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duîre moi-même, avec
l’aide du Seigneur,...
Je n’ai pas
cru devoir m’emparer par la violence de Por rpie possède le chef de la province deVeragua, ni de celui que possèdent ses sujets et les habitants des pays limitrophes, quoique, selon les rapports, il dût être en abondance; je crois (pie ce vol aurait été contraire aux intérêts de Vos Altesses. En
usant de bons procédés, nous ferons aimer votre gouvernement, et nous ferons entrer leurs trésors, quelque considé râbles qu’ils soient, dans vos caisses. »
Cette page de Colomb fournirait de longs commentaires ; chaque lecteur les fera à son gré. Il suffit d’y noter l’exaltation et un certain désordre.
Pour le moment, la grande préoccupation personnelle de Colomb était le détroit qu’il cherchait: il se contenta donc, quant à l’or, d’obtenir des naturels quelques plaques de ce métal ; c’étaient leurs miroirs ; ils les échangèrent contre des grelots. Au reste, se promettant de revenir, Colomb continua à chercher son détroit. Des tempêtes horribles fatiguèrent les
marins. On mit un mois à faire trente lieues, et vingt fois on faillit périr. De mémoire d’homme, jamais pareilles trombes n’avaient soulevé l’Océan. Les équipages découragés demandèrent le retour, et l’état meme des navires força l’amiral de s’y résoudre. Mais de nouvelles tempêtes contrarièrent la marche de telle sorte que pendant longtemps on ne put avancer dans aucun sens. Colomb lui-même, que tourmentaient encore l’ophthalmie et la goutte, et des rhumatismes articulaires, outre tant de fatigues et d’angoisses, fut pris à la fin de découragement et s’abandonna au désespoir. Alors, à ce qu’il raconte, étant tombé d’épuisement, il entendit une voix qui lui disait pendant son sommeil :
« O insensé, homme de peu de foi, lent à servir ton Dieu, le Dieu de l’Univers ! One fit-il de plus pour Moïse ou pour David, son serviteur? Dès la naissance, n’a-t-il pas en grand soin de toi? Lorsqu’il te vit à l’âge fixé pour ses
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desseins, il fit merveilleusement retentir ton nom sur la terre. Les Indes, qui sont une partie du monde, et si riches, il te lésa données pour tiennes; tu les as distribuées comme il l’a plu, et en cela il t’a transféré son pouvoir. Les barrières de la mer Océane, fermées jusque-là de chaînes si fortes, il t’en a donné les clefs; ton pouvoir a été reconnu en ces vastes pays, et ta gloire proclamée entre les chrétiens. Quelles plus hautes faveurs reçut de lui le peuple d’Israël, lorsqu’il le lira d’Égypte? ou David, lorsque de pasteur il le fit roi de Judée? Tourne-toi vers ce Dieu, et reconnais ton erreur : sa miséricorde est infinie. Ta vieillesse ne fera pas obstacle aux grandes choses que tu dois accomplir. Il tient dans ses mains nombre d’héritages immenses. Abraham n’avait-il pas cent ans passés, et Sarah elle-même était-elle jeune, lorsque naquit Isaac? Tu réclames un secours incertain; réponds : qui t’a causé tant d’afflictions, Dieu ou le monde ? Les privilèges et les promesses que Dieu donne, il ne les enfreint jamais ; il ne dit point, après avoir reçu le service, que Ton n’a pas suivi ses intentions et qu’il l’entendait d’une autre manière ; il ne se met pas au supplice pour colorer la violence et l’arbitraire; il va au pied de la lettre : tout ce qu’il a promis, il l’accomplit, et au delà. N’est-ce pas son usage ? Voilà ce que ton
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Créateur a fait pour toi et ce qu’il fait avec tous. A présent, montre la récompense des peines et des périls que tuas traversés pour le service des autres. » — Et moi, quoique accablé de souffrances, j’entendis tout ce discours; mais je ne sus trouver aucune réponse à des paroles si vraies ; je ne pus que pleurer mes erreurs. Celui qui me parlait, quel qu’il fût, termina en disant : « Ne crains pas, prends confiance ; toutes ces tribulations sont gravées sur le marbre, e! c’est avec justice. »
Telle est cette prosopopèe brillante, sur laquelle on a beaucoup discuté.
