C 11 R I STOP 11E CO LOM H
« Le fervent Adorateur du Verbe, »
« L’Homme tendrement dévôt à la Sainte Vierge, »
« Le Contemplateur transcendant de la Création, » « L’Apôtre de la Croix, »
« Le Messager de l’Église, »
« Le Précurseur des Missions, »
« Le Messager du Catholicisme, »
« L’Élève du pur Catholicisme, »
« Le grand Porte-Croix de l’Église, »
« Le grand Porte-Croix du Catholicisme, »
« L’Homme qui personnifiait en lui le plus ardent catholicisme, »
« Le Prodige du génie catholique, »
« Le Messager de la paix, la douce Colombe , emblème de la régénération spirituelle, »etc., etc. (Ici on se permet le calembour.)
Colomb, lumière d’en
comme bien vous pensez, recevant la
haut, ne saurait commeltre d’erreur :
aussi ne s’est-il jamais trompé. L’auteur dit et répète a satiété que Colomb voulait découvrir un nouveau monde, un continent inconnu.
ions avons fait voir la fausseté de cette assertion : Colomb se proposait uniquement de trouver une roule nouvelle pour rejoindre le monde ancien par 1 autre bord. Il se crut toujours en Asie, aux Indes,
en Chine, au Japon, et mourut sans s’être jamais
douté de la vraie découverte qu’il avait faite. Mais M. Roselly le représente comme sachant très-bien qu’il a abordé à un continent autre que l’Asie. Ces asseï tions contre 1 évidence des faits et contre les paroles de Colomb lui-même jettent l’auteur dans des contradictions nombreuses, qu’il croit couvrir par des phrases sonores — - et incorrectes, pour plus d’originalité. — « Entouré de l’immensité des flots, image de l’infini, sous V éblouissante lumière du soleil tropical , le génie de Colomb mûrissait dans les abîmes de sa pensée une idée surhumaine, un
Cil IM STOP HE COLOMB
projet plus hardi que V héroïsme connu... It évoluait, en son esprit, le plus vaste projet de l'humanité. » — « Le monarque (Jean H, de Portugal), pesant la valeur intrinsèque des arguments de Colomb, comprit qu'il y avait au fond de cette proposition quelque chose d'immense et de supérieur. »
Le point de vue où l’auteur s’est placé l’oblige à fausser tout, l’ensemble et les détails. Ainsi, au lieu de nous montrer, conformément à la vérité historique, le pauvre marin offrant tour à tour son idée à chaque pays et longtemps repoussé de toutes parts, le romancier catholique nous dit avec un sérieux très-amusant : « Christophe Colomb jeta les yeux sur les monarchies chrétiennes de l’Europe pour choisir la couronne qu’il associerait à l’ honneur d’exécuter son plan. — Par son zèle à défendre la foi, son intrépidité à repousser les Maures, par son caractère chevaleresque, ses ressources maritimes, surtout la grande renommée de ses deux souverains
CHRISTOPHE C O L O M i>
alors régnant ensemble, Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille, l’Espagne lui parut mériter sa préférence. »
N’est-ce pas charmant? — Et il ajoute : « Dès lors il la lui engagea tacitement (toujours tacitement ) et se regarda comme tenu envers elle... »
C’est sans doute pour cela que, pendant qu’il sollicitait l’Espagne, le prudent Génois, à tout hasard, avait envoyé son frère Barthélemy solliciter l’Angleterre. (Et par là peut-être Sébastien Cabot se rattache à Christophe Colomb et lui est redevable de l’idée qui le conduisit et le fit aborder, avant le Génois luimême, au continent nouveau.) Mais qu’importe tout cela à M. Roselly? Le romancier des confréries n'y regarde pas de si près. Il voit les choses de plus haut.
Sans cesse il donne des suppositions pour des faits, et des exclamations pour des preuves. 11 dit, par exemple : « Bien que, en indiquant succinctement dans son journal les beautés de cette nature, Colomb
CHKISTOPHE COLOMB
taise avec modestie son attendrissement religieux, on devine aisément quelles émotions extatiques enlevaient son cœur. Avec quel bonheur le (ils adoptif de la famille franciscaine ne disait- il pas son office suivant la règle de l’Ordre séraphique, sous les voûtes de ces forêts éternelles, temple primitif de la nature, entouré des prodiges du Créateur, mêlant sa voix aux graves psalmodies des vents qui parcourent ces solitudes ! »
C’est sur de semblables suppositions, revêtues de pareilles phrases, que repose tout l’échafaudage de la thèse catholique et franciscaine de l’auteur.
