Notre Christophe Colomb, t. II, p. 284, planche IV bis
4L. Nous en possédons un dessin, pris sur le tableau même, lequel est peint sur bois, de 13 cent, de largeur, seulement. Colomb est complètement chauve, avec un peu de barbe au menton, la figure tournée à droite et très ridée. La tète sort d'un collet de fourrure. Au dessus et à droite, on lit : Cristoffel Colomb Groote Admiraal ter zee onder Ferrand Koning van Castelle de Eerste V'inder dcr nieuwe Werelt, Ce tableau faisait partie, au siècle dernier, de la collection de M. Magnan de la Roquette, à Aix en Provence.,
42. C'est ce qu'on appelle « le portrait du docteur », à cause de son découvreur et propriétaire, le docteur Alessandro di Orchi, de Côme.
Le titre de la première édition illustrée des Elogia , de Paul Jove (Bàle, 1575), porte que l'ouvrage est orné de portraits qui furent peints d'après nature, et tirés de la collection de ce littérateur : Ex eiusdem Musseo... ad vivum expressis imaginibus exornata.
L'éditeur, Pierre Peuxa, dans sa préface, rappelle qu'il a fait reproduire, à frais qui dépassent presque sa fortune personnelle, par un très habile peintre, les effigies de cette fameuse galerie : Qui maioribus propè, tjuàm res mea familiaris pateretur, impensis a nobiïiss. pictore Iovanias imagines experimendas curavi.
Mais, en 1575, Paul Jove n'était plus depuis vingt-trois ans; et c'est une opinion généralement répandue que sa collection de portraits fut dispersée à sa mort (1552). Comment, dans ce cas, put Perxa retrouver tous ces tableaux?
La galerie ne fut pas dispersée à cette époque. Elle resta, — nous ne savons jusqu'en quelle année, — en la possession de Giulio Giovo, son neveu et successeur dans l'évêché de Nocera [Carteggio de G ye, t. II, 389 et 390 .
Nous pensons que Giulio continua d'en jouir pendant sa vie; mais ici encore nous n'arrivons pas à une date précise , puisqu'on ignore quand il mourut. Tous ce que les écrivains ecclésiastiques enseignent c'est que Paul Jove junior devint son coadjuteur au 29 septembre 1560, et que ce dernier figura au Concile de Trente, en 1562, comme évèque. Notre théorie- est que la demeure somptueuse de Paul Jove senior resta intacte tant qu'il y eut des évèques dans cette famille résidant à Côme. c'est-à-dire jusqu'à la mort de son petit-neveu, arrivée en 1585 Ughblli, Italia sacra, VII, 747), et cela d'autant plus qu'il est l'auteur d'un certain nombre des épigrammes latines ajoutées aux portraits des Elogia 'Bayle, Dict. cri(., art. Jove).
En tout cas, on possède une série de lettres datées soit de Côme soit de/ Museo di Monsîgnor Jovio, écrites par Cristofano dell' Ai.tissimo au grand-duc Cosme Ier, et à Christiano Pagni, secrétaire de ce prince, rendant compte du travail dont il avait été chargé ; c'està-dire de prendre des copies des portraits de la galerie en question.
Installé au 31 mai 1553 depuis onze mois chez Jove : Sono in casa di Monsignor Jovio, de/ che oggi son undici mesi, ce qui nous reporte au 31 juin 1552, du vivant même du fameux évèque, l'Altissimo
au 31 mai 1553 avait envoyé à Cosme 23 copies, au 7 juillet 1554, 26 autres; au 18 novembre 1556, deux caisses qui devaient en contenir autant, puisque le premier envoi se trouvait renfermé dans dua casse di ritrati.
Là, malheureusement, s'arrête la correspondance que Gye a retrouvée dans les archives de Florence (Carteggio, II, 389-92, 401-2, 412-14).
