‹ Christophe ColombChapitre 19 sur 31 · G H NI STO P II K GO L O M B · texte numérisé non relu

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nemi. Lin long temps s’écoula encore, et il y avait, en tout, plus d’une année que Diego Mendez était allé demander du secours, lorsque deux caravelles arrivèrent enfin d’Hispaniola pour recueillir les naufragés, qui y parvinrent, non sans peine, le 13 août 1504.

L’hypocrite Ovando, qui avait si mal secouru Colomb, alla au-devant de lui en grand cortège et lui offrit pour demeure le palais du gouvernement. 11 lui donna même des fêtes Mais en même temps il prit parti pour les rebelles que l’Amiral avait fait lier, et leur rendit la liberté, L’Amiral dévora cet affront

en silence : lui, vrai maître de ce pays, par droit de découverte et par traités royaux, il se voyait sacrifié à des rebelles, par son prétendu successeur, qui ne pouvait être tout au plus, en bonne justice, que son lieutenant très-indigne, et qui, au lieu de le secon-

der, le trahissait.

Bref, le 12 septembre 1504, Colomb repartit pour

1 Espagne, et y arriva le 7 novembre. Ce quatrième voyage, qui devait être le dernier, avait duré deux ans et demi.

Isabelle, la protectrice de l’amiral, était morte pendant son absence. Ferdinand, après beaucoup de délais, le reçut froidement. Colomb, avec autant de mesure que de fermeté, rappela au roi ses promesses et ses traités renouvelés, le pria de les exécuter, de lui rendre ses titres et privilèges, et de lui faire donner ce qui lui était dû des revenus d’Hispaniola. Leroi, sans refuser, ajourna, éluda, et enfin, quand il crut avoir lassé ce vieillard par des délais interminables, il lui fit proposer des titres et des domaines en Castille, comme échange ou compensation de tous les privilèges qui lui avaient été octroyés et auxquels il s’agissait de renoncer pour lui et pour ses fils. Colomb refusa avec dignité et contint son indignation. Le roi insista. Colomb, pauvre, malade, infirme, resta inflexible, comme au temps où, fort de

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son seul espoir, il avait exigé dans la plaine de Grenade ces privilèges, qu’on lui volait à présent, parce qu’il les avait trop bien gagnés.

C’est qu’en effet le roi, avare de son autorité, craignait que le progrès des découvertes ne finît par donner à la vice-royauté des Indes une puissance trop étendue, qui, favorisée par l’éloignement, et par les richesses de ces terres nouvelles, serait peutêtre tentée un jour, entre les mains de Colomb ou de ses fils, de se proclamer indépendante et de former un grand État, rival de la mère-patrie. Telle est sans doute l’explication, et non l’excuse, de cette royale ingratitude, qui se croyait obligée par politique de regarder comme des empiétements sur la couronne de Castille les agrandissements dont l’Amiral l’enrichissait.

Pendant deux ans, Colomb se débattit contre cette injustice monstrueuse. C’était pour ses enfants plus que pour lui : car il était frappé au cœur par tant d’indignités et sentait bien qu’il n’avait plus long-

temps à vivre. Il écrivit lettre sur lettre et n’obtint jamais de réponse. Accablé de maux, alité dans une misérable chambre d’auberge, il avait suspendu au mur en face de lui les chaînes, unique récompense qu’il eût reçue de Ferdinand pour lui avoir donné un monde. Il mourut en les regardant, après avoir recommandé qu’on n’oubliât pas de les mettre dans son cercueil. Ce fut le 20 mai 1506, à l’âge de soixante-dix ans ou environ, que ce grand homme acheva de souffrir.

Les vicissitudes de sa destinée recommencèrent après sa mort.

Cette mort, chose presque incroyable, passa d’abord inaperçue. C’est à peine si le monde avait eu connaissance de son quatrième et dernier voyage, et le silence de l’oubli précéda celui de la tombe. Pendant sept ans, son corps, recueilli dans un cloître, y reposa obscur et ignoré. Ce fut chez les Franciscains

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de ValladolicL [1s n’avaient pas oublié qu’un des leurs, Juan Perez de Marchena, au couvenldela Rabida, avait le premier accueilli Colomb sur la terre d’Espagne. Ils tinrent à honneur de lui être hospitaliers, après comme avant sa gloire, qui, éclipsée alors, semblait éteinte.

Mais, après sept années, Ferdinand s’avisa que, Christophe Colomb étant mort, qui lui avait donné la moitié du globe, peut-être il serait convenable de lui accorder six pieds de terre. On fit donc enfin des obsèques à 1 Amiral, et on transporta son corps de de Valladolid à Séville. II y demeura en repos jusqu’à l’année 1536.

Alors on transféra à bord d’une caravelle le grand navigateur, qui dans ses voyages posthumes reparcourut les mers qu’il avait découvertes. On le conduisit à Hispaniola, dont la capitale, Saint-Domingue, avait été fondée par lui et baptisée du nom de son père, Dominico, (en espagnol, Domingo). Ainsi le vice-roi

fondateur revint avec ses chaînes dans la ville où il en avait été chargé.

Ce fut sa troisième sépulture, et ce ne fut pas la dernière. En 1795, lorsque l’Espagne céda Haïti à la France, le gouvernementespagnol ne voulut pas abandonner cette glorieuse relique. Il fut décidé qu’on exhumerait le cercueil de Colomb. On le transporta dans l’île de Cuba, à la Havane.

C’est là qu’il repose enfin, après une vie et une mort si agitées.

En résumé, l’œuvre de Christophe Colomb fut immense. « Jamais, dit Humboldt, une découverte purement matérielle, en étendant l’horizon, n’avait produit un changement moral plus extraordinaire et plus durable. Il fut soulevé, alors, le voile sous lequel, pendant des milliers d’années, était demeurée cachée la moitié du globe terrestre, semblable à cette moitié du globe lunaire, qui restera invisible aux ha-

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bitants de la terre tant que l’ordre actuel du système planétaire ne sera pas essentiellement troublé... Colomb a servi le genre humain en offrant un nombre presque infini d’objets nouveaux à la réflexion ; il y a eu, par lui, progrès de la pensée humaine; et il ne faut pas considérer seulement les développements extraordinaires qu’ont pris simultanément, grâce à lui, la géographie, le commerce des peuples, l’art de naviguer et l’astronomie nautique, toutes les sciences physiques en général, la philosophie des langues agrandie par l’étude comparée de tant d’idiomes bizarres et riches de formes grammaticales ; il faut encore envisager l’influence qu’a exercée le Nouveau- Monde sur les destinées du genre humain, sous le rapport des institutions sociales... »

Avant Colomb, l’homme connaissait à peine la moitié de son domaine : la découverte de Colomb révéla l’étendue et la forme de la Terre. En rencontrant le second hémisphère, on se rendit compte du

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