‹ Christophe ColombChapitre 20 sur 34 · VIT · texte numérisé non relu

VIT

Plusieurs évêque's, ayant alors médité la vie de Christophe Colomb, écrivirent directement à Sa Sainteté.

De la mer des Antilles et de l'océan Indien, des demandes furent envoyées à Rome. A l'exemple de l'illustre archevêque de Mexico, Mgr de la Bastida y Davalos, en Amérique comme en Asie plusieurs chefs de diocèses, sans avoir encore rédigé leur demande, adhéraient de cœur à celle de l'éminentissime cardinal Donnet. Les généraux des ordres religieux secondaient de leurs vœux ces pieuses espérances.

L'année suivante, un des plus doctes et plus renommés prélats d'Italie, Mgr Andréa Charvaz , archevêque de Gênes , adressa au souverain pontife une lettre que nous avons le devoir de reproduire ici :

« Très .saint-i-kre,

« Sachant qu'un prince de l'Église et quelques-uns de mes confrères dans l'épiscopat ont déjà exprimé à Votre Sainteté le désir de voir introduire devant la Congrégation des Rites la cause de la béatification du pieux et illustre Christophe Colomb, à qui le vieux monde doit la gloire de la découverte du nouveau; en ma qualité d'archevêque du diocèse qui a donné le jour à ce grand et fidèle serviteur de Dieu, je viens moimême très humblement, mais avec bonheur et confiance, vous témoigner le même vœu, soit en mon nom particulier, soit en celui du clergé et des fidèles de mon diocèse.

« Quand on a lu l'histoire du célèbre navigateur génois, écrite, sous les auspices et par ordre de Votre Sainteté, par le pieux et savant comte Roselly de Lorgues, on ne peut s'empêcher de reconnaître en lui une élection divine, une mission providentielle, un mobile, un but éminemment élevé et saint, la pratique des vertus chrétiennes portée jusqu'à l'héroïsme, et dans sa découverte du nouveau monde, qui a doublé le champ où travaillent les ouvriers évangéliques, une œuvre féconde pour l'extension du règne de Notre- Seigneur .Jésus-Christ.

« La vie privée et publique de Christophe Colomb présente un tel

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ensemble de merveilleux et de surnaturel, fait hriller de tels raraclères de sainteté, que l'admiration pour le grand homme se change en vénération pour le vrai disciple de l'Evangile et le fils dévoué de l'Église.

« Dès l'année 1834, avant la publication de l'histoire de Christophe Colomb , dans un discours prononcé à Gènes en une circonstance solennelle, en présence du roi, entouré de son auguste famille, de sa cour, de ses ministres et d'une foule immense de peuple, je signalais déjà avec gloire et bonheur la sainteté de la mission providentielle et évangélique de ce héros chrétien.

«Je ne me cache pas pourtant, très saint-père, les difficultés que présente l'introduction de la cause de Christophe Colomb (qui fut successivement encouragé et béni par trois papes, et dont Votre Sainteté a déjà Elle-même, dans un bref, loué le cœur évangélique, le zèle infatigable et le caractère providentiel), à cause de la nécessité de se conformer aux règles posées par le pape Benoît XIV; mais Christophe Colomb ayant passé sa vie presque entière sur les mers , sa grande œuvre étant exceptionnelle, la papauté l'ayant elle-même, à son époque, traité exceptionnellement, je supplie Votre Sainteté de vouloir user de son autorité souveraine pour introduire cette cause par voie d'exception.

« Ce serait, très saint-père, un surcroît de gloire pour Votre Sainteté, un bonheur pour les fidèles de ce diocèse, et pour tous les marins, à qui Elle donnerait ainsi un glorieux patron et un admirable modèle qui leur manque encore, et dont ils sentent le besoin, si un jour l'on pouvait publiquement invoquer comme bienheureux ce grand navigateur, ce chrétien héroïque, que l'on regarde, à juste titre, comme une des plus majestueuses personnalités de l'histoire du monde et comme le premier apôtre de l'Amérique.

« Plein de cette douce espérance , je prie Votre Sainteté d'agréer l'hommage de la profonde vénération et du parfait dévouement avec lesquels j'ai l'honneur d'être,

« Très saint -père, « Votre très humble, très dévoué serviteur et obéissant lils, « André, archevêque de Gènes '. »

La convocation du concile œcuménique à Rome semblait offrir aux

' Cette lettre de S. Exe. Miir Charvaz, ndressée en l'rarii-ais à Sa Sainteté, a été iiiipriraée k Paris et à Gènes. Elle a paru ilans le (Honiulf ilcijli sliitlinsi , en 18(10, dans les Letturc catluliclir lU (Ifiioi-a rt flans le SIciiilarilr) ciillntiio, en 1S70.

représenlaiils de l'Église une favorable occasion de décerner une marque de gratitude à ce chrétien héroïque.

