomb élail si assuré de la réalité de ses prévisions, qu'il les exposait avec une luciditéei un enthousiasme extraordinaires, el qu'il n'eut jamais la moindre hésitation quand il dut paraître devant les rois ou les assemblées de savants pour y développer des choses si nouvelles , qu'il avait la douleur de voir traiter d'extravacances.

Jean II s'enthousiasmait pour io«t ce qui avançait la science et les découvertes; mais sa crédulité venait d'être trompée; on lui avait parlé d'un prêtre Jean qui , disait-on , gouvernait en Ethiopie un grand empire chrétien. Se laissant séduire par celte fable, le roi avait envoyé en Ethiopie une mission qui n'avait fait que d'infructueuses recherches, el dont les travaux étaient tournés en ridicule. Jean II ne voulut rien décider par lui-même, et remil à l'examen d'une junte spéciale le projet de Colomb; mais tandis qu'on l'examinait, ce prince se laissa entraîner à suivre un perfide conseil : tout en regardant comme une chimère les projets de Colomb , un des membres de la junte suggéra au roi l'idée de s'assurer de la vérité , et, sans en parler à Christophe Colomb , d'envoyer une caravelle sur les errements qu'il avait indiqués. C'était frustrer l'auteur du projet de l'honneur qu'il en devait recueillir. Ce plan inique ne réussit pas. Un zèle et un courage stirhiimains pouvaient seuls accomplir une entreprise si hasardeuse. Le capiiairjo chargé de la caravelle fut dégoûté dès les premiers jours , et revint tournant en ridicule toute expédition semblable. Colomb avait lui-même fourni , sur la

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demande du conseil, le^^ indications ei les cartes dont on avait ahiisé pour celle trahison. 11 fui indigné ei quitta le Poilugal.

D'autres niolifs pouvaieiil le déterminer à partir : sa femme était fnorie; le petit puiiimoine qu'elle lui avait apporté avait été épuisé: la famille ne vivait que du produit <les cartes de Christophe Colomh ; les veilles et les soins donnés à ses projets de découvertes consumaient sou temps ; il était arrivé à un état de dénuement complet. Celait en 1484: on ne sait pas bien ce que déviai Colomb peri<!anl celte triste année; on a conjecturé {\u\\ était allé à Gênes olTrir encore, en lesexpliquant lui-même, ses plans à son pays , et qu'il fui dédaigneusement repoussé. On a ajouté , sans probabilité , qu'il alla à Venise et à Florence. Ce qui est certain , c'est qu'il rentra en Espafîne , et que, pressé parla détresse où il se trouvait , il allait voir son beau-frère dans la ville de Huetra, lorsque la Providence lui ménagea un secours et des amis au couvent do Rabida, où nous l'avons vu arriver eu commençant ce récit.

VU

Séjour au couvent.

Christophe Colomb avait alors près de quarantehuit ans; ses cheveux, d'une couleur claire, avaient blanchi de bonne heure ; mais ils donnaient un caractère plus grave à sa vénérable ligure. Un bel ovale ,

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un nez aquilin, des yeux qui ^evenaienl brillants dès que son visage s'animait; une expression noble et un air de cornmaiidement , tempéré par beaucoup de douceur et d'afifabiliié ; une taille élevée et beaucoup de dignité naturelle dans le maintien ; rien d'affecté, une grande simplicité dans les manières et dans la mise : tels sont les détails que nous trouvons de Textérieur de Colomb dans les écrits de ceux qui l'ont vu, et qui savaient que' tant d'avantages lui étaient naturels et qu'ils étaient le résultat de son heureuse organisation et de son beau caractère. Sans doute il entrait dans les desseins de la Providence de lui préparer par là les ressources qui plus tard lui furent si utiles. La dignité d'amiral et de vice-roi des Indes, l'honneur d'avoir trouvé un monde, n'ôlèrent rien à sa modestie; et ce fut sans effort qu'il prit les manières conformes à ce rang élevé.

L'éloquence de Christophe Colomb portail l'empreinte de son caractère, elle était simple et vive. Quand il expliquait toutes les conjectures, qui pour lui étaient des certitudes , il parlait avec clarté , et rendaient intéressantes des choses qui, dans la bouche d'un autre, auraient paru arides; quand il s'élevait à ces hautes considérations qu'il tirait des livres saints, et qu'il puisait dans sa confiance en Dieu, raitachant au but unique vers lequel il tendait tous les événements de sa vie, son langage prenait une leinle d'enthousiasme grave qui pénétrait de respect.