La présence de l'Altissimo et ses travaux de copiste dans le Musée de Jove sont corroborés par une lettre qu'envoya Bernardino Campï à Ipolita de Goxzague, mais cette lettre ne paraît pas être postérieure à avril 1554 (Discorso di Alessandro Lamo, Cremona, 1584, in-4, p. 53). Elle ne nous apprend donc rien de plus sur le séjour de notre peintre à Corne.
Tout cependant tend à démontrer qu'il resta dans cette ville assez longtemps après 1556. Nous lisons, par exemple, dans Vasari, que l'Altissimo se fit une spécialité de copier des portraits et de la sorte se procura honneur et profit : Cristofano adunque fermalosi in questa maniera de pitture , cite i secondo il genio suo, o vero inclinazione, ha fatto poco altro, eomô quegli clie del trarre di questa onore ed utile a bastanza. Ce succès doit être d'une date postérieure, car au 16 août 1554, nous voyons l'Altissimo écrire au «rand-duc : Suplica a quella cite per Vamor di dio la voglia sochorrere , perché si troi>a in gran cala mita, e la sua povera madré et dua nipoti stanno per morirsi di famé (dans Gye, t. II; p. 401).
D'autre part , Vasari ajoute que cet artiste peignit pour Cosme de Medicis deux cent quatre-vingts portraits : il numéro di dugento otlanta (Délie Vite, Firenze, 1558, — privilège du 25 août 1567 — , t. III, 869) Ce chiffre considérable, en prenant pour moyenne le nombre de copies fournies à ce prince de 1552 à 1554, soit deux par mois, implique la présence de l'Altissimo dans le Musée Jovien, au moins jusqu'en 1566. Cette date, rapprochée de la probabilité que les neveux de Paul Jove continuèrent à jouir de la collection pendant leur épiscopat, et du temps qu'il fallut pour dessiner ces nombreux portraits afin qu'ils fussent prêts pour une publication imprimée en 1575, vient à l'appui de la déclaration de Perna que ses gravures furent faites sur les portraits mêmes de la galerie de Paul Jove, évidemment encore en place à cette époque.
De tous les portraits de Colomb qu'on prétend provenu1 de la galerie de Paul Jove, le seul auquel les documents donnent une apparence de plausibilité est celui des Offices, à Florence.
Mnlheureusement, il est difficile de s'imaginer une effigie ressem- Liant moins que ce portrait à l'image authentique du grand navigateur, telle que son fils et ses amis personnels nous la décrivent. Aux Offices, c'est un homme d'environ trente-cinq ans, à la figure ronde, les veux et les sourcils foncés, les cheveux très lisses, d'un noir de jais. Or, les textes originaux que nous avons cités [supra, p. 37} disent que Colomb avait la figure longue, les yeux gris clair, et que dès l'âge de trente ans ses cheveux devinrent tout blancs. Le portrait des Offices ne peut donc pas être celui de Christophe Colomb, qui apparaît pour la première fois dans l'Histoire âgé de quarante-cinq ans, avec une chevelure de vieillard. Et comme aucun catalogue n'existe des portraits copiés à Côme par dell' Altissimo*, qui d'ailleurs n'a peut être pas pris copie de tous les portraits de la galerie, tandis qu'aucun document du xvie, voire du xvne siècle, ne dit qu'un portrait de Colomb fut fait par ce peintre, en bonne logique l'attribution doit être rejetée absolument. On a dû ' se tromper d'étiquette !
Dans l'ouvrage de Paul Jove intitulé Eloma virorum bellica virtute illustrium péris imaginibus supposita, aux apud Musseum spectantur (autrement dit, les éloges décrites sous les effigies des hommes illustres qui se voient dans le Musée de Paul Jovk, à Côme), ouvrage publié de son vivant, en 1551, à Florence par Lorenzo Torrentixi, in-folio, on trouve à la page 45, une biographie de Christophe Colomb , portant pour titre : Sub effigie Chrîstofori Côlumbi; c'est-à-dire : Eloge placé sous le portrait de Christophe Colomb.
