DÉCOUVERTE DE L'AMÉRIQUE
Le 12 octobre 1492, la race humaine, partagée depuis de longs siècles en deux mondes qui s'ignoraient mutuellement, retrouvait "son unité. Le moine franciscain Juan de Marchena avait conduit à la reine de Castille, Isabelle la Catholique, un étranger, un marin génois, fils d'un pauvre mais pieux cardeur de laine. Le marin voulait cingler vers des terres lointaines que son génie lui montrait dans l'immense Océan ; il demandait pour cela des navires, et il exigeait en retour la dignité de vice-roi des îles et continents qu'il allait découvrir, avec la dîme de leurs productions et de leurs trésors. Il lui fallait des richesses immenses, déclarait-il sans détour; car son intention était, après avoir planté la croix du Rédempteur sur ces terres inconnues, de racheter ou de reconquérir le tombeau du Christ. Le roi Ferdinand consulte la science officielle et recule. Isabelle, qu'une foi plus vive anime et que soutient le cardinal Mendoça, déclare qu'elle vendra, s'il le faut, ses joyaux, mais que Colomb partira. Quelques mois après, le 17 avril, étaient signées des lettres patentes qui conféraient à Christophe Colomb ses titres et dignités. Le 12 mai, cent vingt marins espagnols, tous confessés et communies, quittaient sur trois caravelles le port de Palos, sous le commandement du héros chrétien qui.
comme Jeanne d'Arc, s'écriait à l'heure solennelle du départ: Au nom de Jésus- Christ, marchons/ Le vendredi 12 octobre, Christophe Colomb touchait terre aux îles Lucayes, dressait le drapeau du Roi des nations et s'agenouillait pour lui faire hommage de ce monde ignoré, dont il avait attesté l'existence et dont il était le révélateur.
Un moine, un cardinal, une pieuse reine, un héros chrétien, animés d'un même sentiment, avaient porté Jésus-Christ au nouveau monde. Jésus-Christ, c'était le ciel un jour et ici-bas la vraie civilisation. Mais plus d'un compagnon de Colomb oublia la communion faite au départ; Cortez, Pizarre, Améric Vespuce, les lieutenants de Colomb eux-mêmes, séduits par l'appât de l'or, virent dans les peuples du nouveau monde une proie à exploiter, et trop souvent à la colonisation pacifique et bienfaisante se substituèrent d'odieuses conquêtes. Toutefois l'Église avait envoyé ses apôtres à ces lointaines régions; depuis le dominicain Las Cases jusqu'au jésuite Claver, et depuis Cover jusqu'aux Cheverus, aux Mac-Coskey, aux Gibbons et aux Macedo, de courageux apôtres ont tenu haut et ferme l'étendard du Sauveur, apporté au nouveau monde par l'illustre tertiaire de Saint-François. Ce n'a pas été en vain que les nouvelles cités de l'Amérique du Sud ont été inaugurées par la célébration du sacrifice eucharistique; les populations sont imprégnées d'une foi ardente que le souffle si fréquent des révolutions ne réussit pas à faire disparaître. Au nord, c'est le Canada, si admirablement fidèle aux mœurs catholiques; c'est la grande république des États-Unis, où, grâce à une liberté qui n'est pas un vain mot, le cathohcisme fait d'année en année de si merveilleux progrès. Enfin, après quatre siècles, c'est dans le monde nouveau une splendide germination de diocèses, nés d'hier et déjà forts, généreux, donnant à la vieille Europe des exemples d'activité religieuse qui la sauveraient si elle les imitait.
En un temps où, par une singulière contradiction, l'on fait fi du passé et l'on ne peut s'empêcher de le célébrer sous toute sorte de formes, et notamment par la célébration des centenaires, la date de 1892, quatrième centenaire de la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb, ne pouvait passer inaperçue.
Plus retors que les fils de la lumière, les fils des ténèbres s'en sont les premiers préoccupés. Depuis trois ou quatre ans déjà, la maçonnerie
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universelle^ en Amérique et en Europe, s'occupe du 12 octobre 1892, mais pour le laïciser. On prépare donc des fêtes humanitaires, dans lesquelles on célébrera avec fracas, par d'innombrables coups de canon et d'innombrables rasades, l'heureuse journée qui, rapprochant les bipèdes des deux hémisphères, donna au commerce, à la navigation, à l'industrie un nouvel essor. Dans ce grand événement, la Providence ne sera pour rien, et l'Eglise non plus. La science, — qui s'opposa partout à l'expédition, — aura tout fait. A la place du héros chrétien, la presse et les orateurs montreront un pur aventurier, jouant sa vie contre la chance de hautes dignités et d'immenses richesses, et bien servi par le hasard.