Les quelques textes qu’il allègue sont tirés d’historiographes catholiques ou de chroniqueurs de couvent qui déjà ont orné et coloré les faits, pour la plus grande gloire de leur saint; et il ajoute continuellement des surcharges et des paraphrases. Ce sont des déductions et des inductions, des tissus de probabilités très-peu probables, des accumulations de con-
jectures additionnées, donnant des affirmations pour total, et comptées ensuite comme des faits prouvés.
En un mot, c est une perpétuelle sophistication de l’histoire.
Comme, «selon l’auteur et ses amis, « la fin justifie les moyens » (tome Ier, page 46), il croit pouvoir se livrer sans scrupule à cette opération honnête. Il viole la vérité, en lui jurant que c’est pour le bon motif.
Voici ses tournures ordinaires : « Nous sommes fondé à n’émettre aucun doute sur ceci. » — « On ne peut douter de cela. »— « Nous sommes fondé à penser que... » « Il est indubitable que... » — « Sans
nul doute... » — « Immanquablement. e. »
Ce bel adverbe lui sert de clou pour accrocher les petits tableaux de genre qu’il invente. Exemple : « Immanquablement , Votre du vieux car deux tressaillait d’une exultation paternelle, en écoutant les projets de son fils... Ces épanchements secrets (tacites!) rajeunissaient l’âme du vieillard par des per-
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spectives pleines de noble espérance. De telles grandeurs, entrevues du seuil delà tombe, changeaient en splendide aurore le crépuscule de ses derniers jours. »
Autre tournure : « Le 8 décembre, jour de la Conception, une violente pluie accompagnée de vent retint tout le monde à bord. L 'amiral put vaquer librement à sa tendre dévotion pour la sainte Vierge. » — Put vaquer. Sentez-vous ce tour adroit? Qui vous empêche après cela de supposer que tous les équipages chantèrent l’office? Et c’est ce qu’ajoute en effet l’auteur, toujours avec la même intrépidité, absolument comme s’il écrivait un roman feuilleton, une œuvre de pure imagination et de fantaisie.
Autre exemple du même procédé : « Nous ne tenons de V Amiral aucun détail sur ce Franciscain
cosmographe , son plus intime ami. Nonobstant cette lacune, nous sommes assurés que... »
Et voilà comment est fait tout le livre. Tout repose sur des hypothèses et sur des imaginations, — révé-
lées par les tournures mêmes qu’on emploie pour les faire passer et pour imposer au lecteur.
De même que Colomb ne s’est jamais trompé dans ses idées, jamais aussi il n’a commis aucune faute dans sa conduite. Vous comprenez : il ne faut pas que le représentant des Franciscains ait sur la conscience un seul péché véniel. Qu’importent ses in-
justices et ses violences envers les indigènes? M. Roselly l’affirme, et cela suffit : « Colomb ne commit ja-
mais d’erreur ou de méprise à l’égard de ces peuples.»
Enfin faut-il vous dire le fin mot auquel aboutissent ces deux gros volumes? Le voici : Colomb était
un saint.
« Nous avons, dit M, Roselly, ausculté ce cœur de héros, nous l’avons examiné sous tous les aspects :
jamais nous n’avons pu découvrir en lui une faute volontaire, un tort, une faiblesse. Pour aller jusqu’au bout dans notre confession, nous avouons même
n’être pas surpris de ce manque .absolu de penchants ou d’actions blâmables dans le cours de toute sa vie, par ce motif qu'on ne trouve ni vices ni defauts chez les saints... Disons en toute franchise notre pensée sur Colomb : cet homme n’eut aucun défaut ni aucune qualité du monde. Nous avons de sérieux motifs pour le considérer comme un saint. »
Que si, comme le raconte M. Roselly lui-même, Christophe Colomb a jugé à propos, par-ci par-là, de faire couper le nez et les oreilles à quelques pauvres diables, coupables de vol, sachez que c’était par bonté, pour ne pas les faire empaler, selon l’usage.