Paul Jove a donc possédé un portrait, ou prétendu portrait, du grand Génois qu'il fait naître à Albissola), et cette mention est la plus ancienne d'un portrait de lui qu'on connaisse.
Le dire, souvent répété et toujours sans contrôle, que la galerie Jovienne contenait plusieurs portraits de l'Amiral , repose uniquement sur des attributions (pic rien ne justifie. Il y a quatre prétendues images du célèbre navigateur, que l'on affirme provenir en ligne directe de la collection de Paul Jove, et comme elles ne se ressemblent pas, on en a tiré la conséquence que le fameux évèque
* Ce catalogue, o>t la 1 i - 1 * - même de* portraits peints par L'Altissimo pour Cosmc, doit exister dans le CarLeggto des Médicis, aux archives d'Etal à Florence. Le grand-duc, i réponse à la lettre du '51 mai 1553, dit : Veggasi di rilrovar la nota de' nomi, c/ie la lia il maiordomo, per mandarglielc. (GïE, II, 389.)
posséda plusieurs portraits de ce genre. C'est ce que les gens qui raisonnent appellent une pétition de principes.
Plusieurs éditions furent faites de ces Eloges ; mais c'est seulement dans celle qui fut publiée à Bàle en 1577 (quoique datée, au titre, de 1575), que l'on voit une effigie de l'illustre navigateur.
Le mot effigie, au singulier, dans la mention précitée : Sub effigie Christofori Columbi, indique la possession d'un seul portrait de Colomb, et de fait, il n'y a pas la moindre preuve que Paul Jove en ait eu deux, encore moins une demi-douzaine.
Admettons (pour nous amuser) que Paul Jove ait possédé deux portraits du célèbre Génois, naturellement c'est l'un de ceux-ci qui a été reproduit dans ses Elogia. Si celui du docteur est l'autre, ils doivent se ressembler. Or, rien de plus dissemblable et de plus contradictoire que ces deux effigies. Elles s'excluent l'une l'autre, et, conséquemment, il ne peut y avoir que l'une des deux qui soit authentique, — et encore ! C'est donc le portrait apocryphe que Paul Jove, ou les éditeurs de ses Elogia auraient choisi pour figurer dans son livre? A qui fera-t-on jamais croire une baliverne pareille!
Quand même le portrait du Docteur « serait le seul qui exhibe la verrue historique mentionnée dans toutes les histoires (?) de Colomb», il resterait encore à prouver non seulement que cette peinture a appartenu à Paul Jove, mais, aussi, comme on le prétend, à sa famille depuis l'année 1552 jusqu'à nos jours. Quand, comment, l'ancêtre de la dame qui l'a légué au Docteur se l'est-il procuré? Un tableau choisi dans une galerie qui en renfermait des centaines, et conservé si précieusement pendant trois cent quarante ans dans la même famille, n'a pu passer par tant de générations sans laisser des traces dans la correspondance et les inventaires ou autres actes authentiques. Où sont ces preuves? Avec la meilleure volonté du monde nul ne peut accorder aux déclarations, nécessairement intéressées, du Dr di Oiichi, la valeur d'un témoignage oculaire pour un prétendu fait remontant à trois siècles et demi ! Aussi ne sait-on que penser lorsqu'on voit un homme de valeur, un vice-président de la Société royale de Géographie, de Londres, prendre, sans plus de garanties, une semblable peinture sous sa protection et écrire :
(hilij one authentic portrait of Columbus is known to Iun>e been
painted but (intil <[itite recently I do not think that the original
<.vas known to e.vist. Il, hotvever, never lefl the family, and when the last Giovio died it was inherited bij lier grand son, the Nobile de.