Comme c’est dans une lettre au roi Ferdinand que Colomb juge a propos de la rapporter, il est difficile de n’y pas voir un avis au lecteur, une leçon indirecte, un reproche à l’odieuse ingratitude de ce prince; le tout enveloppé d’éloquence biblique et mis sur le compte de cette voix mystérieuse, à l’autorité toute-puissante, voix qu’il ne dit pas être celle de Dieu même, tout en l’indiquant clairement.
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Que la vision ou pour mieux dire l’audition soit véritable, je le veux bien ; mais, dans le fait seul de la raconter ainsi au roi ingrat, n’y a-t-il pas, quoi qu’en dise M. Roselly de Lorgnes, de la mise en scène et du
tour?
Ainsi reparaît toujours et partout le caractère italien du héros : la ruse mêlée avec la grandeur.
Colomb est un Cavour du xve siècle. Unissant l’adresse à la force, il plie et se relève, trouve un monde à tâtons, à travers mille ambages, par sa persévérance et sa ténacité; et n’est-ce pas ainsi que son compatriote a trouvé et fait l’Italie, qui est aussi un nouveau monde?
L’Amiral put enlin continuer sa route et se diriger vers Cuba. Mais ses quatre vaisseaux étaient troués, pourris. Bientôt on fut forcé d’en abandonner un, le Galicien . puis un autre, la Jhscaieane ; les
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hommes de ces deux navires furent répartis entre les deux bâtiments restants, la Capitane et le Saint-
Jacques de Palos , dans lesquels l’eau entrait de toutes parts,
En cet état, ils eurent encore à essuyer une tempête de six jours. « J’avais perdu tous mes agrès, dit Colomb ; mes navires étaient percés de trous plus qu’un rayon d’abeilles, et les équipages entièrement découragés. »
Enfin ils arrivèrent à la côte si désirée de Cuba, où ils trouvèrent des vivres, se reposèrent et réparèrent un peu leurs avaries; puis, de là, essayant de gagner Haïti, furent jetés par une nouvelle tempête sur les côtes de la Jamaïque. La Capitane, à son tour, était hors de service, et le Saint- Jacques de Palos ne valait guère mieux. Colomb restait cloué sur ce rivage, où il manquait de vivres et où il était entouré d’ennemis : les naturels, hostiles aux Espagnols, et beaucoup plus nombreux, pouvaient les massacrer; les
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Espagnols, exaspérés de désespoir, de ne pouvoir partir et d’être exposés à mourir de faim ou à être égorgés, s’en prenaient à l’Amiral et se révoltaient, aggravant la situation parce qu’ils ne pouvaient en
sortir. Il eut besoin de toute l’énergie de son frère Barthélemy pour rester maître des rebelles. C’est dans ce moment tragique que l’amiral écrivit aux souverains de Castille une très-longue lettre, dont je viens de citer deux passages. Elle est datée « de la Jamaïque, île des Indes , le 7 juillet 1503. »
« Le style de cette lettre, dit Humboldt, est empreint d’une profonde mélancolie. Le désordre qui la caractérise trahit l’agitation d’une âme hère, blessée par une longue série d’iniquités et déçue dans ses plus vives espérances. »
La lettre écrite, il fallait la porter, au moins jusqu’à l’île Espagnole, d’où une occasion la ferait parvenir en Europe. Un homme dévoué, Diego Mendez, s’offrit pour la porter à Hispaniola et y demander du
secours ; il s’agissait de traverser dans on simple canot on courant de quarante lieues de large, avec vent debout presque constamment. Mendez partit.
Cependant l’année 1504 arriva, sans que la situation eût changé. Dix mois s’étaient écoulés depuis que les deux caravelles s’étaient échouées sur cette côte inhospitalière, et huit depuis que Diego Mendez était parti pour Hispaniola. Était-il arrivé ? Avait-il péri en route? On ne savait. La sédition s’était déchaînée de nouveau contre l’Amiral malade. Il avait dû se traîner hors de son lit pour la réprimer.
Enfin on vit paraître à l’horizon la voile d’une petite caravelle. Le jaloux gouverneur d’Hispaniola, Ovando, s’était décidé, après huit mois, à envoyer une moitié de porc salé et un baril de vin : c’étaient toutes les provisions qu’il offrait pour 130 hommes qui se trouvaient avec l’Amiral. Et 1a, petite caravelle avait ordre de repartir tout aussitôt. L’Amiral la chargea d’une lettre pressante pour Ovando, son en-