A la bonne heure! Mais à quoi bon prétendre que les saints n’ont jamais péché? Presque tous, au contraire, furent des pécheurs, avant de devenir des saints. Saint Bon tua ses père et mère, et il n’en est pas moins saint Bon. Donc, ces nez, ces oreilles coupés sont un détail, et n’empêcheraient pas Colomb d’être mis par vous au nombre des saints, si
tel est votre bon plaisir, quand ce ne serait pas par bonté d’âme et par tendresse humaine qu’il les aurait coupés.
Ainsi ce n’était pas assez que Christophe Colomb fût un grand homme; il faut qu’il soit un saint : de par M. Roselly de Lorgues! Et il vous dit quels sont ses « sérieux motifs » :
« La Providence a jugé utile de faire voir aux hommes un laïque , un fonctionnaire selon V Évangile. Colomb laïque et administrateur , forcément placé dans le monde officiel, est surtout un enseignement pour les hauts fonctionnaires et les souverains mêmes... »
« Colomb posséda visiblement les Trois Vertus Théologales. Il pratiqua constamment les Quatre Vertus Cardinales. Les Sept Dons du Saint-Esprit parurent descendus sur lui; et nous avons trouvé en lui Dieu admirable comme il l’est toujours dans ses saints... »
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« Découvrons le fond intime de notre pensée. Déclarons-le devant les hommes qui l’ignorent, comme devant Dieu qui le sait : Christophe Colomb fut un saint. »
Cette dernière phrase est imprimée en grosses capitales,— sauf la ratification de Rome! Ce que l’auteur veut bien ajouter, du reste, — avec des vœux ardents pour l’obtenir.
Douterez-vous que Colomb soit un saint? Sa sainteté est écrite dans son nom même ! Songez un peu : « Par le fait de sa naissance, il s’appelait d’abord Colombo Ce nom de Colombe exprime à la fois — l’innocence, la pureté, la simplicité du cœur, — le message sur l’eau, le message pacifique, le message divin, — la prompte arrivée, l’heureuse nouvelle, la terre découverte. — Il exprimait aussi la navigation, le génie maritime, la pièce fondamentale de tout navire, la quille (en italien, colomba). A ce nom si expressif, qu’il tenait du sang, l’Église en ajouta un
autre devant être explétif de sa mission future Chris tophorus, c’est-à-dire Qui porte le Christ, qui transporte la Croix, qui répand l’Évangile. Et lorsque, devenu homme, Colomb, plus tard en Castille, pour accommoder son nom à la langue espagnole l’abrège et s’appelle Colon, — par la force originelle de son symbolisme, ce nom, tout appauvri qu’il est, représente encore l’idée — du voyage, — de l’agriculture outre-mer, — de la colonie , — de la transplantation lointaine. Cet écourtement, loin de mutiler la figure emblématique de son nom, l’étend, la parachève, la caractérise plus profondément. La puissance de son nom fait augurer celle de sa destinée. »
Voilà, certes, des arguments faits pour plaire aux amateurs de la philologie puérile et honnête, — qui aimeront aussi à voir par quelles bonnes raisons M. Roselly prend sur lui de comparer son saint Colomb à saint Pierre lui-même.
En effet : « En des langues différentes, l’un et
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l’autre avaient reçu le meme' nom de famille. Saint
Pierre était fils de la Colombe , et Christophe, de Colombo. L’un et l’autre avaient d’abord vécu du
produit de la mer. Le premier recul du Christ un nom qui signifiait qu’il porterait l’Église ; le second reçut de l’Église un nom signifiant qu’il porterait le Christ. Saint Pierre représentait la fixité de la base, l’immutabilité du fondement ; Christophe Colomb représentait la dilatation de l’Église, la propagande de la Croix. »
Mais un saint doit faire des miracles ! C’est M. lloselly lui-même qui se fait celte objection. Qu’à cela ne tienne 1 Colomb en fera, il en a fait, nous lui en trouverons, et de son vivant et après sa mort. De son
vivant, pour mettre fin à une tempête, il coupe en deux une trombe avec son épée ! N’est-ce rien que cela? — Mort, il communique encore sa vertu à une croix de bois plantée par lui, et qu’on appelle cependant la Vraie Croix. Cette croix guérit des fiévreux.