C'est ainsi (ju'apparui à l'humble Juan Ferez le génie de Colomb. Le savant et vertueux religieux apprécia ce mérite méconnu ; il l'aima^, comme il

r.HRlSTOPHF COLOMB. 21

arrive que dans la vie , quand on est assez heureux ponr découvrir en nn être ignoré des qualités (|ue personne n'a encore appiéciées , on s'y complafl. on s'y allache, on met son honneur à les faire connaîlre; par celle appréciation el celle justice qu'on rend le premier, il semble qu'on participe au mérite de celui qu'on cherche à honorer.

Colomb raconta toutes ses infortunes à ses nouveaux amis ; il leur parla surloul longuemenl et chaleureusement de ses beaux projets, et ce dut être pour lui un bonheur bien grand «juc de pouvoir parler avec CCI épanchemenl qui soulage, et celle coufiance qui assure qu'on sera compris el approuvé. Colomb pouvait déj«i s'appuyerde l'opiniondusavanl Paulo de Florence , son ami. Il avait même reçu de lui de nouvelles indications ; Paulo venait de lui envoyer une carte qui indiquait les limites de l'Asie, avec un/ espace d'océan entre l'Europe el l'extrémité du continent asiatique. Ce savant ajoutait, d'après les récits * merveilleux de Marco-Paulo, qu'il existait des royau-\ mes de Caihay el de Mangi , el que ces royaumes \ étaient puissants el maguiliques. Il pailail beaucoup •l'une île de Zipaugi ou Cipatujo , abondante en or et en pierres précieuses, renfermant des villes maguiliques et un palais couvert en lames d'or. Ces pompeuses exagérations des voyageurs désignaient la . Chine et le Japon sous les noms de royaumes de Calhny el d'île de Cipango. L'ignorauce des lieux el <les distances laissait penser à Paulo Toscanelli que ces îles pouvaicfji être à cinq cents lieues en mer , à J'occident de l'Europe. (Elles sont en réalité à plus de

â^2 CHRISTOPHE COLOMB.

quatre mille lieues de notre continent). Mais , quelque imparfaits que fussent de tels renseignements , ils étaient précieux à cette époque , et venaient à l'appui des plus chères idées de Colomb. Son ami lui écrivait, en l'encourageant : « Naviguez à l'ouest ; vous trouverez la terre, n'en doutez pas. » Auprès de Juan Perez, Colomb recueillit encore des indices qu'il saisit avec avidité.

Un marin du port de Palos affirma aux trois amis que, dans un voyage sur l'Océan » son vaisseau avait été emporté si loin vers le nord-ouest, que le cap Misen , en Irlande , s'était trouvé à l'est du bâtiment , et que l'équipage avait remarqué que la mer avait l'apparence qu'elle prend dans le voisinage des terres. Colomb, qui avait aussi fait un voyage à l'île de Thulé , (Islande) regarda comme très-plausible l'assertion du marin.

11 se rappelait encore que Pedro Correa, son beaufrère , lui avait parlé d'arbres énormes et de bois travaillé de main d'hommes , amenés de l'ouest sur les côtes des Canaries; pour lui, il avait touché et vu des roseaux poussés par le vent d'ouest vers Puerto-Santo , et il les croyait venus d'Asie. Perez , de plus en plus attentif, élait persuadé du succès que devaient avoir les tentatives de Colomb. Il l'encourageait chaque jour davantage , et il le retint an couvent jusqu'à l'année suivante , lui donnant toutes les preu' ves d'une solide amitié. L'amour du bon moioe pour son pays lui faisait désirer ardemment de voir l'Espagne profiter des avantages que promettaient ces belles découvertes, si elles avaient lieu. Il donna à Chrisio-

CnRISTOPHli: COLOMB. 25

plie Colomb une Icilrc prcssaiiio pour le prieur du moiiaslèrc de Prado , leriiando de Talavcra, coofesscur de ia reine ; il j^arda le jeune Diego auprès de lui pour rélever dans son couvent , cl , serrant élroiienioni Chrisioplie Colomb entre ses bras , il se sépara de lui en l'engagearit à espérer de l'avenir et (les desseins de Dieu sur lui.

Vin

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