‹ Christophe Colomb devant les taureauxChapitre 5 sur 16 · CIRCENSES · texte numérisé non relu

CIRCENSES

L'In'Juste. — Et les spectateurs, que sont-ils pour la plupart ? Regarde-les.

Le Juste. — Je les regarde.

L'Injuste. — Eh bien ! que vois-tu ?

Le Juste. — Que, par les dieux ! ils sont presque tous de la crapule.

Aristophane, Les Xtiécs.

E ne me souviens pas d'avoir jamais visité l'Espagne, et je n'ai ^JèC*^ jamais assisté, même en rêve, à une course de taureaux. J'entends une de ces vraies courses où la bête furieuse éventre des chevaux et parfois des hommes, à la délirante joie d'un vrai public espagnol.

Nous fûmes tous élevés dans cette croyance que c'était un spectacle sublime et de nature

a saturer ci enthousiasme la plus héroïque nation du ^^lobe. Nos yeux d'enfants ont été remplis de ces images de picadores éclatants et de toréadors fulgurants comme des archanges dont les enluminures à deux sous nous racontaient la splendeur. Le taureau nous semblait alors un ruminant céleste échappé de son zodiaque, un monstre d'apocalypse aux yeux de feu, aux cornes bibliques, aux sabots d'airain et le matador impassible dans le velours et l'or de ses passementeries, sous le manteau des regards adorateurs de la multitude, nous apparaissait .ainsi qu'un Thésée radieux et galant dont la 'dévorante espada eût été fourbie par dimpitoyables infantes enragées d'amour.

Ah ! les beaux poèmes que cela faisait dans nos imaginations d'adolescents ! Ces nobles cavaliers espagnols tourbillonnant à l'entour de l'animal furibond et s'exposant à la mort sous les yeux des amoureuses ; ces agiles piétons de l'arène, belluaires dandies et victimes non moins probables, bondissant, glissant, s'évanouissant, tels que des fantômes excitateurs, jusque sous les cornes, quelquefois sanglantes, multipliées par l'effroi : enfin ce public sonore comme le cuivre,

vociférant comme un fleuve en chute et cette pluie de prunelles ardentes sur les gladiateurs !

Toute cette vision nous hantait avec puissance, nous autres, pauvres enfants du Midi, qui ne connaissions pas encore la pitié et c'était pour nous un aspect radieux de la gloire. Si l'Espagne n'avait pas été si loin derrière les monts ennemis de, nos faibles pieds, nous serions bien partis comme sainte Thérèse et son frère, âgés de dix ans, non • pour conquérir des barbares à Jésus-Christ, mais pour voir couler le sang des bêtes et le sang des hommes dans l'apothéose d'or que notre imagination supposait.

Aujourd'hui, les grappes de nos ans sont mûres, hélas ! et il convient d'en rabattre, de cet enthousiasme juvénile. Encore une fois, j'ignore l'impression tragique des courses pratiquées en la vieille Espagne, mais j'ai voulu savoir ce que cela pouvait bien être à Paris et connaître entin, par mes propres yeux, la valeur esthétique de ce divertissement renommé. Je n'espère pas donner la mesure de mon désappointement.

D'abord et avant tout, la médiocrité. C'est

avec le plus grand soin qu'on écarte la mort, Tindécente possibilité de la mort pour les hommes et les animaux.

Les cornes du taureau sont lénifiées, mouchetées, ouatées, capitonnées, comme des objets tendres et précieux, jusqu'à faire paraitre l'éventrement désirable. Les picadores à pied ou à cheval sont d'honnêtes clowns saturés de pacifiques intentions, qui savent par cœur le petit écart suffisant à décevoir le coup de tête invariablement oblique de cet animal sans génie, et qui le pratiquent avec une louable prestesse. Leurs figures péninsulaires en vieille basane plus ou moins bouillie ou torréfiée, mais sans menace d'extermination ni fanatisme d'aucune sorte, n'expriment que l'ennui professionnel d'une corvée toujours identique, toujours stupide, traversé parfois d'un éclair d'orgueil imbécile, quand les applaudissements s'exaspèrent.

La sacrée fonction de ces rastaquouères, leur unique raison d'exister, leur fin dernière, leur canton de paradis, c'est de planter d'un geste rapide, et les deux bras en arc d'amour, dans le cuir d'un infortuné ruminant, de petits dards à crochets aimablement cm-

pennés de papier rose ou de frisons bleus.

Et voilà tout, absolument tout. Quant au malheureux taureau, on Tassomme, parait-il, dans la coulisse, après que le troupeau de SCS camarades est venu le réintégrer.