Orchê, who is the présent possessor. I was so fortanatc as to see it when I was at Como... Hère we hâve tJte head of a vénérable man, with ihin grey haïr, etc., etc., etc. It was thus t/tat lie doubtless appeared during tlie perîod that lie was in Spain,aûer his retnrn in cliains, etc., etc., etc. (Proceedings of tlie lioijal Geographical Society, Londres, pour septembre 1892, p. 603.)
43. Tliird Assistant Post-master-General Hazex, is preparing tlie design for a set ofstamps to be issued in honor ofthe 400M anniversary ofthe discovery of America .
The Treasury Department to-day began the préparations for coining the five million Columbian half dollar. The designs ofthe coin hâve already been selected — from a portrait which was recently purchased by the U. S . Consul General at Frankfort, for M. James W. Ellswokth of Chicago.
(Dépèches télégraphiques des 30 juillet et 6 août 1892.)
44. Cette sophistiquerie motiva la lettre adressée au Xew York Times, le 8 avril dernier. Comme notre épitre expose la tactique employée généralement dans les tromperies de ce genre, nous croyons utile d'en insérer ici une traduction.
Les mots soulignés sont pris des boniments, manuscrits et imprimés, journalistiques et épistolaires particulièrement de la notice intitulée The Lotto Portrait of Columbus, signée F. H. M.) qui accompagnaient la peinture à l'époque où cette merveille était en quête de quelque opulent et naïf capitaliste :
« Ce prétendu portrait nous est donné dans nombre de récentes publications italiennes et new-yorkaises comme étant l'œuvre du célèbre artiste vénitien Lorenzo Lotto, peint d'après nature à Grenade en l.rj02 : date inscrite en chiffres absolunte/it distincts et incontestables.
On avance à l'appui de cette attribution et de cette date d'audacieuses affirmations qui demandent une réponse. La voici :
Il n'est pas vrai que Donicnico Pisani fut envoyé en Espagne comme ambassadeur de la République lorsque la nouvelle arriva a Venise de la découverte du Moineau Monde.
Il n'est pas vrai que Pisani alla dans ce pays surtout ou le moins du monde) dans le but d'obtenir des renseignements utiles uu.r marchands de Venise au sujet de la valeur commerciale, des ressources et des produits des terres nouvelles, et afin d'obtenir des cartes marines pour les navigateurs vénitiens.
Il n'est p;is vrai que Pisani avait un secrétaire appelé Giovanni Ca/nJrino ou Critico.
Il n'est pas vrai que ce Camcrino ou Critico obtint secrètement de Christophe Colomb une carte du Nouveau Monde.
Il n'est pas vrai que Pisani envoya à son gouvernement de volumineux rapports (ou un rapport quelconque) concernant les découvertes de Colomb.
Il n'est pas vrai que Lorenzo Lotto visita V Espagne du temps de Pisani (ou à aucune époque) et qu'il peignit plusieurs tableaux importants (ou quoi que ce soit) sous son patronage.
Il n'est pas vrai qu'il y ait aujourd'hui seize de ses œuvres à Madrid, exécutées à Grenade, à Séville et ailleurs en Espagne, à cette époque (voire avant ou après!)
Il n'est pas vrai qu'on connaisse l'histoire de ce portrait depuis trois cents ans (ni même trois cents jours avant sa vente pour la forte somme!).
Quant à cette peinture en tant que portrait de Christophe Colomh, c'est une impudente fabrication, laquelle, comme toutes les falsifications italiennes (et Dieu sait si l'on en manufacture dans la péninsule!) particulièrement celles qui proviennent de Venise et de Bologne , veut trop prouver.
Colomb, dans ce tableau, est représenté tenant une carte de géographie. Cette carte, n'est pas, comme on devrait s'y attendre, une carte de ses découvertes. C'est une carte du Brésil, pays qu'il n'a ni découvert, ni prétendu avoir découvert, et qu'il n'a jamais vu de sa vie. Ce n'est pas même une carte espagnole, — encore moins italienne. C'est une carte faite exclusivement avec des éléments portugais.
