‹ Christophe ColombChapitre 2 sur 31 · CC · texte numérisé non relu

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Idée d'une Histoire de l’imagerie. — Jules César. — Pausanias. — Fa-liian. — Cosmas Indicopleustès, etc.

Une histoire de l’imagerie serait une œuvre bien curieuse. Elle commencerait, peu s’en faut, avec l’histoire même de l’humanité ; la Chine et l’Inde en fourniraient les premiers chapitres : car l'imagerie, langue naturelle et universelle, n’attendit pas, pour se produire, l’invention du papyrus égyptien. L’Égypte, à son tour, offrirait bien des pages intéressantes : à ces feuilles du premier papier que l’homme ait connu s’ajouteraient les grands feuillets de pierre des temples et des obélisques couverts de figures hiérogly-

phiques. On suivrait l’iconographie en Grèce, en Étrurie, à Rome, sur les vases comme sur les livres et sur les monuments. L’imagerie rencontrerait ainsi ' en son chemin la poterie, ce que plus tard notre Bernard Palissy, maître en ce genre, nommera l’art de terre, et dont on pourrait suivre jusqu’à nos jours les amusantes ramifications : la faïence parlante, la vaisselle à coqs, égayées de vives enluminures, avec ou sans devises, avec ou sans rébus. Le moyen âge apporterait à ce livre les riches vitraux de ses cathédrales : ce serait l’imagerie de verre, après l’imagerie de pierre et l’imagerie de terre. D’autre part, le blason, dont l’origine remontejusqu’aux temps héroïques, étalerait ses bizarres emblèmes, autres hiéroglyphes. Enfin paraîtrait la gravure sur bois, l’imagerie proprement dite: les premières cartes à jouer, les premières caries de géographie, les images de dévotion et de sainteté, celles des légendes populaires, celles des pamphlets politiques et religieux , celles des almanachs, celles des coin-

plaintes, que sais-je ? Après la gravure sur bois, viendrait la gravure sur métal, et ses nombreuses variétés ; ensuite la lithographie et la lithochromie; puis le daguerréotype sur métal, puis la photographie sur verre et sur papier, photographie solaire et photographie électrique. On donnerait, dans cet immense album, des spécimens de chaque genre, de chaque espèce, depuis les premiers temps jusqu’à nos jours. Quel beau livre cela ferait! Il comprendrait encore les collections de costumes de toute sorte, costumes des diverses professions, des différents Ordres religieux et militaires; et les costumes de théâtre, et les gravures de modes ; et les caricatures, et les charges, et les rébus; et les jeux de l’Oie et autres semblables, et les thèses de Thomas Diafoirus! « Donnez, donnez, dit Toinelte, c’est toujours bon à prendre pour l’image; cela servira à parer notre chambre! » Et l’on arriverait ainsi jusqu’aux illustrations anglaises, imitées avec tant de succès, il y a une trentaine

d’années, et bientôt égalées, sinon dépassées par la France.

M. Édouard Charton, le premier, sans patronage, osa importer à Paris cette idée dont il avait vu le succès à Londres, et qui consistait à offrir au public, pour un prix minime, un texte varié, entre-

mêlé de gravures et divisé par livraisons. L’expérience montra bientôt quels développements pourrait recevoir cette idée, qui donnait à l’alliance du dessinateur et de l’écrivain un degré d’utilité inconnu jusqu’alors.

« L’esprit, disait l’autre jour un de nos confrères de la Revue des Deux Mondes, reçoit la vérité apportée par l’image comme l’œil boit la lumière, avec la même facilité et la même joie. » Il ne parlait que de l’image considérée comme forme littéraire; mais cette pensée n’est pas moins vraie de l’image proprement dite, du dessin mêlé aux textes, quand il est bien

noisi.

Le Magasin pittoresque fut la modeste origine de toute cette littérature illustrée , à deux sous la livraison, qui alimente aujourd’hui en France la curiosité de plus d’un million de lecteurs. Au début, rien n’était facile : on se donnait beaucoup de peine pour obtenir des gravures médiocres ; les artistes de Paris regardaient comme impossible de livrer quatre gravures par semaine. Il fallut d’abord acheter des clichés à l’Angleterre, où florissaient les magazines et surtout le recueil publié à Londres sous la haute et digne influence de lord Brougham, par M. Charles Knight, écrivain économiste distingué, dont l’obligeance contribua à aplanir pour M. Édouard Charton les premières difficultés de son entreprise. Peu h peu, à l’aide d’apprentis et grâce à l’accueil bienveillant du public, les burins devinrent à la fois plus rapides et plus habiles. Quelques années après, non-seulement M. Charton pouvait se passer des clichés anglais,

mais à son tour il cédait quelquefois les siens aux

publications de Londres. Lorsque l’on compare un volume récent du Magasin pittoresque à ceux des premières années, il semble, à voir la perfection des gravures d’aujourd’hui, qu’il y ait entre 1833 et 1860 un intervalle d’un siècle.

En 1843, M. Cliarton appliqua la même idée à l’histoire contemporaine universelle, en fondant 17/lustration . Malgré les progrès accomplis déjà dans l’espace de dix années, ce ne fut pas une affaire aisée. Il s’agissait de faire exécuter chaque semaine de dix à quinze dessins et gravures, souvent de très-grande dimension. Il fallut organiser des ateliers de nuit, où les jeunes graveurs travaillaient par relais, six par six, les six premiers dormant deux heures pendant que les six autres burinaient, et ainsi de suite alternativement. Quelques-uns en devinrent fous. De plus, on coupait les grands bois en autant de parties qu’il était nécessaire, afin de les partager entre plusieurs graveurs; ensuite on les

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