Après avoir laissé poser les questions principales qui devaient occuper la vénérable assemblée , l'auteur de ces lignes adressa aux pères du concile un mémoire, pour rappeler les droits de Christophe Colomb à un témoignage solennel de reconnaissance. Sur l'avis d'un grand nombre d'archevêques, d'évêques et de consulteurs, une postulation fut rédigée, qui suppliait le chef de l'Eglise de vouloir bien déférer aux vœux des fidèles, et, usant de sa souveraineté apostolique, ordonner l'introduction de celte cause par voie exceptionnelle.

Un certain nombre d'évêques ayant quitté Rome aussitôt après leur vote sur l'infaillibilité, il fut convenu que, dès la reprise de la session, la postulation serait proposée publiquement à la signature des Pères du concile. Plusieurs d'entre eux devaient faire une motion relative à la cause de Christophe Colomb. Nous allons donner le texte entier de la postulation , qui portait déjà la signature de cardinaux, de primats, d'archevêques, d'évêques et de vicaires apostoliques de différentes régions du globe , lorsque le châtiment de la France et l'invasion sacrilège de Rome , en mettant obstacle à la réunion de l'assemblée oecuménique , ont ajourné cette question, dont l'opportunité était si généralement reconnue.

Voici la postulation , dont l'interruption du concile a restreint la publicité. Aussi concis dans sa forme que précis dans son objet, ce document, qui fut rédigé en juin 1870, à Sainte-Marie-sur-Minerve, offre une double importance au point de vue de l'histoire et des intérêts du saintsiège. Il contient implicitement un témoignage de gratitude et une victorieuse réponse aux accusations d'oubli élevées contre l'Église par les ennemis de la papauté. Nous en donnons le texte pour ne pas affaiblir, dans une traduction impuissante , la digne et majestueuse ampleur de cette latinité dont Rome seule possède encore la tradition.

« Beatissime Pater

« Post hominum salutem, ab Incarnato Dei Verbo, Domino Nostro Jesu Ghristo, féliciter instauratam, nuUum profecto eventum extitit aut praeclarius, aut utilius incredibili ausu januensis nautae Christophori Columbi, qui omnium primus inexplorata horrentiaque oceani eequora pertransiens, ignolum mundum detexit, et ita porro terrarum mariumque traclus Evangelicae fidei propagalioni duplicavit.

« At enim, chrislianissimo huic summeque de religione, tolaqiie humanilate bene merito Heroi, condignum nullum praemium dum viveret relatum est, sed contra mullœ calumnice impactœ, multa opprobria et gravia etiam tormenla irrogata; sic ut novo continent! per summam injustitiam Americee nomen indito, ipsa quoquc detecti novi orbis gloria, ab inclyto vire, ad alterum ex priscis ejus sectatoribus , prope mundum Iraduceretur.

« Sola apostoiica sedes ut supernam viri missionem agnovit, ita omnibus quibus poterat modis adjuvasse videtur; nam et legati apostolici munus eidem detulit, totque alia tamque prœclara amoris et grati animi teslimonia per très pontifices Innocentiuna VIII, Aiexandrum VI, et Julium II ipsi attribuit, quanta nulli unquam paris conditionis bomini inveniantur elargita.

« Nunc vero , post tria et amplius saecula ab novo orbe reperto , singulari prorsus divinse sapientise consilio effectum est , ut tu , beatissime Pater, praedictam apostolicam sedem conscenderes, primus videlicet inter beati Pétri successores , qui Atlanticum oceanum olim transieris , magnamque Americae partem lustraveris, sicque propriis veluti oculis metiri potueris maximum laborem ac molestiarum molem ab eo perlatam , qui cœteris audacissimum iter aperuit, ac melius perspicere quot quantisque divinae gratise auxiliis christianum ejus pectus roborari debuerit , ut tam arduum opus, ad catholicse" EcclesicS diffusionem, ac tôt animarum salutem perficeret.

« Heec sane animadversio in causa fuit, ut egregius cornes Roselly de Lorgnes sub auspicatissimis initiis Pontificatus tui, fidentius vulgaret celebrem illara bistoriam, in qua Christophori Columbi superna vocatio, ejusque vitutes et prœsertim zelus plane catholicus in novo orbe perquirendo , nec non apostolicse sedis favor, et cœlestia signa quibus fuit adjutus , summa diligentia et fide describuntur.