-Mais la mort qui, seule, pourrait donner quelque grandeur à ce crapuleux amusement, la camarde Impératrice des hommes et des animaux, n'apparait pas une seule minute.

Elle est demandée, pourtant, passionnément demandée par les spectateurs qui ont, sans doute, raison d'exiger du plaisir pour leur argent, n'estimant pas au delà de quelques pièces de monnaie la vie des autres, ces autres fussent-ils baptisés du Sang du Christ dont l'immolation, après tout, ne coûta que trente deniers à ia nation juive.

Et voici le second point notable en cette aventure de nos bons taureaux. La férocité déçue du public français. Ce sentiment exquis n'attendait, paraît-il, qu'une occasion de se développer.

On m'a dit qu'au début de ces spectacles, un cheval fut éventré et que l'administration chargée de veiller à l'intégrité de nos mœurs nationales, interdit, à cette occasion, les

picadores à cheval, rcclamcs depuis, à grands cris, par une foule cnraircc du désir de cette émotion.

Tel est le pr< 'irro cic la cttnqucranlc Espagne. Une certaine indi^rnation dès le premier jour, à l'annonce de cet igrnoble exercice antipathique à la vieille générosité française, bientôt après un intérêt palpitant, à la vue de cçs entrailles sanglantes et, désormais, la concupiscence du massacre.

Dans quelque temps, les Espagnols n'y suffiront plus, et le génie supérieur de la France les dépassera. Ici se dresseront les véritables Pyrénées que n'abaissera jamais^ aucun prince.

Quelles que soient l'abomination de l'àme espagnole et les héroïques atrocités de cette race sans pardon, elle n'a pas reçu, comme la nôtre, le don souverain de ravir ou d'épouvanter la terre, et si le dragon d'une Terreur pouvait sortir de ses intestins révoltés, ce serait toujours, comme chez n'importe quel autre peuple, à l'imitation de la France. La violence fameuse de ces étrangers est la fille naturelle de leurs instincts passionnés, mais la nôtre plus fameuse encore, fut engendrée avant le Pic du .Midi, de notre effravante

imagination. C'est quelque chose comme rinfini et le fini qui se regarderaient pardessus les monts.

La fantaisie sanguinaire du peuple espagnol n'ira probablement jamais au delà de ses corridas qui lui suffisent amplement depuis des siècles. Tout ce qu'elle pourrait imaginer serait de les rendre aussi meurtrières que possible. Cet amalgame de faste et de cruauté s'ajuste si, bien à son vieux génie de race \'andale qui ne sut conquérir qu'en exterminant et qui ne parvint jamais à coloniser que des ruines ou des nécropoles ! D'ailleurs, le choix de la bête est étrangement significatif de l'esprit sauvage et brutal de cette orgueilleuse nation, en même temps qu'il symbolise profondément la sempiternelle victime livrée à la multitude

Les courses de taureaux resteront donc, je le crois, exclusivement espagnoles pour toute la durée des siècles, mais il parait vraisemblable qu'à Paris, elles seront l'occasion d'observer l'épanouissement imprévu de notre sensibilité révolutionnaire.

On finira, sans doute, par obtenir ce qu'on demande avec tant de cris, la savante immo-

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lalion du taureau précédée de quelques délectables cvcnlremcnts. Ensuite la vieille Louve romaine qui sommeille héréditairement en France depuis tant de générations, s'éveillera doucement au fond de ses limbes et les toreros conspués s'en iront au diable avec leurs accessoires d'opéra-comique.

On demandera l'arène antique et les grands fauves et les véritables gladiateurs. On demandera la mort des lions et la mort des vierges. On demandera des ruisseaux de sang, des fleuves d'angoisse et de Tinvention dans les supplices. Ce sera la Renaissance rouge, la seconde et suprême resucée du miel païen recueilli dans les flancs entr'ouverts des taureaux d'Aristée.

Ils seront terriblement loin, alors, les veaux enragés dont nous gratifie le duc de \'eragua, dernier descendant de Christophe Colomb et si digne d'être leur pasteur. Car ils sont nourris de sa main, ces quadrupèdes affables. Il est à la fois leur serviteur et leur père, comme son ancêtre était le Serviteur de Dieu et le Père des infortunés Indiens, — puisqu'il les adore et qu'il leur donne à manger...