Sans être grand clerc, on s'explique comment le faussaire est arrivé à insérer une carte de ce genre dans sa peinture. Il s'adressa à quelque bibliothécaire, demandant avoir « la plus ancienne carte de l'Amérique ». Celui-ci, qui n'en savait certainement pas plus long, lui fit voir la plus ancienne carte gravée où le Nouveau Monde est représenté; laquelle notre truqueur s'empressa de copier.
Malheureusement pour cet industriel, cette carte n'est rien d'autre que la mappemonde construite par l'Allemand Johannes Buysch, à la fin de l'année 1507, et ajoutée au Ptolémée publié à Rome en 1508.
Ce fait est démontré par le fait que c'est une mappemonde projetée en développement du cône dont le sommet est au pôle arctique, genre de projection inconnu avant 1508; par la configuration très particulière du Brésil, qui est la même dans le pseudo-Lotto et dans le Buysch; par la bévue qui met la Trinité parmi les îles de Cannibales; par l'île de Monserrat, ainsi nommée exclusivement dans ces deux cartes; par le continent que l'une et l'autre appellent Terra sanclse Crucis, vocable auquel Colomb n'a certainement jamais songé el qu'on ne trouve sur aucune carte ou sur aucun globe espagnol. Et cela s'explique, puisque ce nom fut inventé par Cabrai, lorsqu'il découvrit le Brésil pour le compte du Portugal. Enfin,
la fraude se démontre encore par la parfaite identification des degrés de longitude, numérotés dans le pseudo-Lotto, 305, 310, 315, 320, précisément comme dans la carte lusitano-germanique de Ruysch, quoique 305° (de cette échelle — à peu près notre 60° longitude ouest) soit l'extrême limite de la côte orientale du continent américain que Colomb ait jamais atteint.
Maintenant, les découvreurs et les courtiers de cette pièce curieuse affirment qu'elle porte la date de 1502. Comment peut-elle alors exhiber une carte qui fut construite six ans après et alors que Colomb était mort et enterré depuis deux années? En réalité, c'est une de ces excessives finesses dont les pourvoyeurs italiens sont coutumiers, mais qui, cousues de fil blanc sans qu'ils s'en doutent, finissent toujours par mettre sur la voie.
Dans les tromperies de ce genre, l'offre va de pair avec la demande, et presque à chaque nouvelle lune, nous voyons exhumer de quelque collection patricienne, d'où il na pas bougé depuis trois cents ans (quelque fois deux siècles seulement), un portrait authentique, pris ad vivum, de Christophe Colomb. Cet influenza iconographique durera sans doute jusqu'après l'Exposition de Chicago.
En ce qui concerne le prétendu Lotlo, attendons-nous aux effets constants de la critique. Ou l'on découvrira un autre Lotto de même acabit, mais sans la fameuse carte du Brésil, ou bien les parties intéressées dans cette affaire, faisant la part du feu, jetteront la carte par dessus bord, avec le pénible mais malin aveu « qu'ils viennent de découvrir que la carte a été ajoutée après coup, ou qu'ils n'avaient pas vu un 1 placé avant le 2, et conséquent qu'il faut lire non 1502, mais 1512; ce qui empirerait' encore les choses, en vertu de l'adage américain : Pinson le remue et plus cela sent mauvais! Ou bien encore que les experts ont mal regardé et que le portrait ne porte aucune date, etc., etc.
Nous verrons aussi abandonner, à tour de rôle, les autres appendices du portrait, tels que le sablier, le volume des œuvres d'Aristote, etc., etc., tactique renouvelée de l'art de la fortification des places, où « c'est la façon d'attaquer qui fait la loi de la défense ». Tout cela est bien connu des commissaires priseurs appelés à vendre après décès les objets d'art collectionnés à grands frais par des amateurs qui, du haut du ciel, leur demeure dernière, ne voient peut-être pas encore de quelles... illusions ils furent victimes. »
Le lecteur l'a sans doute déjà deviné, tout ce que nous venons de dire c'est par pure jalousie, car nous aussi, nous possédons un portrait authentique de Christophe Colomb, pris d'après nature, et que nous désirons beaucoup voir adopter de préférence par le gouvernement des Etats-Unis, pour des timbres-poste, au moins pour celui d'un sou.