« Gloriosa intérim Christophori memoria, ex injustae oblivionis tenebris slatim egressa, ubique gentium gratiose personat, et dum orbis universus grati animi sensus erga apostolicum et bene meritum Heroem certatim exprimit, Christi fidèles, recolendo quod opitulante Ecclesia et propter Ecclesiam mémorandum facinus incepit, atque complevit , eorum admiralio et pietas veluti sponte sua sese transformant in devotum cultum , niliilque ardentius exoptant, quam ut pubUci Ecclesiee honores ab sancta sede incomparabili homini decernantur,

« Eminenlissimus quippe princeps cardinalis Donnet , archiepiscopus Burdigalensis, quatuor ab hinc annis exposuit Sanctitati tuée veneratio-

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nem fidelium erga servum Dei Christophorum Columbum , enixe deprecans pro iiitroductione illius causse exceptionali ordine.

« Faustum vero hujusce pelilionisnuntium, brevi dierum spatio, totam replevit gaudio , ac spe Europam , Africam , Asiam et Américain ; unde quamplurimi Ecclesiarum prœsules , nec non ex cœtu saeculari spectatissimi viri, gratulatoriis epistolis gratias egerunt praelaudalo cardinali introductionis causse initiatori. Quinquaginta de hinc supplices libelli ex diversarum orbis partibus , Sanclitati tuse porrecti fuere, dévote pariter exposcentes prsefatse causte introductionem ; ardens hoc desiderium aperte etiam produnt publicse Ephemerides nonnuUarum nationum, et non pauci egregii scriptores, in eorum operibus typis consignatis.

« Ast prsefatse causse introduction! prima fronle aliquibus videntur obstare notissima Ecclesise décréta , prsesertim quod regulares processus supra Dei servi vilam atque virtules nec olim confecti fuerint nec nunc temporis adeo féliciter confici queant.

« Nihilominus, cum hic agatur de serve Dei plane extraordinario, tam in vita, quam post mortem, uti documenta jam parafa super ejus operibus, virtutibus et prodigiis evidentissime comprobant; etiam sperare licet ut ipsius causa, juris ordine non adeo exacte servato, felicem exitum oblinere possit.

« Quapropler, beatissime Pater, infrascripti catholicse Ecclesise cardinales, patriarchcB, primates, archiepiscopi , episcopi, etc., enixe postulant, atque efflagitant ab Sanctitate tua, ut digneris signare introductionis causse prsefati servi Dei, cum opportunis dispensationibus.

« Confidentes intérim hoc totius orbis votum minime fruslratum iri, apostohcam benedictionem implorant. »

{Suivent les signatures.)

La valeur de ce document n'aura échappé à personne. Les faits principaux de la cause s'y trouvent résumés en substance. Christophe Colomb y reçoit le litre de Serviteur de Dieu, que lui décernent les chrétiens, et celui de Héros apostolique, encore plus digne de son cœur. Toutefois, pour ceux de nos lecteurs auxquels la langue latine aurait cessé d'être familière, nous croyons k propos de retracer en français le sens de ce texte précieux.

La postulation commence par affirmer le but évangélique « du Héros très chrétien qui a si bien mérité de la religion et de l'humanité entière » : christianissimo huic summeque de religione , tolaque humanitale bene

CHRISTOPHE COLOMB :i7-

merito Heroi. Elle oppose , aux injustices qu'il souffrit du monde, l'intérêt tout excej^tionnel que lui montra le saint- siège : Sola aposlotica sedes ut supernam viri missionem agnovit, ita omnibus quibus pote^ rat modis adjuvasse videlur. Elle rappelle qu'avant de monter sur la Chaire apostolique, Pie IX, « suivant le dessein particulier de la divine Sagesse : » singulari pror&us divinœ Sapientix consilio, aVait, « le premier d'entre les successeurs de Pierre, » primus videlicet inter beali Pétri successores , « franchi l'océan Atlantique et traversé, une grande partie du continent américain, comme afm de mieux juger, par ses propres yeux , la grandeur de l'entreprise , et reconnaître combien les secours de la grâce divine furent indispensables au cœur chrétien qui nous ouvrit intrépidement cette route, pour la dilatation de l'Église et le salut des âmes : » Sicque propriis veluti oculis metiri potueris.... ac melius perspicere quot quantisque divinœ gratise auxiliis christianum ejus pectus robovari debuerit.