Vous représentez- VOUS ce grand d'Espagne, titulaire de l'héritage le plus glorieux qu'il y ait eu dans Thumanité, dépositaire de la tradition la plus inouïe et qui devrait, semblet-il, vivre dans l'extase de ce prodigieux passé dont un archange s'estimerait accablé, — le voyez-vous distinctement, éleveur de bestiaux farouches pour l'amusement de la populace } Qui pourrait songer sans terreur à l'indicible néant de cette âme engendrée après trois siècles, par le prodige infernal d'on ne sait quelles adultérations sacrilèges d'une essence un peu plus qu'humaine, pour être le dernier à porter cet empire de magnificences >

Le XIX® siècle qui parait avoir,plus qu'aucun autre, élargi le sens critique dans l'esprit humain, en vue de préparer les inexprimables formules de quelque Révolution divine, a souvent offert l'étonnant exemple de la disparition des races supérieures retournées, en la personne de quelque descendant abject, à leur sauvageon primitif. .Mais jamais il ne s'était vu d'héritier qui eût tant à perdre et qui donnât le spectacle d'une aussi vertigineuse dégringolade.

Le duc de \'eragua a le triste honneur de rappeler les patriciens dégénérés dont parle

• Jinciiai cil >a nuiiicme satire, ics i.cnlulus, les Fabius et les .Mamercus qui jouaient des farces et recevaient des soufflets pour l'amusement de la foule. « Dignes d'être vraiment crucifiés », dit-il. Ce vieux romain comprenait et disait assez clairement que la gloire des ancêtres d'un seul homme est le patrimoine de tous et que la dilapidation ou le mépris de ce trésor équivaut exactement à la décapitation du peuple.

Or, qu'est-ce que l'aristocratie d'un grand de l'ancienne Rome, que sont toutes les aristocraties de la terre en comparaison de la noblesse miraculeuse léguée à ses descendants par le Révélateur du Globe >

Si. du moins, ce pauvre duc. — dont je vais être forcé de parler beaucoup trop, hélas ! — avait su se borner à l'ignominie de recevoir des calottes de la main d'un pitre et qu'il eût l'excuse d'un ventre affamé pour être sourd à la céleste mélodie de la Colombe douloureuse par laquelle il fut engendre !

Mais le légataire du F'orte-Christ est un grand seigneur qui reçoit avec respect des consignes plus déshonorantes encore. Le vilain n'a pas trouvé que ce fût assez ignoble

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d'oublier son progéniteur du Paradis. Il s'en souvient, au contraire, pour salir autant qu'il peut sa mémoire, pour se faire le très obéissant domestique des cuistres pervers que désole la majesté surnaturelle de Christophe Colomb et qui font accomplir toutes les vilenies de leur choix à l'indigne rejeton de sa lumineuse poussière.

Je ne serais pas étonné d'apprendre que la passion d'être un bouvier pourvoyeur de saltimbanques eût été suggérée, dans ce dessein, à un pareil gentilhomme. Peut-être une certaine pitié, née du mépris pour un tel cervçau, serait-elle encore possible si le duc de Veragua avait eu l'audace de devenir franchement un torero, risquant intrépidement sa peau et ses côtes aussi bien que le dernier malvat des cirques approvisionnés par ses soins. Il aurait ainsi la cnance de se faire étriper un jour, aux applaudissements de la canaille dont il convoite si besogneusement le suffrage et le tombeau du plus grand de tous les chrétiens serait enfin débarrassé de ce parasite.

Ajoutons qu'en s'évadant de la vie par cette porte sanglante, il obtiendrait la seule pitoyable fin qui puisse être miséricordieusement souhaitée aux inavouables neveux des

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très illustres ancêtres. Lciiusmn du sanp:, même putréfié, a toujours eu le pouvoir d'attirer le pardon et de restituer des entrailles, jusqu'aux eftigies de bronze du plus implacable .Mépris. Mais l'homme dont il est question n'avait pas assez de virilité pour cet expédient suprême.

J'étais donc, l'autre jour, spectateur silencieux de ces courses. La foule me parut énorme et puissamment excitée. La'vocifération était excessive et semblait augmenter à chaque instant, comme un délire. De jeunes femmes et de vieux enfants étaient en proie au satyriasis de dégorgement. On eût dit qu'une buée de canaillerie atroce et de crapule infinie montait de l'arène et s'épandait par l'amphithéâtre en circonvolutions maléfiques.

\'isiblement ce public plus ou moins aristocratique était venu là prendre un large bain, une pleine eau d'infamie. On s'y vautrait en famille dans la montante marée des cœurs. Une bourgeoise d'insignifiant aspect éructait à côté de moi de si sauvages aboiements de mort que j'eus la tentation de la jeter au taureau. Enfin, de même que dans

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les inondations ou les incendies, le vrai fond des cœurs apparaissait et je vous jureque cet exode bruyant n'était pas fait pour donner un ravissant aperçu de Teffet moral procuré par ce divertissement.