Cette effigie se présente dans des conditions d'authenticité qui ne le cèdent en rien aux portraits les plus admirés. Présentée au Congrès des Américanistes tenu à Luxembourg en 1877, elle conquit d'emblée tous les suffrages de la savante compagnie. Comme l'a dit excellemment l'orateur charo-é d'initier ses collègues aux mérites du tableau, « c'est le seul portrait véritable de Christophe Colomb. Cette peinture est exécutée avec un soin et un scrupule que l'enthousiasme peut seul avoir inspirés. Il n'y a pas jusqu'à la chassie des yeux usés du vieux marin qui n'ait été observée et rendue. Le triomphe moqueur du grand homme méconnu, humilié et persécuté, nul artiste ne l'aurait mieux reproduite. » (Congrès international der Américanistes. Luxembourg, 1877, t. II, p. 375.)
Voici ce portrait, pris sur l'original, destiné au Musée du Louvre :
Le lecteur remarquera combien la communication faite au Congrès des Américanistes est exacte en tous points. Les renseignements historiques produits à cette occasion sont aussi de l'espèce particulière toujours fournie par les possesseurs de portraits incontestables et ne sauraient laisser subsister le moindre doute dans l'esprit même des iconographes les plus incrédules. A certains
égards, cette effigie est supérieure a tout ce qu'on a produit en ce genre jusqu'ici. Par exemple, alors qu'un de ces portraits (celui que nous mentionnons ci-dessous, à la note 45, fréquemment appelé par d'irrévérencieux iconographes « le clérical ») provient seulement de la maîtresse de Christophe Colomb, le nôtre fut peint pour son fils légitime et héritier qui « ayant été gouverneur de l'île de Cuba, l'apporta et le laissa au palais, d'où il aura été volé par quelque flibustier ou sauvé par quelque partisan ». Enfin, preuve décisive! le portrait est également symbolique, et de tous les symboles il arbore le plus certain : l'ceuf! Si cette fidèle image pouvait aussi montrer la carte du Brésil, de Ruysch, ce serait la perfection!
45. La France nouvelle, Paris, 31 août 1892, et Revue Britannique, du 1er octobre suivant.
Ce portrait unique et incontestable qui, « jusqu'au dernier descendant des comtes de Cuccaro, ne sortit pas de la famille des descendants directs du comte Baldassare, » fut donné, ou cédé, au vénérable postulateur de Christophe Colomb, il y a près de quarante ans, par Mgr. Luigi Colombo, ledit dernier descendant desdits comtes de Cuccaro, comme étant le seul véritable portrait de son (prétendu) ancêtre.
Ce récit nous suggère une réflexion assez bizarre. Le digne et généreux ecclésiastique publia en 1853, à Rome, une biographie étendue de Christophe Colomb, afin de prouver que ce dernier était de' conti e signori de Cuccaro, castello délia Liguria nel Monferrato. Cette publication [Patria e Biografia del Grande Ammiraglio D. Cristoforo Colombo, Roma, Tipogr. Forense, in-8), est ornée d'un portrait du héros. Comment se fait-il que le savant prélat n'ait pas adopté pour cette effigie « le seul portrait authentique, conservé dans sa famille depuis deux siècles et demi », et, qu'au contraire, il ait choisi l'espèce de polichinelle du Musée de Versailles qui , sans être plus authentique, ne ressemble à sa fameuse peinture en aucune façon? C'était cependant le moment ou jamais d'exhiber son antiquaille! Il ne croyait donc pas lui-même h l'authenticité de ce portrait?