Ce document constate aussi que, sous les auspices du même pontife, a été publiée l'histoire exacte du serviteur de Dieu , et qu'aussitôt la renommée de Christophe Colomb, sortant des ombres d'un injuste oubli, a retenti sympathiquement dans le monde, excitant partout un sentiment de gratitude envers « ce Héros apostolique ». Gloriosa intérim Christophori memoria, ex injusise oblivionis tenebris statim egressa , ubique gentium grntiose personat, et dum orbis universus grati animi sensus, erga apostolicu.m et bene meritum Heroem certatim exprimit. Le texte ajoute : « La piété transforme en culte ce sentiment des fidèles, et ils désirent vivement de voir les honneurs publics de l'Église décernés par le saint-siège à cet homme incomparable : » Ut publici Ecclesias honores ab sancta sede inco.mparabili homini decernantur.

Après avoir mentionné la généreuse initiative de l'éminentissime cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux, et l'adhésion de l'univers catholique à cette démarche , la postulation avoue que , de prime abord , l'introduction de la cause semble présenter certaines difficultés, parce qu'il n'a été autrefois commencé aucune information régulière sur la vie et les vertus de ce serviteur de Dieu , et qu'on ne pourrait facilement y procéder de nos jours.

L'obstacle est indiqué fort clairement. Il consiste en un défaut de formalité. Néanmoins, comme dans une affaire de telle importance la forme ne saurait emporter le fond, la difficulté ne paraît point insurmontable. « Il s'agit d'un serviteur de Dieu vraiment exceptionnel, » cum hic agatur de serve Dci plene extraordinario ; et le pape a le droit, en vertu

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de sa toute-puissance apostolique, d'ordonner l'introduction de la cause par une voie exceptionnelle.

C'est pourquoi les cardinaux , patriarches , primais , archevêques , évoques et les autres membres du concile œcuménique de Rome, signataires de la postulation, supplient Sa Sainteté de daigner, à cet effet, accorder les dispenses nécessaires : Vi digneris signare introductionis causse prsefati servi Dei , cum opportunis dispensalionibus.

Cette postulation réunit à celte heure près de neuf cents signatures épiscopales.

Aboulira-l-elle? Nous l'espérons et le souhaitons ardemment.

La lettre suivante du regretté cardinal-archevêque de Bordeaux achèvera de donner au lecteur la raison de ces espérances et de le confirmer dans la certitude du grand caractère surnaturel qui éclate dans la vie de Christophe Colomb.

« Bordeaux, le 12 octobre 1874.

« Monsieur le Comte,

« Je n'ai point perdu de vue un seul instant la cause de Christophe Colomb. Pendant que notre pays traversait des épreuves qui avaient à Rome un si douloureux retentissement, le silence nous était commandé. Mais aujourd'hui qu'un peu de calme s'est fait, je crois pouvoir vous engager, monsieur le Comte, à reprendre cette plume avec laquelle vous avez retracé la vie du héros de votre cœur. Profilons du temps : Dum tempus habemus, operemur bonum. Vous n'aurez plus qu'à signaler les vertus chrétiennes de Christophe Colomb et ses titres à la vénération des fidèles, ainsi qu'à leur reconnaissance.

« Les sympathies que vous avez rencontrées à Rome doivent vous encourager à ce travail. Ne vous inquiétez que médiocrement de l'opposition soulevée par quelques scrupules respectables qui se tiennent en défiance contre toute idée nouvelle. Pourquoi s'étonner si des personnes, n'ayant jamais lu la véritable histoire de votre héros, ne veulent pas trouver en lui tout ce qui constitue la véritable sainteté? Vous ne devez pas oubher que sans l'interruption du concile , la postulation pour l'introduction de la cause eût recueilli les signatures du plus grand nombre des membres de l'assemblée. Vous. en avez eu la preuve avant de quitter la Ville éternelle.

« Montrez de nouveau quel fut en réalité le rôle de Christophe Colomb. Mettez encore plus en lumière l'héroïsme et la constance de ses vertus, le caractère de prédestination et les indices de sainteté qui marquent tous les grands actes de sa vie. Énumérez les merveilles que Dieu opéra par cet homme de foi et de courage. Après avoir été historien, soyez hagiographe. Dégagez du milieu de sa multiple existence de marin, d'administrateur, de gouverneur et de vice-roi , les faveurs divines qui signalèrent le cours de son apostolat.

« Ayant contribué moi-même, dans les premières années du règne de Louis-Philippe, à l'érection des évêchés de la Guadeloupe, de la Martinique et de la Réunion, qui firent partie de mon ressort métropolitain, je crus pouvoir porter l'introduction de la cause de Christophe Colomb, par voie exceptionnelle , devant la sacrée Congrégation des Rites , dont j'ai l'honneur de faire partie, non moins en vue de la glorification de ce héros chrétien, qu'en vue de tous les avantages qui en résulteraient pour l'Éghse.