Il était trop clair que toutes ces brytes humaines en rupture de conscience, renillaient l'odeur du sang et que la prohibition administrative de cet écarlate parfum les exaspérait jusqu'à la frénésie. La puanteur des âmes était à couper au couteau, si cette expression m'est permise. On sentait si bien rôder à l'entour de soi, l'unanime espoir d'assister à quelque tuerie, de voir jaillir des entrailles, ruisseler du sang-, palpiter des membres et d'ouïr, surtout, cette épouvantable clameur des chevaux agonisants qui fait hésiter, dit-on, les cataractes, au désert !...

Mais le spectacle était précisément ce que j'ai dit, médiocre et banal autant qu'une parade foraine et l'inepte cruauté des lanceurs de banderillas était, pour cette fringale d'horreurs, comme un caillot du sang d'un chien dans la gueule du tigre affamé. Je l'avoue, une compassion immense me vint pour ce lamentable taureau qui n'avait probable-

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ment pas un ami dans toute la salle cl qui était, sans aucun doute, la plus noble de toutes les bêtes assemblées en cet endroit.

J'aperçus alors la vraie laideur, l'authentique bassesse de cette joie d'un peuple avili. Qi^ellc que soit la vaillance déployée par l'animal, il n'obtient pas le salaire de son courage et ne parvient pas à sauver sa vie. Qu'on l'enferré dans le cirque ou qu'on l'assomme à la cantonade, il n'échappera pas à son destin. Je ne sais s'il y a en moi quelque instinct de protecteur des animaux, mais cette idée m'a frappé l'entendement comme une saleté idéale, comme une ignoble abomination.

Dans les Jeux antiques, le pâle esclave, livré aux bêtes, n'était pas absolument sans espoir de leur échapper, s'il parvenait à leur inspirer de la pitié ou s'il portait devant lui son coçur de martyr plus vaste que leurs dévorantes gueules, pour les paralyser de respect. Parfois aussi la Vierge du feu, l'effrayante \'estale se levait pour jeter sa grâce au mirmillon qui avait bien combattu.

Dans ces jeux d'un peuple chrétien, il ny

a pas de grâce ni pour les hommes ni pour

les bêtes, ni pour ces limpides cieux aperçus

de l'amphithéâtre, qui devraient bien s'obs-

curcir quelquefois et lâcher les eaux de leurs purifiantes écluses précisément au-dessus de ce tabernacle de sales fureurs.

Et moi, l'unique ami du taureau, voyant ce pauvre être voué à la mort inévitable que semblait fatidiquement appeler sa forme é sculpturale de victime propitiatoire désignée pour les symboliques holocaustes, voyant s'agiter autour de lui les cruels et brillants fantoches qui le faisaient si laidement souffrir, au milieu de cet ouragan de sifflets et de hurlements, je perdis un instant la notion précise de l'écœurante réalité, ma pensée monta plus haut que l'ambiante horreur et je crus apercevoir dans un lointain excessif, dans le crépuscule suranné des très vieux ans, la Face douloureuse et calme, la haute figure mélancolique et si douce du Christophore !

Je compris que c'était bien lui qui pâtissait à cette heure, en la manière dont les élus peuvent pâtir. Si le déplorable individu qui représente aujourd'hui sa descendance est véritablement issu de lui, — ce qu'on quel que peine à croire, — nul autre que le Messager sublime ne saurait être aperçu dans ce

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tourbillon d'ignominies que dcchaine avec une idiote fureur son sacrilège héritier.

C'est Lui seul, vraiment, qui patrone ce mauvais lieu, qui tourmente ces animaux et qui hurle dans l'amphithéâtre, puisque l'homme est un tel mystère que les plus reculés ancêtres vivent essentiellement dans leur postérité et sont ainsi forcés d'accomplir, d'une* manière occulte, mais substantielle, ce que leur misérable postérité accomplit. La conscience des fils, c'est le sang des pères.

C'est donc à ce prodigieux Témoin du \'erbe qui fut, en même temps, la gigantesque \'ictime des mauvais rois et des mauvais peuples, que pourraient se plaindre en leur langage les pitoyables créatures destinées à la préfiguration de l'Holocauste divin et que torture, en son nom, le dépositaire impie de sa gloire, pour l'excitation des sanguinaires appétits d'une populace. Car il est, en une façon mystérieuse, — à travers l'âme obscure de son infidèle petit neveu, — leur grossier pasteur et leur bourreau...

C'est pour cela, sans doute, que je la voyais si triste et si pâle, cette colossale physionomie du Porte-Christ, dans la perspective des

siècles, de ces longs et douloureux siècles qui sont devant Dieu comme de la poussière et dont la furtive durée n'est que l'illusion des postérités prévaricatrices !

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