Ceci n'est point une vaine hypothèse. Un livre paraîtra en 1892, l'Académie libérale de Madrid le couronnera; la fanfare maçonnique, dans les deux hémisphères, l'accueillera. L'ouvrage, écrit par un très habile homme, sera une audacieuse contre-partie de l'œuvre magistrale du comte Roselly de Lorgnes, le postulateur de la béatification de Christophe Colomb. Ce livre donnera la note, et, sous l'influence de la secte, des réjouissances internationales aussi laïques que le permettront les Américains, dont la foi chrétienne ne peut être impunément bravée, signaleront le quatrième centenaire de la découverte de l'Amérique.
Déjà, dans les premiers mois de 1890, une touchante requête était adressée à ce sujet au conseil de la Fédération internationale du Sacré- Cœur par le chanoine-sénateur Matovelle, de la république si cathohque de l'Equateur. Le pieux Américain s'émeut à la pensée de voir la découverte du nouveau monde, dans laquelle Colomb et les rois catholiques (Isabelle et Ferdinand) avaient surtout en vue l'extension de la sainte foi et qui constitue un des faits les plus glorieux de l'Église, et par cela même du règne de Notre-Seigneur ici-bas, célébrée par des fêtes internationales maçonniques, libres penseuses, sataniques, sans que l'Europe catholique chante ce grand triomphe de la croix au pied des autels, devant les tabernacles que le Roi des rois habite sur notre globe, sa propriété, son royaume, sa conquête.
Suit un programme, simple ébauche, dit l'éminent sénateur de Quito. On y trouve ces deux pensées fécondes :
1° Le centenaire sera célébré par des études relatives à l'influence des catholiques sur la découverte et la colonisation de l'Amérique, et par des hommages publics à Notre-Seigneur et au saint- siège pour cet événement.
2° On suppliera le saint-père de célébrer ce jour-là une messe pour toute l'Amérique.
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Le conseil de la Fédération internationale du Sacré-Cœur ne pouvait être indifférent à une telle demande. Dans deux congrès successifs, tenus à Issoudun et à Limoges, sous l'autorité de l'archevêque de Bourges et de l'évêque de Limoges, la question a été étudiée, et il a été résolu que, sous le patronage de nos évêques et avec le concours de catholiques dévoués, il serait organisé un comité ayant pour objet la célébration
CHRÉTIENNE DU QUATRIÈME CENTENAIRE DE LA DÉCOUVERTE DE l'AmÉRIQUE.
Ce comité agira surtout en France , unissant ses efforts à ceux des catholiques des autres pays, notamment d'Italie, oîi, sous l'impulsion du vénérable archevêque de Gênes, admirablement secondé par le R. P. Sanna Solaro, membre du conseil supérieur de la Fédération du Sacré-Cœur, s'organise dans la ville natale de Colomb un grand congrès catholique, coïncidant avec les fêtes d'octobre.
Déjà la messe du saint-père a été demandée, et bien que Léon XIII n'ait pas encore jugé l'heure venue de faire connaître ce qu'il fera à cette date mémorable, la bonté paternelle de son grand cœur nous assure que déjà la supplique envoyée par le conseil de la Fédération est exaucée. Puisse cette messe être célébrée à Saint-Pierre, au milieu de pèlerins accourus des deux continents, pour attester à la fois l'unité et l'universalité du royaume indestructible dont le pape est le vice -roi !
Nous espérons beaucoup de nos évêques français; tout ce qui intéresse l'Église les touche au cœur; ils aiment d'ailleurs à se rappeler que la France catholique a fait la Louisiane et le Canada, qu'aujourd'hui encore elle envoie ses prêtres, ses religieux et ses religieuses aux deux Amériques, où les attend le plus respectueux et le plus cordial accueil : ces souvenirs, mieux que la statue de la Liberté, les disposent à donner à leurs peuples le signal des actions de grâces à Notre -Seigneur Jésus- Christ, pour la découverte du nouveau monde, qui ne fait qu'un avec son évangélisation , à laquelle le clergé français, dans la personne des Brute, des Flaget, des Cheverus, des Vérot, des Perché, des Charbonnel et de tant de prêtres séculiers et réguliers, a donné et ne cesse de donner un si noble concours. Comme les apôtres des premiers jours, glorieux fils de saint Dominique, de saint François et de saint Ignace,
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les jeunes .congrégations, Oblats, Prêtres de la Miséricorde, Assomptionnistes, Missionnaires du Sacré-Cœur, Salésiens, s'acheminent vers le nouveau monde pour y porter Jésus-Christ, et Jésus-Christ tout entier: l'Évangile et l'Eucharistie. *