« J'ai proposé la voie exceptionnelle, parce que seule elle permettra d'aboutir, parce que la cause , comme celle de Jeanne d'Arc et de Louis XVI, présente un caractère essentiellement exceptionnel, puisqu'il s'agit d'une vocation exceptionnelle , d'une œuvre exceptionnelle , d'une destinée exceptionnelle et d'un résultat également exceptionnel. Dans votre mémoire au Concile, vous avez, monsieur le Comte, fort clairement résolu la difficulté relative au seul évêque du lieu qui puisse commencer la première information. Il semble, en effet, que cette cause, se distinguant de beaucoup d'autres, doive relever uniquement du saint-siège.

« Quant aux objections provenant du long temps écoulé et du silence qu'on a gardé pendant plus de trois siècles sur cet homme admirable, je les trouve sans force contre l'autorité des faits, contre les témoignages des contemporains et les documents authentiques en votre possession. Quand il s'agit d'une œuvre éternelle , on ne s'arrête pas à compter les années. Mille ans sont comme un jour devant le Seigneur. Si le ministère de Colomb avait été assez connu de son vivant, si dès ses funérailles il avait été regardé comme un saint , s'il n'eût pas fallu l'arracher aux ténèbres de l'oubli et de l'erreur, sa cause serait évidemment plus facile, mais d'autre part moins extraordinaire et moins en rapport avec le caractère exceptionnel de sa mission et ses conséquences inénarrables.

« Ainsi donc , bon courage , allez en avant.

« Dût-on n'arriver qu'à obtenir une déclaration de vénérabilité, je vous conseillerais encore de poursuivre l'instance. Ce seul résultat serait d'une

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immense portée. Celle déclaralion aurail pour consé(jiience directe dp reconaître le rôle providentiel de Christophe Colomb , et d'affirmer implicitement la participation si glorieuse que la papauté eut à son entreprise. Ce serait la consécration d'un fait historique méconnu par les uns, défiguré par les autres, laissé dans l'ombre par tous jusqu'au pontifical du vénéré Pie IX. Il est de l'intérêt de la vérité d du droit de l'histoire que le caractère du serviteur de Dieu soit arraché à l'oubli. La proclamation de ses vertus héroïques serait d'une grande édification pmir les peuples et une nouvelle gloire pour l'Église.

« Je partage aussi l'opinion du savant archevêque de Gênes, Ms''Charvaz, qui vous disait avec émotion : « Dès l'instant où Colomb sera déclaré vénérable , très certainement quelques familles de nos marins commenceront à l'invoquer; et je ne doute pas qu'il ne se produise alors des miracles suffisants pour procéder régulièrement à sa canonisation. » , « D'ailleurs vous avez déjà entre vos mains une preuve récente de l'efficacité de son intercession. D'autres faits s'ajouteront à celui que vous n'avez pas voulu ébruiter encore. Ne perdez point de temps, monsieur le Comte. Sachons profiler des jours. Activez votre plume. Ma confiance dans le succès ne s'est point affaiblie. Comment ne pas espérer l'introduction de cette grande cause , quand elle est si bien faite pour ajouter son éclat à celui de l'immortel pontificat de Pie IX? Il semble qu'un mystérieux rapport rattache à son règne la renommée du héros catholique. Toutes les âmes généreuses éprouvent le désir de voir le premier pape qui ail traversé l'Océan et abordé le continent découvert par Colomb, lui décerner la récompense de sa foi. Naguère les pèlerins d'Amérique, venus à Rome vénérer les tombeaux des apôtres , ont montré dans un expressif passage de leur allocution au saint-père que son voyage au nouveau monde n'y était pas oublié.

« Bientôt donc, monsieur le Comte, grâce à votre zèle si persévérant et à la conviction que respirent vos nombreux écrits, si justement appréciés par notre Pie IX, Christophe Colomb apparaîtra aux yeux de notre génération comme une des figures merveilleuses de l'histoire, et un des instruments les plus extraordinaires que Dieu ait tenus parmi les trésors de sa Providence , pour intervenir dans les choses de ce monde.

« Agréez, monsieur le Comte, la nouvelle assurance de mon tendre et inaltérable dévouement.

« f FERDINAND, cardinal Do.nket,

« Arclievôquo de Bonleaux. »

Ce livre devant paraître à la veille du grand centenaire , nous pensons être agréable à tous en reproduisant la circulaire qui l'annonce aux catholiques , au nom de la fédération du Sacré- Cœur.

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